Intelligence digitale : quelles compétences pour le monde de demain ?
Les programmes scolaires suivent-ils le rythme du monde du travail ? Dans le n°18 d'Innovation en Éducation, Martine Rioux explique ce que recouvre la compétence numérique et ce que les familles peuvent attendre de l'école.
Tiré du magazine · n°18IA, Chat GPT, Subir ou s'en saisir ?
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Les enfants qui sont aujourd'hui sur les bancs de l'école seront-ils bien préparés au monde de demain ? C'est une question que parents et enseignants se posent souvent, et à laquelle Martine Rioux, rédactrice en chef adjointe et chargée de projets spéciaux à l'École branchée, répond dans le n°18 d'Innovation en Éducation. Son point de vue est celui du Québec, mais le constat dépasse ses frontières : le numérique est désormais présent partout, et l'intelligence artificielle accélère le mouvement.
Pourquoi parle-t-on d'un décalage ?
L'autrice s'appuie sur les chiffres d'un grand cabinet, Deloitte, qui prévoit que d'ici à 2030, neuf emplois sur dix exigeront des compétences numériques. Or, aujourd'hui, 70 % des moyennes et grandes organisations canadiennes jugent l'embauche de travailleurs qualifiés dans le numérique plus ou moins difficile. Rien n'indique, précise-t-elle, que la situation soit différente ailleurs. Selon la responsable du groupe gouvernement numérique de Deloitte Canada, le problème est plus grand qu'on ne l'imaginait, et les entreprises butent sur trois défis récurrents : le coût des logiciels, le manque de connaissance des employés déjà en poste et la difficulté de trouver des travailleurs qui maîtrisent les bons outils. Une analyste de l'Institut C.D. Howe ajoute que les travailleurs doivent se former tout au long de leur carrière, ne serait-ce que pour conserver leur poste.
Que faut-il entendre par « compétences du futur » ?
Pas seulement des compétences techniques. L'autrice insiste sur ce qu'on appelle les soft skills, ces aptitudes comportementales et relationnelles : collaboration, communication, résolution de problèmes, adaptabilité, auxquelles s'ajoutent la lecture, la rédaction et le calcul. Au-delà du savoir technique, c'est le savoir-être qui prime désormais.
« De nouvelles connaissances, il sera toujours possible d'en acquérir ; développer la bonne attitude, cela peut être plus difficile. »
Et la compétence numérique, concrètement ?
Elle ne se limite pas à savoir utiliser des outils. L'article, qui reprend une définition officielle québécoise, la décrit comme la capacité à trouver, gérer, créer et partager de l'information, avec un usage éthique et responsable, et à interagir avec les autres. Elle se déploie sur quatre niveaux, dont le dernier est la pensée numérique : une attitude positive et ouverte face à l'évolution constante du numérique, que l'autrice appelle aussi intelligence digitale.
« Nul ne peut désormais se soustraire à cette nécessité. »
L'école donne-t-elle ces compétences ?
C'est la partie la plus nuancée de l'article. Le programme québécois comporte des compétences transversales qui s'en rapprochent, comme exercer son jugement critique ou coopérer. Mais il n'existe pas d'espace dans les bulletins pour en témoigner, ni de véritable parcours de progression. Un cadre de référence de la compétence numérique existe depuis 2019, sans caractère obligatoire. Le développement dépend donc beaucoup de l'initiative des enseignants, dont certains lancent des projets numériques sans que leur pérennité soit garantie d'une année à l'autre.
L'autrice en conclut que parents et pédagogues sont en droit de demander plus de place pour ces compétences dans les programmes, et un meilleur lien avec les besoins du monde du travail. Elle appelle aussi à investir dans la formation des enseignants.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la compétence numérique ?
C'est la capacité à utiliser les outils numériques pour trouver, gérer, créer et partager des informations, avec un usage éthique et responsable, et à interagir avec les autres. Elle inclut une pensée numérique, c'est-à-dire une ouverture face aux évolutions technologiques.
Que sont les soft skills ?
Des compétences comportementales et relationnelles : collaboration, communication, adaptabilité, résolution de problèmes. L'article estime qu'elles pèseront de plus en plus.
Que peuvent faire les parents ?
Selon l'autrice, ils peuvent demander que les programmes fassent plus de place à ces compétences, en s'appuyant sur le dialogue avec les enseignants.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les chiffres de Deloitte et de l'Institut C.D. Howe sur les besoins en compétences numériques.
- La présentation des deux référentiels canadiens, les compétences pour réussir et les compétences du futur.
- Les quatre niveaux de la compétence numérique, avec la définition officielle complète.
- Le constat sur les bulletins scolaires et le cadre de référence du Québec.
