Comment développer l'intelligence émotionnelle des enfants ? Les réponses d'Ilios Kotsou
Les émotions sont-elles une fragilité ou une force ? Le psychologue Ilios Kotsou répond dans le n°3 d'Innovation en Éducation, avec une image simple et des pistes pour les adultes comme pour les enfants.
Tiré du magazine · n°3Et si cet été, on ralentissait ?
Voir ce numéro
Pendant longtemps, les émotions ont été vues comme une faiblesse à contrôler. Ilios Kotsou, docteur en psychologie, maître de conférences, auteur et chercheur, défend l'inverse dans un entretien du n°3 d'Innovation en Éducation : elles contiennent une sagesse et une force, et leur apprivoisement s'apprend toute la vie. Il accompagne depuis plus de quinze ans des personnes et des organisations dans la gestion des conflits et des émotions.
Qu'est-ce que l'intelligence émotionnelle ?
Pour Ilios Kotsou, il s'agit d'un ensemble de compétences : identifier ses émotions, les comprendre, les exprimer et vivre davantage en harmonie avec elles. Il parle de compétences, et non de don, parce qu'elles se développent tout au long de la vie. À l'inverse, être emporté ou dépassé par ses émotions, ou les rejeter, rend plus difficile de diriger sa vie, de décider et d'entrer en relation avec les autres.
Faut-il choisir entre la raison et les émotions ?
Non, et c'est l'image que le chercheur emploie : la cavalière et le cheval. La cavalière représente la raison, le cheval les émotions. Quand le cheval part au galop, la cavalière peine à agir ; mais sans cheval, elle est perdue. S'ils luttent, rien ne va ; s'ils s'écoutent, ils deviennent très puissants.
« Dans les émotions, il y a une sagesse, une intelligence et aussi une force ! »
Il s'appuie sur les travaux du neurologue Antonio Damasio, qui a montré que les émotions sont au cœur de nos décisions. L'idée qu'on avait des émotions en est renversée : ce n'est pas l'ennemi de la raison, c'est l'un de ses partenaires.
Pourquoi les émotions ont-elles longtemps passé pour une fragilité ? Le chercheur répond par l'histoire : l'intelligence rationnelle a toujours été davantage valorisée, selon un paradigme caricatural qui associait la raison au masculin et les émotions au féminin, à contrôler pour ne pas gêner la pensée. Il voit là une vision mécaniste, qui cherche à tout contrôler, y compris l'intérieur de soi, avec des résultats qu'il juge décevants.
Comment les enfants l'apprennent-ils ?
Ici, l'entretien est très concret. Ce que l'enfant apprend en premier, ce n'est pas ce qu'on lui raconte, mais ce qu'il observe. Il regarde les adultes autour de lui et apprend par imitation : quelle est cette émotion, a-t-elle un sens, puis-je l'exprimer, serai-je puni si je le fais ? Les adolescents, plus matures, y sont encore plus sensibles. C'est donc un appel à la cohérence, sans reproche, pour les parents comme pour les enseignants.
« On ne peut pas demander à notre enfant d'être en harmonie avec ses émotions si on lui montre l'exemple inverse. »
Les adultes peuvent-ils aussi progresser, et l'été y aide-t-il ?
Oui, rassure-t-il : des études montrent qu'on peut développer son intelligence émotionnelle à l'âge adulte. L'été s'y prête, car il change l'environnement, ce qui favorise la souplesse, laisse place aux rencontres, à la nature, à la curiosité et à la créativité. Le chercheur insiste sur la connaissance de soi : plus on écoute ses sentiments, plus on écoute ceux des autres. Il l'oppose à la pression de la performance et des standards, et l'associe à une « boussole intérieure » qui permet de s'épanouir et de contribuer au monde, pas seulement de s'y conformer.
L'entretien se termine sur des données encourageantes : dans les systèmes éducatifs qui développent les compétences émotionnelles, les élèves témoignent d'un plus grand bien-être, de meilleurs résultats et de moins d'exclusions.
Questions fréquentes
L'intelligence émotionnelle se développe-t-elle à tout âge ?
Oui. Ilios Kotsou cite des études qui montrent qu'on peut la développer à l'âge adulte, et que l'enfant l'apprend d'abord par imitation des adultes.
Que gagnent les élèves quand l'école travaille les émotions ?
Selon lui, un plus grand bien-être, de meilleurs résultats scolaires, moins d'absentéisme et d'exclusion, et davantage d'attitudes positives.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet, avec les neuf questions posées au chercheur.
- La métaphore de la cavalière et du cheval, développée avec ses nuances.
- L'explication de l'idée de Damasio dans L'erreur de Descartes.
- Les raisons pour lesquelles l'été est propice au développement émotionnel.
- Le lien que fait Ilios Kotsou entre connaissance de soi et responsabilité citoyenne.
