Les intelligences multiples peuvent-elles aider un enfant en difficulté à l'école ?
Si l'école valorise surtout deux formes d'intelligence, que devient l'enfant dont les forces sont ailleurs ? Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, Bruno Hourst défend une pédagogie qui s'appuie sur les forces.
Tiré du magazine · n°27Nos enfants ont du talent : aidons-les à le révéler !
Voir ce numéro
Selon le psychologue Howard Gardner, chacun possède potentiellement huit formes d'intelligence, et non une seule. Or l'école en sollicite surtout deux. Pour Bruno Hourst, repérer les « intelligences fortes » d'un enfant permet de s'appuyer sur ce qu'il sait faire, plutôt que de s'attarder sur ses faiblesses, et de sortir de nombreux élèves d'un échec scolaire plus ou moins profond.
Bruno Hourst a été ingénieur, puis enseignant et formateur. Il est l'auteur d'une vingtaine de livres pour les formateurs, les enseignants et les parents, et le fondateur de l'approche du « mieux-apprendre ». Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, il raconte comment un voyage scolaire à Vienne, dans les années 1990, a tout fait basculer pour lui.
Qu'est-ce qui l'a fait changer de regard sur ses élèves ?
Professeur principal d'une classe de seconde, il organise ce voyage et découvre des talents dont il ignorait tout : une élève très habile avec un caméscope, un garçon doué pour régler les conflits, une autre organisatrice hors pair. Or certains de ces jeunes, si riches en talents, étaient en profond échec scolaire. Leur échec est devenu le sien. Il a cherché, et a trouvé dans les intelligences multiples de Gardner un outil pour comprendre cet écart.
Pourquoi l'école ne voit-elle que certaines intelligences ?
Gardner décrit un « bouquet » de huit intelligences, parmi lesquelles la musicale, la corporelle, l'interpersonnelle ou celle du naturaliste. Le magazine en présente la liste complète. Le constat de l'auteur est que le système éducatif occidental repose surtout sur deux d'entre elles, la verbale et la logico-mathématique. Un enfant dont les forces sont ailleurs peut alors voir son parcours se compliquer, sans que cela dise quoi que ce soit de son intelligence.
Cette idée ne cherche pas à condamner l'école. Elle invite plutôt l'enseignant à passer ses propres cours au crible : quelles intelligences y mobilise-t-il couramment, rarement, jamais ? Certaines de celles qu'il n'emploie pas sont peut-être les plus fortes de plusieurs de ses élèves.
« chaque enfant est différent, a des talents particuliers, et l'on peut tirer parti de ces différences et de ces talents pour créer une pédagogie de succès pour tous. »
L'auteur distingue au passage l'égalité de l'uniformité : donner à chacun toutes ses chances de réussir d'une manière qui lui convienne ne revient pas à enseigner à tous la même chose, de la même façon, au même moment.
Un parent peut-il agir sans bouleverser l'emploi du temps ?
Oui, et sans multiplier les activités. Bruno Hourst met en garde contre l'emploi du temps surchargé : l'enfant a aussi le droit de ne rien faire, ou de faire ce qui lui plaît. Il propose une seule question à se poser : quelles sont les intelligences fortes de mon enfant que l'école sollicite peu, et comment les développer ?
Il donne ensuite une piste pour les devoirs : transformer une leçon en chanson, en mise en scène ou en interview imaginaire, de manière à mobiliser ces forces tout en restant compatible avec ce que l'enseignant attend. Un encadré explique aussi comment présenter ces idées à un enfant dès 4 ans, avec des mots adaptés.
Faut-il faire passer un test d'intelligences multiples ?
L'auteur répond par la négative, et cite Gardner lui-même : les tests trouvés sur Internet vont à l'encontre de sa démarche. Il préconise l'observation de la personne en situation, plutôt que des questionnaires. Il évoque aussi les critiques qui qualifient la théorie de neuromythe, en rappelant qu'une théorie se juge à ses applications, et que celle-ci donne des résultats concrets, même imparfaite.
« Ces talents, lorsque l'on permet aux enfants de les développer et de les utiliser, ce sont des forces qui structureront leur personnalité – à vie. »
Les enfants ont-ils des intelligences plus marquées que d'autres ?
Tous les enfants possèdent potentiellement les huit intelligences, précise Bruno Hourst, mais certains montrent très tôt des inclinations : un goût pour la musique, les mathématiques, le dessin ou la relation aux autres. Ces aptitudes aident l'enfant d'âge préscolaire à réussir et à gagner en confiance, à condition que ses parents les encouragent sans les brider. Les difficultés peuvent apparaître à l'entrée à l'école si ses intelligences fortes ne sont pas celles que l'école sollicite le plus. L'auteur rappelle aussi qu'un adolescent en difficulté peut y trouver un vrai soulagement : il n'est ni stupide ni paresseux, il est intelligent différemment de ce que l'on attend de lui.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il d'intelligences selon Howard Gardner ?
Huit, selon la version présentée dans le magazine. Chaque personne les possède potentiellement toutes, et peut les développer, avec des inclinations plus marquées pour certaines.
Comment repérer les intelligences fortes de son enfant ?
Plutôt que par un test en ligne, par l'observation : ce qu'il aime faire spontanément, ce qu'il fait avec aisance, ce vers quoi il revient.
Les intelligences multiples sont-elles un neuromythe ?
La théorie est discutée. Bruno Hourst rappelle que toute théorie peut être remise en cause, et que celle-ci a l'intérêt de produire des effets observables quand on l'applique.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'encadré des huit formes d'intelligence, avec la définition de chacune.
- Les pistes pour utiliser les intelligences fortes de son enfant dans ses devoirs et ses leçons.
- L'encadré pour expliquer les intelligences multiples aux enfants dès 4 ans.
- L'encadré sur l'intérêt de la théorie pour un adolescent en difficulté scolaire.
- Le regard de l'auteur sur les tests et sur la critique du neuromythe.
