Et si on demandait aux élèves ce qu'ils pensent de la classe ? Les interviews de Maude Tarlier
Face à un mal-être général de ses élèves, Maude Tarlier a décidé de leur donner la parole. Elle raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation ses interviews trimestrielles, et ce qu'elles ont changé dans sa classe de CE1.
Maude Tarlier, enseignante de CE1 à Asnières-sur-Seine, a observé chez ses élèves un mal-être général. Elle a compris que l'enseignement « uniforme » ne convenait pas à la diversité des profils, et que cette hétérogénéité générait de la frustration, chez eux comme chez elle. Depuis 2016, elle fait évoluer sa pédagogie, avec un outil central : l'interview régulière de ses élèves. Elle en parle dans le n°24 d'Innovation en Éducation.
Comment se passe une interview ?
Une fois par trimestre, sur le temps de classe, dans un espace calme. L'élève lit à voix haute un questionnaire devant une caméra sur pied. Des supports visuels l'aident à formuler ce qu'il ressent, et pour les non-lecteurs, l'enseignante prévoit un support audio, l'aide d'un camarade, voire des parents, ce qui renforce l'implication des familles. Elle visionne les retours en corrigeant ou en fabriquant des ateliers, et prend des notes, ce qui limite l'impact sur son temps de travail. Elle en discute ensuite collectivement avec la classe pour améliorer les outils et les séances concernés.
Quelles questions pose-t-elle ?
Des questions fermées d'abord, puis progressivement ouvertes. Elles vont de l'évaluation de la difficulté d'une activité à des interrogations comme « Que pourrions-nous changer pour que tu te sentes mieux en classe ? » ou « Quels rêves aimerais-tu réaliser ? ». Elle invite régulièrement les enfants à identifier leurs « superpouvoirs » et leurs vulnérabilités, pour savoir dans quels domaines ils peuvent aider leurs camarades et dans lesquels ils aimeraient être soutenus. Les questionnaires évoluent à chaque trimestre, selon la maturité des élèves et ce que la classe vit.
Qu'est-ce que ces interviews ont changé ?
Beaucoup de choses concrètes, issues directement des demandes des élèves. Ils ont réclamé des retours plus rapides, ce qui a conduit l'enseignante à multiplier les activités autocorrectives, puis ils ont proposé de participer eux-mêmes à la correction, d'où la naissance, en 2021, d'un rôle de « master ». Ils ont aussi demandé un calendrier plus souple, et l'enseignante craignait de ne pas finir les programmes : au contraire, plus d'élèves dépassent les attentes de fin d'année. Le magazine raconte comment sont nés la « carte des priorités » et l'usage à la maison de la « Memory Box ».
« Chaque interview donne lieu à de nouvelles expérimentations, sources d'optimisation aussi exaltantes pour eux que pour moi. »
Pourquoi un entretien individuel plutôt qu'une discussion de classe ?
Parce que, contrairement aux échanges collectifs, ce moment sans contrainte de temps permet à chaque élève de s'exprimer sans l'influence des autres, dans le respect de son anonymat. L'enseignante cerne ainsi mieux sa personnalité et ses ressentis, parfois en décalage avec ses résultats.
Quels conseils pour se lancer ?
Elle en donne neuf, que le magazine détaille : demander une autorisation écrite aux parents pour le droit à l'image, commencer par un questionnaire court, prévoir une lecture collective préalable, ou encore rappeler qu'il n'existe pas de mauvaise réponse si l'on est sincère.
« J'apprécie et façonne peu à peu ce rôle gratifiant de chef d'orchestre, harmonisant des mélodies co-écrites avec des élèves qui se sentent valorisés et engagés, dans une qualité d'enseignement enrichie par la coopération. »
Pourquoi l'enseignante a-t-elle choisi d'écouter ses élèves ?
Maude Tarlier part d'un malaise partagé : une hétérogénéité de profils que l'enseignement uniforme ne parvenait pas à prendre en compte, source de frustration pour les élèves comme pour elle. Elle a donc opté pour une posture plus flexible, où chacun avance à son rythme, et elle a fait des interviews le pilier de cette démarche. Elle en attend des retours sur les outils et les séances, mais aussi une meilleure connaissance de chaque enfant, de ses ressentis, de ses envies et de ses vulnérabilités. Elle y a gagné un rôle qu'elle qualifie de chef d'orchestre : elle ne dicte plus seule la partition, elle harmonise des mélodies co-écrites avec des élèves qui se sentent valorisés et engagés. Ce changement de posture, assure-t-elle, a transformé l'ambiance de la classe.
Questions fréquentes
Faut-il filmer les élèves ?
Dans sa démarche, oui : une caméra sur pied enregistre l'interview, ce qui nécessite une autorisation écrite des parents au titre du droit à l'image.
Comment interroger des élèves qui ne savent pas encore lire ?
L'enseignante utilise un support audio, l'aide d'un camarade, parfois celle des parents, ou des pictogrammes.
Les interviews prennent-elles beaucoup de temps ?
Elles ont lieu une fois par trimestre, sur le temps de classe. Elle les visionne pendant qu'elle corrige ou prépare des ateliers, ce qui limite l'impact sur son temps de travail.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le déroulé d'une interview, de la caméra aux supports visuels.
- Des exemples de questions, des plus simples aux plus ouvertes.
- Les neuf conseils pratiques pour se lancer.
- Le protocole du rôle de « master » pour la correction entre élèves.
- La carte des priorités et l'usage à la maison de la Memory Box.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
Ce numéro n'est pas en vente en ce moment.
Avec l'abonnement, chaque nouveau numéro arrive chez vous, sans engagement.
