Comment (re)motiver ses élèves : les trois besoins à nourrir
La motivation scolaire diminue à mesure que les élèves grandissent. Dans le n°16 d'Innovation en Éducation, Émile Le Menn s'appuie sur la recherche pour redonner l'envie d'apprendre.
Tiré du magazine · n°16Libertés pédagogiques (mode d'emploi)
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On a longtemps cru que punitions et récompenses suffisaient à motiver les élèves. Les recherches des psychologues Edward Deci et Richard Ryan, menées depuis les années 1990, ont changé la donne. Leur théorie de l'autodétermination affirme que la motivation d'un apprenant dépend de la manière dont une activité répond à trois besoins psychologiques innés. Émile Le Menn, professeur des écoles, en tire dans le n°16 d'Innovation en Éducation trois pratiques pour la classe.
Auteur, formateur aux pédagogies actives et enseignant en réseau d'éducation prioritaire à Paris, il part d'un constat : la motivation scolaire baisse avec l'âge, et les systèmes éducatifs sont souvent pensés à rebours de ce que recommande la recherche. Les parents y trouveront aussi de quoi comprendre ce qui anime un enfant devant ses devoirs.
Quels sont ces trois besoins ?
Le premier est le besoin d'autodétermination : pouvoir choisir la tâche dans laquelle on s'engage, ce que l'on veut apprendre. Le deuxième est le besoin de compétence : sentir que l'on apprend efficacement et que l'on progresse. Le troisième est le besoin d'appartenance sociale : se sentir connecté aux autres, à l'enseignant, aux parents, à la classe.
L'auteur invite à un petit exercice d'imagination. Si l'on vous forçait à suivre pendant un an une formation de mandarin ou de langage informatique, même en vous expliquant que ces connaissances sont utiles, vous rechigneriez sans doute. Les enfants aussi aiment choisir ce qu'ils apprennent.
« Les individus, adultes comme enfants, aiment choisir ce qu'ils apprennent. Ils aiment avoir des projets qui leur tiennent à cœur. »
L'auteur précise d'où il parle : sept ans d'expérimentation de pratiques découvertes en France, mais aussi en Finlande, en Nouvelle-Zélande ou au Canada. Il s'intéresse à la manière d'intégrer des méthodes dites alternatives dans le cadre de l'école traditionnelle, sans attendre de la transformer entièrement.
À quoi ressemble un projet personnel en classe ?
C'est la réponse au premier besoin, et l'auteur en fait un temps régulier de sa semaine, qui a fini par occuper jusqu'à une heure par jour en cycle 3. L'élève se fixe un objectif, seul ou en petit groupe, et réalise une production concrète : un exposé, une pièce de théâtre, un récit, un jeu de société. L'enseignant ne disparaît pas : il bâtit le cadre, oriente vers les ressources, aide à comprendre ce qui est réussi et ce qui doit progresser. L'article propose aussi une manière de commencer doucement, avec un temps par semaine et un domaine restreint.
Un détail mérite d'être noté : l'auteur ne présente pas le projet personnel comme réservé à une école alternative. Il l'a pratiqué dans une école publique d'éducation prioritaire, avec des élèves dont les rythmes et les besoins étaient très différents, et le décrit comme un cadre structuré, non comme une liberté sans limites.
Et pour que chaque élève se sente compétent ?
C'est le rôle de l'enseignement différencié, deuxième pratique. L'auteur cite le sociologue Philippe Perrenoud pour expliquer pourquoi un support unique laisse certains élèves sur le bord du chemin.
« Toute situation didactique proposée ou imposée uniformément à un groupe d'élèves est inévitablement inadéquate pour une partie d'entre eux »
L'article présente plusieurs outils pour différencier, comme la graduation des compétences ou des supports qui rendent la progression visible. Il ne s'agit pas de tout fabriquer soi-même : certains existent déjà.
Comment nourrir le besoin d'appartenance ?
La troisième pratique est le projet civique. Les élèves mènent ensemble une action d'intérêt général, en répondant à une question sociale ou environnementale qu'ils ont choisie, avec l'appui d'un partenaire extérieur. Le magazine en décrit les étapes et indique une association qui accompagne les classes volontaires. L'auteur précise que d'autres pratiques s'appuient sur les mêmes principes et renvoie à son ouvrage sur le sujet.
Dans ce panorama, l'esprit compte plus que le dispositif : donner de la place au choix, à la progression et à la coopération, en gardant le cadre des programmes.
Questions fréquentes
Pourquoi la motivation baisse-t-elle avec l'âge ?
Selon l'article, les systèmes éducatifs sont souvent pensés à rebours de ce que recommande la recherche pour entretenir la motivation, ce qui aggrave la baisse constatée à mesure que les élèves grandissent.
Les récompenses et les punitions fonctionnent-elles ?
Les études de Deci et Ryan, citées par l'auteur, ont montré que la motivation dépend surtout de trois besoins : choisir, se sentir compétent, appartenir à un groupe.
Peut-on appliquer ces idées sans bouleverser sa classe ?
Oui, l'auteur propose de commencer progressivement, par exemple avec un temps de projet par semaine sur un domaine restreint.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois besoins de la théorie de l'autodétermination, formulés pour la classe.
- Les étapes détaillées du projet personnel et le rôle de l'enseignant dans chacune.
- Les outils de la différenciation : graduation des compétences, plan de travail, ceintures, fichiers d'autonomie, outils numériques.
- Les étapes du projet civique et l'association qui accompagne les classes.
