Opposition à 2 ans, crise d'ado : que cache vraiment le « non » ?
Le cap des 2 ans et celui de l'adolescence sont redoutés des parents. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, Rémy Lazarowicz propose de lire l'opposition comme un signal.
Tiré du magazine · n°7Bienveillance et discipline, c'est possible ?
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Un enfant qui s'oppose est un enfant en stress : c'est le point de départ proposé par Rémy Lazarowicz, thérapeute et consultant en parentalité positive, ancien éducateur spécialisé. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, il s'intéresse aux deux périodes où l'autorité parentale est mise à rude épreuve, le cap des 2 ans (le « terrible two » des Anglo-Saxons) et l'adolescence. Son pari : on peut les traverser sereinement à condition de se poser les bonnes questions.
Pourquoi l'opposition est-elle si éprouvante pour les parents ?
Parce que nous sommes, remarque l'auteur, plus affectés par nos propres enfants que par ceux des autres. Certains de leurs comportements, dont l'opposition, ravivent en nous des émotions difficiles liées à notre propre enfance. D'après les neurosciences affectives et la psychotraumatologie qu'il cite, l'enfant qui s'oppose vit une tension, que l'on peut lire sur son visage.
« Considérons qu'un enfant qui s'oppose est un enfant en stress. »
Le « terrible two » est-il un passage obligé ?
L'auteur n'en est pas convaincu. Il raconte l'exemple d'un bébé de son entourage, calme et souriant, dont la mère semblait répondre à ses besoins au bon moment, et en tire que les crises ne sont pas une fatalité. Vers 2 ans, explique-t-il, l'enfant ressent un fort besoin d'indépendance, son cerveau est calibré pour apprendre, et le fait de marcher décuple ses possibilités de découverte. Si l'environnement n'est pas adapté ou si l'adulte cherche à le contenir, le stress, contagieux, peut monter des deux côtés. Il invite à garder en tête que le petit enfant est naturellement empathique et coopératif, et qu'il ne cherche pas à prendre le pouvoir : on prend souvent pour un caprice ce qui n'est qu'un élan de vie.
La crise d'adolescence, est-ce la même chose ?
L'auteur voit beaucoup de similitudes entre les deux périodes. Chez l'adolescent comme chez l'enfant de 2 ans, la crise survient quand des besoins, d'indépendance, de liberté, de considération, de lien aux autres, ne sont pas comblés. Il relève aussi des facteurs de l'environnement, comme les longues heures assis à l'école, la place moindre des activités physiques et artistiques, ou le temps passé sur les écrans. Il en tire un renversement de point de vue.
« Disons plutôt que notre société est en crise et que les adolescents en pâtissent. »
Cette lecture est celle de l'auteur, qui la présente comme un point de vue personnel sur les causes de la crise.
Que peuvent faire les parents ?
Poser des limites reste nécessaire, mais c'est souvent difficile, car elles s'appuient sur ce que nous avons nous-mêmes vécu autour de l'autorité et de la discipline, des expériences communes qui se transmettent de génération en génération. L'auteur propose de prendre conscience de ces mécanismes, et de reconnaître que discipliner un adolescent répond aussi à nos propres besoins, tout aussi légitimes que les siens. Quand un rapport de force s'installe, il invite à se rappeler que l'enfant qui s'oppose fortement manifeste sa détresse. Le magazine en tire plusieurs pistes, dont l'importance de ne pas rester seul.
« Lorsqu'ils s'opposent fortement, traduisons humblement qu'ils manifestent leur détresse. »
Pourquoi ne pas rester seul face à ces périodes ?
Parce que la parentalité demande beaucoup de ressources, de patience, d'attention et de connaissance de soi, rappelle l'auteur. Face à l'énergie débordante d'un enfant de 2 ans ou d'un adolescent, la fatigue, le stress, nos croyances éducatives et notre propre histoire peuvent vite nous emporter. Il cite l'adage selon lequel il faut un village pour accompagner un enfant, qu'il juge particulièrement pertinent avec les bébés et lors de ces deux périodes charnières. Pour retrouver une relation apaisée, il invite donc à s'entourer, et précise qu'un thérapeute spécialisé peut aider à dénouer une situation qui perdure et semble sans issue.
Questions fréquentes
Faut-il avoir peur du « terrible two » ?
Pas forcément, d'après Rémy Lazarowicz. À cet âge, l'enfant a un besoin d'indépendance et de découverte. Des limites adaptées et un environnement préparé aident à traverser la période.
Que faire quand un adolescent s'oppose beaucoup ?
L'auteur invite à chercher le besoin non comblé derrière l'opposition, à rester à l'écoute et à ne pas affronter l'adolescent dans un rapport de force.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'anecdote du bébé calme et ce qu'elle suggère sur les passages dits obligés.
- Le détail des besoins de l'enfant de 2 ans et de l'adolescent, et de ce qui les met en difficulté.
- Le regard de l'auteur sur l'environnement des adolescents d'aujourd'hui.
- Les pistes pour les parents : poser des limites, comprendre ses propres réactions, s'entourer.
- Un encadré de présentation de Rémy Lazarowicz et de sa démarche.
