Secrets de famille : faut-il les révéler à ses enfants ?
Un secret de famille ne reste jamais tout à fait caché : les enfants en ressentent les effets. Dans le n°22 d'Innovation en Éducation, la psychothérapeute Stella Amiard explique comment décider de le dire, et comment.
Tiré du magazine · n°22La famille ? C’est compliqué… !
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Dans une famille, ce qui n'est pas dit ne disparaît pas : les enfants en perçoivent les effets, même sans en connaître la cause. C'est le point de départ de Stella Amiard, praticienne en psychothérapie et psychogénéalogie, qui consacre un article du n°22 d'Innovation en Éducation aux secrets de famille : ce qu'ils sont, ce qu'ils provoquent, et les précautions à prendre avant de décider de les dire.
Formée en psychanalyse, auteure et conférencière, elle est aussi suivie par un très large public sur les réseaux sociaux, où elle partage ses conseils sous le nom de « Stella La Psy ». Son approche relève de la psychogénéalogie, un courant qui s'intéresse à ce que les générations se transmettent. Elle la présente ici comme un éclairage, que chaque lecteur est libre de faire sien ou non.
Qu'est-ce qu'un secret de famille ?
C'est un fait réel, que l'on ne dévoile pas, le plus souvent pour préserver l'équilibre de la famille ou sauver les apparences. Il ne naît pas toujours d'une décision : il se fabrique à force de ne pas en parler, parce que le sujet met mal à l'aise, voire fait honte. Selon l'autrice, les plus fréquents concernent la filiation : un père qui n'est pas le père biologique, un enfant caché. D'autres touchent à l'argent, à la maladie, à un décès, à l'Histoire.
Ce que l'enfant perçoit, ce ne sont pas les faits, mais les émotions qui y sont attachées : un silence sur certains sujets, un anniversaire que l'on ne fête pas, un lieu où l'on ne va jamais, un prénom qu'on ne prononce pas.
« Ce qui est toxique pour nos enfants, ce n'est pas que nous ayons souffert, c'est d'essayer de faire comme si cela n'avait pas eu lieu. »
Faut-il révéler un secret de famille ?
L'autrice ne répond pas par un oui ou par un non. Elle rappelle que chacun a droit à son jardin secret et à sa vie privée, et qu'il existe une différence entre les secrets ordinaires et ceux qui font du mal. En revanche, lorsqu'un événement douloureux pèse sur la famille, il lui paraît important de ne pas laisser le silence s'installer.
Elle insiste sur les précautions. La personne qui détient le secret a besoin d'être préparée, et ceux qui vont l'entendre aussi. Révéler un secret qui concerne quelqu'un sans son accord peut blesser. L'autrice cite à ce propos Anne Ancelin Schützenberger, pionnière de la psychogénéalogie, qui souligne l'importance de communiquer ouvertement avec les membres de la famille tout en respectant leur consentement.
À qui en parler en premier ?
L'autrice recommande souvent un thérapeute, neutre et extérieur à la famille, pour se libérer d'abord de la honte ou de la culpabilité attachées au secret. Livrer un secret à chaud à la personne concernée expose à ne pas maîtriser ses émotions, et l'autre peut se sentir agressé. Elle évoque aussi la thérapie familiale et conseille, si possible, de réunir en même temps toutes les personnes concernées, pour ne pas ajouter un secret au secret.
Comment en parler avec un enfant ?
Il n'y a pas d'âge idéal, répond-elle, mais une manière de parler adaptée à sa façon de penser : des mots simples, sans compliquer l'information. Elle cite Françoise Dolto, selon qui « les chiens et les enfants savent tout ».
« La vérité n'est que le premier acte d'un long processus de réparation. »
Et après la révélation ? L'autrice prévient que tout ne se résoudra pas d'un coup : il faudra entendre la colère des uns, la détresse des autres, et laisser du temps au temps.
Questions fréquentes
Un enfant peut-il sentir un secret qu'on ne lui a pas dit ?
Selon Stella Amiard, oui : les enfants perçoivent les émotions liées au secret, même sans en connaître le contenu. Ils peuvent alors s'en sentir responsables.
Tous les secrets sont-ils à révéler ?
Non. L'autrice distingue les secrets ordinaires, qui relèvent de la vie privée, des secrets nocifs. Avant de révéler, il faut aussi mesurer les conséquences pour chacun.
Faut-il consulter un thérapeute avant de dire un secret ?
Elle le recommande, pour se préparer et se libérer de la charge émotionnelle qui y est attachée.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La liste des familles de secrets les plus courantes, et les signes qui trahissent leur présence.
- Les cinq risques à mesurer avant de révéler un secret.
- Les étapes pour préparer la personne qui a gardé le secret et celles qui vont l'entendre.
- Deux lectures recommandées par l'autrice pour aller plus loin.
