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Que dire à un enfant confronté à un drame⁠ ⁠?

Nous voudrions tant les protéger. Dans le n°17 d'Innovation en Éducation, la psychothérapeute Hélène Romano explique ce que vivent vraiment les enfants face aux drames, et comment les accompagner.

Le n°17 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°17L'éducation et ses tabous Voir ce numéro

Quand un drame survient, un accident, un décès ou des images de guerre à la télévision, la plupart des adultes cherchent d'abord à protéger l'enfant. La psychothérapeute Hélène Romano, spécialiste du psychotraumatisme depuis trente ans, rappelle que l'enfant n'est jamais à l'abri de l'impact d'un drame, et qu'il a surtout besoin d'un adulte disponible qui l'écoute avant de lui répondre.

Docteure en psychopathologie et en droit privé et sciences criminelles, Hélène Romano mêle pratique clinique, recherche et formation. Elle signe cet article dans le n°17 d'Innovation en Éducation, consacré à ce que l'on dit aux enfants, et renvoie à son livre Quand la vie fait mal aux enfants.

Les petits sont-ils vraiment épargnés ?

Non, c'est même l'inverse, explique l'autrice. L'idée répandue que les enfants, surtout les plus jeunes, ne sont pas touchés par ce qu'ils vivent est « totalement fausse ». Plus l'enfant est jeune, moins il dispose des ressources cognitives, langagières et affectives pour faire face, et plus il a besoin d'un adulte pour le réconforter.

« L'idée répandue que des enfants, surtout les très jeunes, ne sont pas impactés par les drames qu'ils subissent est totalement fausse, comme en attestent les études sur le devenir des enfants orphelins ou maltraités. »

Hélène Romano, docteure en psychopathologie, psychothérapeuteExtrait du n°17, p. 35

Elle illustre cette idée par les attentats du 11 septembre 2001. Les jeunes enfants n'ont pas vu deux avions, mais autant d'avions que d'images rediffusées, sans toujours avoir quelqu'un pour leur expliquer ce qu'ils regardaient. D'où un conseil simple : lorsque l'écran est allumé, ne pas laisser l'enfant seul, et parler avec lui de ce qu'il a vu et compris.

Comment un enfant exprime-t-il ce qu'il traverse ?

Rarement avec des mots d'adulte. L'autrice distingue des réactions bruyantes et visibles (anxiété inhabituelle, troubles du sommeil, colères) et d'autres, plus silencieuses et plus difficiles à repérer : l'enfant s'isole, abandonne ses activités, régresse. Elle signale aussi un cas qui rassure souvent à tort : l'enfant qui réagit comme si rien ne s'était passé et reste parfaitement adapté. Cette hyperadaptation, qu'elle appelle un « faux-self », peut au contraire traduire un trouble.

Les signes peuvent surgir des mois, voire des années plus tard, ce qui complique le lien avec l'événement. Les parents, confrontés à leur impuissance et parfois à leur culpabilité, ne trouvent pas toujours les bons mots.

Quelles phrases, pourtant bien intentionnées, insécurisent l'enfant ?

L'article les range en familles : celles qui banalisent, celles qui nient la gravité, celles qui culpabilisent et celles qui dictent à l'enfant ce qu'il doit ressentir. Aucune n'est dite par malveillance, bien au contraire. L'autrice souligne même que l'adulte est souvent épuisé, ou qu'il se défend inconsciemment contre l'idée que son enfant a été blessé. Le magazine en donne des exemples précis, qui permettent de se reconnaître sans se juger.

Ce que ces phrases produisent, en revanche, est important à comprendre : sans le vouloir, elles disent à l'enfant que ce qu'il ressent n'a pas de valeur. Elles renforcent la honte, la culpabilité et la peur de blesser l'adulte, déjà très présentes chez un enfant éprouvé.

Par quoi commencer, alors ?

Par se mettre à hauteur d'enfant. L'exemple de l'article est celui d'un enfant qui demande, devant des images de guerre : « est-ce qu'il va y avoir la guerre chez nous ? » La première urgence est de ne pas se précipiter pour répondre, ce qui ne veut pas dire se taire. Derrière chaque question, l'enfant a déjà élaboré une explication, parfois proche de la réalité, parfois très éloignée. L'adulte a donc intérêt à savoir d'abord ce que l'enfant a en tête.

« Il n'existe pas de question anodine chez un enfant. »

Hélène Romano, docteure en psychopathologie, psychothérapeuteExtrait du n°17, p. 37

L'autrice appelle « empathie transitionnelle » la technique qui prolonge cette idée, en référence au pédopsychiatre D. W. Winnicott : une sorte de pont émotionnel qui relie le ressenti de l'enfant à la réalité extérieure. Elle repose sur quelques principes, dont le choix du « je » pour décrire ce que l'adulte observe, et le fait d'éviter les questions suggestives qui ferment la discussion. Le magazine en donne la formulation et des exemples.

Un autre article du numéro s'intéresse à une question voisine : peut-on tout dire aux enfants ?

Questions fréquentes

Un enfant peut-il être traumatisé par un événement qu'il n'a vu qu'à la télévision ?

Selon Hélène Romano, les jeunes enfants n'ont souvent pas les ressources pour comprendre les images qu'ils voient et peuvent se retrouver seuls face à elles. Elle recommande de rester à leurs côtés et d'en parler.

Comment savoir si un enfant va mal quand il ne dit rien ?

Certains enfants deviennent bruyants, d'autres s'isolent, abandonnent leurs activités ou, à l'inverse, paraissent trop sages. Ces réactions peuvent apparaître longtemps après les faits.

Faut-il répondre tout de suite à ses questions ?

L'autrice conseille de ne pas se précipiter : mieux vaut d'abord comprendre ce que l'enfant a compris, puis ajuster sa réponse.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°17

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. La définition précise du trauma, et la différence entre ressenti de danger et danger réel.
  2. Les réactions silencieuses ou bruyantes de l'enfant, y compris celles qui apparaissent tardivement.
  3. Les familles de phrases à éviter, avec des exemples de formulations.
  4. La technique de l'empathie transitionnelle, avec ses formulations concrètes.
  5. La différence entre une question ouverte et une question suggestive.
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