Enseigner aux autres, est-ce la meilleure façon d'apprendre ?
Des professionnels de l'entreprise ont créé un collège-lycée avec une conviction : on apprend plus en transmettant. Le n°5 d'Innovation en Éducation raconte comment La Jonchère la met en pratique.
Tiré du magazine · n°5Les pédagogies différentes
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En 2017, une étude de Dell et de l'Institut pour le futur annonçait que la moitié des métiers d'aujourd'hui n'existeraient plus dix ans plus tard, et que 85 % de ceux de 2030 n'existaient pas encore. C'est fort de ce constat que des professionnels du monde de l'entreprise ont créé le collège-lycée La Jonchère, à La Celle-Saint-Cloud, à l'ouest de Paris. Le n°5 d'Innovation en Éducation en présente le projet, centré sur une idée simple : on apprend beaucoup en transmettant.
Le magazine reprend ce constat en une ligne, qui motive tout le projet.
« 50 % des métiers d'aujourd'hui n'existeront plus dans 10 ans et 85 % des métiers de 2030 n'existent pas encore. »
Quelles sont les valeurs de cet établissement ?
La Jonchère accueille des élèves de la 6e à la seconde, et entamait sa troisième année quand le magazine l'a rencontrée. Elle met en avant la bienveillance, une pédagogie active et individualisée, et l'apprentissage de l'anglais. La bienveillance commence par le recrutement : les professeurs sont choisis pour leurs compétences humaines autant que pour leurs compétences académiques, et formés aux méthodes du psychologue américain Thomas Gordon, auteur d'Enseignants efficaces, pour une communication apaisée avec les jeunes.
Comment fonctionne-t-elle sans notes ?
L'établissement a fait le choix de se passer de notes systématiques, de contrôles à répétition, de punitions et d'heures de colle, qu'il juge sources de stress et parfois de décrochage. Il affirme que ses élèves progressent malgré tout, avec 100 % de réussite au brevet. En classe, les cours magistraux laissent la place à des cours plus interactifs : les professeurs circulent entre les élèves pour les guider et les rassurer, ce qui leur permet de connaître précisément le niveau de chacun.
Chaque semaine, les élèves prennent un temps en tête-à-tête avec leurs professeurs pour faire le point sur leurs apprentissages, repérer leurs atouts et leurs axes d'amélioration. Ce travail, difficile au départ, leur apprend à être lucides sur leurs forces et leurs faiblesses, et à trouver une motivation qui vient d'eux.
Que veut dire « apprendre en enseignant » ?
C'est l'idée la plus originale du projet. L'équipe s'est appuyée sur les travaux d'Edgar Dale, chercheur américain en éducation, et sur son « cône d'apprentissage ».
« C'est en transmettant son savoir que nous apprenons le plus. »
L'établissement a donc créé un réseau d'échange de savoirs : les élèves y inscrivent ce qu'ils peuvent transmettre et ce qu'ils voudraient apprendre, puis s'organisent entre eux sur des plages horaires dédiées. Il arrive que certains deviennent, sous l'œil de leur professeur, les enseignants d'autres élèves. Ces expériences, menées surtout en anglais, ont eu beaucoup de succès. L'anglais est d'ailleurs enseigné par des intervenants anglophones, et des séances de dessin, de théâtre, de cuisine ou de coding se déroulent dans cette langue.
Que penser de ce projet ?
Comme pour toute école présentée dans le magazine, ce portrait est écrit du point de vue de l'établissement. Il intéresse parce qu'il montre une idée transposable bien au-delà : un élève qui explique à un autre consolide ce qu'il sait. Un autre numéro détaille ce principe dans un article sur les élèves qui apprennent les uns des autres. La Jonchère, elle, comptait ouvrir une classe de première en 2022 et une terminale en 2023, à la demande de ses élèves.
Quelles questions ce projet laisse-t-il ouvertes ?
Un portrait d'établissement dit surtout ce que celui-ci souhaite montrer. Plusieurs choix de La Jonchère ne conviendront pas à toutes les familles ni à tous les enseignants : l'absence de notes, le recrutement des professeurs sur leurs compétences humaines autant qu'académiques, la place de l'anglais. Ils rappellent que l'école peut s'organiser de plusieurs façons, et que chaque projet répond à un public. Reste l'idée, simple, qui voyage mieux que l'organisation : apprendre en expliquant à un camarade, ou en sachant que l'on devra transmettre ce que l'on apprend. Un parent peut la tester à la maison, un enseignant en classe, sans réforme, en demandant à un élève de présenter à d'autres ce qu'il vient de comprendre.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment se passer de notes ?
Cet établissement l'a décidé, avec une auto-évaluation hebdomadaire à la place. D'autres écoles font d'autres choix : le magazine présente ici une expérience parmi d'autres.
Qu'est-ce que le cône d'apprentissage d'Edgar Dale ?
C'est un schéma, utilisé par l'équipe, selon lequel on retient davantage ce que l'on transmet que ce que l'on reçoit passivement.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le déroulé des séances d'auto-évaluation hebdomadaires.
- Le fonctionnement du réseau d'échange de savoirs et des classes où les élèves enseignent.
- Le détail de la place de l'anglais, des cours en anglais aux intervenants anglophones.
- Le portrait des fondateurs, venus du monde de l'entreprise.
