Enfant atypique : le faire entrer dans le moule, ou en sortir avec lui ?
Pour voir l’atypie de son fils, elle a d’abord dû accepter la sienne. Dans le n°6 d’Innovation en Éducation, Élodie Crépel, psychanalyste et médiatrice familiale, revient sur un parcours qui a bouleversé la vie de toute sa famille.
Tiré du magazine · n°6Accompagner les enfants atypiques
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Face à un enfant atypique, Élodie Crépel décrit deux voies possibles : tout faire pour qu’il entre dans le moule, ou en sortir avec lui. Elle et son mari ont choisi la seconde, en précisant bien qu’elle ne convient pas à toutes les familles. Pour elle, l’essentiel est ailleurs : prendre conscience de son propre fonctionnement, cesser de se suradapter au point de s’oublier, et aider ses enfants à faire de leurs différences une force. Un chemin que chaque famille, insiste-t-elle, doit trouver à sa manière.
Psychanalyste et médiatrice familiale spécialisée dans la douance et l’hypersensibilité, autrice de plusieurs ouvrages et très suivie sur les réseaux sociaux, Élodie Crépel est l’une des invitées du n°6 d’Innovation en Éducation. Mère de quatre enfants, elle-même concernée par ces profils, elle revient sur son parcours dans un long entretien publié dans la rubrique « Inspirations ».
Pourquoi a-t-elle mis du temps à voir l’atypie de son fils ?
C’est la première surprise de l’entretien. Tout le monde voyait que son aîné était très en avance : il a marché et parlé très tôt, et récitait l’alphabet bien avant l’âge habituel. Elle seule trouvait cela normal. Avec le recul, elle comprend pourquoi :
« Pour prendre conscience de l’atypie de mes enfants, il m’a fallu accepter la mienne. »
Elle raconte qu’une psychologue l’avait identifiée bien des années plus tôt, et qu’elle avait préféré ne pas y penser. Elle explique aussi ce qui se cachait derrière ce refus de voir : la peur que son enfant traverse les mêmes souffrances qu’elle, et l’impression qu’aucune solution n’existait. Ce récit fera écho chez bien des parents, et rejoint l’analyse de la psychologue Lydia Levant-Bol sur l’atypie découverte à l’âge adulte.
Quelles voies s’offrent à une famille atypique ?
Son fils supportant mal la vie en collectivité, son mari propose un jour l’instruction en famille, une possibilité qu’elle ignorait. S’informer sur ce sujet lui ouvre les yeux sur d’autres façons de faire, et c’est paradoxalement ce qui lui permet enfin de voir son fils tel qu’il est. Elle résume ainsi le choix qui s’est présenté au couple :
« Nous avions donc deux choix : soit tout faire pour le faire rentrer dans le moule, soit en sortir avec lui. On a choisi la seconde option. »
Elle ajoute aussitôt que ce n’est pas la meilleure option pour tout le monde. Le magazine décrit la vie que la famille a choisie ensuite, les renoncements professionnels qu’elle a impliqués et le regard, parfois sceptique, de l’entourage. Élodie Crépel ne cache ni les doutes ni les moments de panique, et souhaite à chaque famille de trouver sa propre manière d’avancer, quelle qu’elle soit.
Qu’est-ce que la suradaptation ?
C’est sans doute le message le plus utile de l’entretien, pour les parents comme pour les adultes atypiques eux-mêmes. Élodie Crépel décrit le sentiment de décalage de ceux qui vivent dans un monde pensé pour un autre fonctionnement que le leur, et affirme qu’ils y ont toute leur place. Elle raconte avoir longtemps cru que s’adapter à tout prix était la seule manière d’être acceptée, et ce que cela lui a coûté.
Elle en tire un conseil qu’elle transmet aujourd’hui dans son travail :
« Utilisez votre capacité à vous "caméléoniser" pour vous adapter, pas pour vous cacher. »
L’idée n’est pas de renoncer à toute adaptation, mais de ne pas s’éloigner de ses besoins et de ses valeurs au point de s’oublier. Et, ajoute-t-elle, plus un parent ose être lui-même, plus il montre l’exemple à ses enfants.
La parentalité, une aventure qui transforme
L’entretien aborde aussi, avec beaucoup de justesse, ce que devenir parent change en chacun : passer du statut d’enfant à celui de parent, revisiter ses propres blessures pour ne pas les transmettre. Élodie Crépel partage enfin une chanson qui accompagne sa manière d’être mère, et dont le magazine reproduit un extrait.
Questions fréquentes
Faut-il sortir son enfant atypique de l’école ?
Élodie Crépel raconte le choix de sa famille, l’instruction en famille, tout en précisant qu’il ne convient pas à tout le monde. Elle souhaite à chaque famille de trouver sa propre manière d’avancer.
Qu’est-ce que la suradaptation ?
C’est le fait de s’adapter en permanence aux attentes des autres au point de s’éloigner de ses propres besoins. Élodie Crépel invite à se servir de cette capacité pour s’adapter, sans pour autant se cacher.
Un parent peut-il découvrir son atypie grâce à son enfant ?
Oui. C’est l’expérience d’Élodie Crépel, qui a accepté sa propre douance et sa haute sensibilité en accompagnant son fils aîné. Un professionnel peut aider à faire le point.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L’entretien complet avec Élodie Crépel, de la prise de conscience aux choix de vie de sa famille.
- Le récit de son cheminement, du déni à l’acceptation, et ce qui l’a rendu possible.
- La vie que la famille a choisie, et le regard de l’entourage.
- Son message aux adultes atypiques sur la suradaptation.
- L’extrait de la chanson qui l’accompagne dans sa parentalité.
n°6 · Accompagner les enfants atypiques
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