La solitude d'un enfant est-elle toujours un problème ?
Un enfant qui reste à l'écart n'est pas forcément un enfant qui souffre. Dans le n°28 d'Innovation en Éducation, Nathalie Francols donne un indicateur pour faire la différence, et des pistes pour parents et enseignants.
Tiré du magazine · n°28Protéger nos enfants des relations toxiques
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Il n'est pas facile de savoir si un enfant qui reste à l'écart est paisible ou en souffrance. La psychopraticienne Nathalie Francols propose, dans le n°28 d'Innovation en Éducation, un repère qui ne dépend pas du temps passé seul : ce que l'enfant se dit à lui-même et sur les autres.
Formatrice, superviseure et co-directrice de l'École d'Analyse Transactionnelle de Lyon, elle a publié plusieurs ouvrages pour faire découvrir l'analyse transactionnelle aux enfants et aux enseignants, dont Aider les enfants à avoir des relations saines.
Être seul, est-ce forcément souffrir ?
Non, et l'article le rappelle d'emblée. La solitude est parfois nécessaire : pour se reposer des stimulations des relations, pour développer son autonomie (à l'étape du « moi tout seul » vers 3-4 ans, ou à l'adolescence), ou dans certains moments de la vie comme un deuil. On peut aussi se sentir seul au milieu des autres, et être seul tout en restant relié aux autres par la pensée.
« Plus que la quantité de temps passé loin des autres, c'est la nature des pensées intérieures de l'enfant sur lui-même et sur les autres qui sera le meilleur indicateur d'une solitude saine ou toxique. »
Concrètement, l'autrice invite à se demander quelle histoire l'enfant se raconte. Est-il la victime d'autres qu'il vit comme des persécuteurs ? Le héros solitaire qui se méfie des autres ? Se vit-il « abandonnable » ou « enviable » ? S'accorde-t-il autant de valeur qu'il en accorde aux autres ?
Pourquoi un enfant se retire-t-il de la relation ?
Parce que toute relation comporte un risque : celui de recevoir de l'extérieur des signes de reconnaissance qu'on n'a pas choisis. Ce concept de l'analyse transactionnelle désigne les gestes et les paroles qui confirment à quelqu'un qu'il existe : un regard, un mot, un geste. L'enfant qui a demandé de l'attention sans en obtenir peut cesser de demander. Celui qui n'a reçu que des signes négatifs peut se retirer en lui-même. L'autrice décrit aussi deux cas moins attendus : l'enfant couvert de compliments au point de se dévaloriser quand l'enthousiasme retombe, et celui qui se sent instrumentalisé par des signes positifs donnés pour obtenir quelque chose de lui. Le magazine présente ces quatre cas en détail.
Son insistance mérite d'être entendue : au-delà de ce qui se voit, il y a l'invisible. Quand un enfant perd le sentiment d'avoir une place parmi les autres, il s'en construit une à l'intérieur de lui-même.
Comment parents et enseignants peuvent-ils l'aider ?
Pour les parents, l'article propose des pistes par âge : intégrer progressivement un petit enfant à des groupes de taille adaptée, avec des séparations courtes puis plus longues, pour qu'il ait confiance dans votre retour ; s'intéresser aux passions d'un adolescent, sans montrer une inquiétude qu'il vivrait comme intrusive. Une autre suggestion, plus inattendue, concerne l'adulte : s'observer soi-même, et se demander ce que l'on dit de soi et des autres devant l'enfant, y compris lorsqu'on parle au dîner de ses collègues.
Pour les enseignants, elle plaide pour une idée simple : faire de la relation un objet d'apprentissage.
« La matière relation n'existe pas à l'école. »
Elle évoque deux outils accessibles aux plus jeunes, comme l'image des « mots fleurs » qui font du bien et des « mots poisons » qui font mal, utilisable dès la maternelle, et les rôles de Sauveteur, de Persécuteur et de Victime pour comprendre des situations qui se répètent. Le magazine les présente.
Questions fréquentes
Un enfant qui aime jouer seul doit-il m'inquiéter ?
Pas nécessairement. L'autrice rappelle que la solitude est parfois nécessaire pour se reposer, pour développer son autonomie ou traverser une épreuve. Ce qui importe, c'est ce que l'enfant pense de lui et des autres.
Que faire face à un enfant qui n'ose pas aller vers les autres ?
Lui proposer des expériences progressives, accueillir ses émotions sans accuser les autres, l'aider à développer une compétence valorisable en groupe et, si besoin, consulter d'autres adultes qui le connaissent.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les quatre raisons pour lesquelles un enfant se retire de la relation, avec les signes de reconnaissance en cause.
- L'encadré sur les signes de reconnaissance, positifs ou négatifs, conditionnels ou inconditionnels.
- Les conseils détaillés pour les parents, selon l'âge de l'enfant.
- Les repères pour les enseignants, avec les « mots fleurs » et les trois rôles des jeux psychologiques.
