Relation amoureuse toxique : comment s'en rendre compte, et pourquoi est-ce si dur de partir ?
Pourquoi reste-t-on parfois attaché à ce qui fait souffrir ? Dans le n°28 d'Innovation en Éducation, la thérapeute Aurélie Dorel propose des repères pour y voir clair, sans désigner de coupable.
Tiré du magazine · n°28Protéger nos enfants des relations toxiques
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On sait souvent, de l'extérieur, qu'une relation fait du mal. On le sait moins bien de l'intérieur. Pourquoi certaines personnes restent-elles attachées à ce qui les fait souffrir ? Parce que, répond la thérapeute Aurélie Dorel, l'attachement n'a rien à voir avec un choix rationnel. Son article du n°28 d'Innovation en Éducation propose de prendre le temps d'y voir clair, sans dramatiser ni minimiser.
Autrice et thérapeute en guérisons affectives, spécialiste de l'affect, elle a validé un diplôme de recherche en psychologie cognitive après vingt ans passés dans l'accompagnement humain. Son angle est volontairement pragmatique : revenir aux faits, plutôt que de chercher un coupable.
À quoi reconnaît-on une relation amoureuse toxique ?
À une sensation de perte, plus qu'à un événement précis. Une relation saine est censée nous apporter quelque chose ; une relation toxique nous donne le sentiment d'en perdre.
« Une relation toxique nous donne la sensation de perdre quelque chose alors qu'une relation saine est censée nous apporter un plus. »
L'autrice distingue trois niveaux de perte, qu'elle nomme : celle de l'identité (« je ne sais plus qui je suis »), celle de l'énergie (la relation fatigue) et celle du sens. Elle propose ensuite une série de questions à se poser, à noter sur une échelle de 0 à 10 plutôt qu'en noir et blanc, car la réalité est rarement toute blanche ou toute noire. Le magazine les reprend en détail.
Pourquoi est-ce si difficile de s'en détacher ?
Parce qu'on peut confondre amour et besoin de l'autre. Quand on se sent incapable de vivre sans l'autre, elle parle de dépendance affective, et y voit souvent le signe d'un manque d'amour de soi que l'on tente de combler à travers la relation. La clé, selon elle, est de commencer par soi : savoir qui l'on est, connaître ses besoins et ses limites, avant de pouvoir dialoguer avec l'autre.
Elle ajoute une nuance qui évite les verdicts hâtifs. Parfois, c'est notre propre souffrance qui nous fait qualifier l'autre de manipulateur parce qu'il ne nous apporte pas ce que nous attendons. Ce n'est pas parce qu'une relation est vécue comme souffrante que l'autre est forcément coupable.
« Ce n'est pas parce qu'une relation est vécue comme souffrante que l'autre est forcément coupable. Chacun est responsable de soi en relation. »
La communication peut-elle prévenir la toxicité ?
Elle peut aider beaucoup. L'article s'appuie sur Les cinq langages de l'amour du conseiller conjugal Gary Chapman : chacun serait sensible à une ou deux manières particulières de recevoir de l'amour. Si l'un se sent aimé par le contact physique et l'autre par les services rendus, tous deux s'épuisent à donner ce qu'ils voudraient recevoir, et chacun finit par se croire insuffisamment aimé. Le remède est modeste : en parler. Le magazine détaille ces cinq langages.
Et si rien ne change ?
L'autrice reste mesurée. Si l'on a tout essayé et que rien n'évolue, il est peut-être temps de privilégier son équilibre intérieur et de mettre fin à la relation, en gardant à l'esprit que l'attachement est une question d'habitude : il faut parfois un long chemin de deuil pour le dénouer, et un thérapeute peut y aider.
Sa conviction tient en une image : une relation saine laisse de la place pour toi, pour moi et pour nous.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qui distingue une relation toxique d'une relation difficile ?
Selon l'autrice, c'est la sensation de perdre quelque chose : de son identité, de son énergie ou du sens de ce qu'on vit. Une relation saine apporte un équilibre entre donner et recevoir.
Pourquoi reste-t-on dans une relation qui fait souffrir ?
Parce que l'attachement n'est pas un choix rationnel. Il peut venir d'une dépendance affective, c'est-à-dire d'un manque d'amour de soi que l'on cherche à combler par la relation.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les questions à se poser, avec l'échelle de 0 à 10 pour mesurer son ressenti.
- Les cinq langages de l'amour de Gary Chapman, avec leur effet sur le couple.
- Les erreurs les plus courantes dans une relation amoureuse et la façon de les éviter.
- Les conseils pour celles et ceux qui ont du mal à se détacher.
