Peut-on être toxique sans le vouloir ?
On parle volontiers des personnes toxiques comme de figures à fuir. Dans le n°28 d'Innovation en Éducation, la psychologue Martine Malterre-Puyfoulhoux retourne la question : et si l'on pouvait l'être soi-même, sans le savoir ?
Tiré du magazine · n°28Protéger nos enfants des relations toxiques
Voir ce numéro
Un comportement toxique n'est pas toujours celui d'une personne toxique, et il n'est pas toujours voulu. C'est le point de départ de la psychologue Martine Malterre-Puyfoulhoux : on peut blesser les siens sans le savoir, en rejouant des schémas reçus dans sa propre enfance. La bonne nouvelle, selon elle, c'est que ces schémas ne sont pas une fatalité.
Psychologue à Clermont-Ferrand, formée aux thérapies cognitives et comportementales, elle accompagne notamment des personnes à haut potentiel et des personnes avec TDAH. Dans le n°28 d'Innovation en Éducation, elle prend la question à l'envers de ce qu'on lit d'ordinaire : au lieu de chercher la personne toxique chez les autres, elle invite à se demander, sans s'accabler, si l'on ne l'a pas été soi-même un jour.
Un comportement toxique fait-il de nous une personne toxique ?
Non, et la différence compte. L'autrice définit le comportement toxique par sa répétition : des attitudes, des paroles ou des actions qui, de manière répétée, nuisent au bien-être d'une autre personne.
« Un comportement toxique est un ensemble d'attitudes, de paroles ou d'actions qui, de manière répétée, nuisent au bien-être psychologique ou émotionnel d'une autre personne. »
Tout le monde, un jour de fatigue ou de stress, peut adopter une attitude qu'il regrettera. Un parent qui crie parce qu'il est dépassé n'est pas dans la même situation qu'un parent qui humilie ou contrôle de façon répétée. Ce qui fait la différence, ce n'est pas l'erreur : c'est l'intention, la conscience de l'effet produit sur l'autre, et la capacité à se remettre en question. L'article est explicite sur un point qui soulage : être maladroit ne signifie pas être toxique.
D'où viennent des comportements qu'on ne choisit pas ?
La plupart du temps, de l'enfance. Un enfant qui grandit dans un climat instable ou insécurisant met en place des stratégies pour tenir. Devenues adultes, ces stratégies peuvent blesser les autres si personne ne les a jamais reconnues. L'autrice parle de réponses automatiques à une blessure ancienne, dont la personne n'a pas conscience.
Un exemple suffit à le comprendre : celui de la peur d'être abandonné. Un adulte qui l'a vécue très tôt peut chercher en permanence à être rassuré, supporter mal la distance, puis, paradoxalement, en venir à surveiller et à contrôler l'autre pour ne pas le perdre. De l'extérieur, cela peut ressembler à de la pression. De l'intérieur, cela ressemble à de l'amour. Le magazine développe cette blessure et une seconde, le rejet, avec leurs effets sur la vie de famille.
Comment repérer sa propre part de toxicité ?
Par des questions simples, qu'on se pose franchement : les personnes autour de moi se sentent-elles en sécurité avec moi ? Est-ce que je reconnais mes erreurs ? Est-ce que j'ai tendance à culpabiliser plutôt qu'à dialoguer ? Les retours des proches, même inconfortables, sont souvent les signaux les plus utiles. L'article propose aussi une liste de signes courants, que le magazine présente en détail, pour s'aider à y voir clair sans se juger.
Peut-on changer, et par où commencer ?
Oui, à tout âge. Martine Malterre-Puyfoulhoux insiste sur la nuance : ce n'est pas un chemin de culpabilité, mais de responsabilité. Il s'agit de reconnaître qu'un comportement a fait mal, même s'il partait d'une bonne intention, et de se comprendre avec compassion plutôt qu'avec sévérité.
« Nous ne sommes pas condamnés à reproduire ce que nous avons vécu. Nous avons la capacité, à tout âge, de changer nos schémas relationnels […]. »
Elle cite quatre appuis : un accompagnement thérapeutique, l'apprentissage de compétences émotionnelles, l'écoute des retours des proches et la pratique de l'empathie. Pour des parents et des enseignants qui se demandent parfois s'ils ont été trop durs, c'est une invitation à la lucidité plutôt qu'à la honte. Pour aller plus loin sur la frontière entre toxicité et simple conflit, voir comment distinguer une relation toxique d'un désaccord.
Questions fréquentes
Un parent qui crie est-il un parent toxique ?
Pas nécessairement. Selon l'autrice, crier parce qu'on est dépassé n'est pas la même chose qu'humilier ou contrôler de façon répétée. Ce qui compte, c'est la répétition, l'intention et la capacité à reconnaître l'effet sur l'enfant.
Peut-on être toxique sans s'en rendre compte ?
Oui, et c'est même fréquent. On peut reproduire des schémas hérités de sa propre enfance tout en pensant agir pour le bien de l'autre. D'où l'intérêt d'écouter les retours de ses proches.
Est-il possible de changer ?
Oui. L'article rappelle qu'on peut transformer ses schémas relationnels à tout âge, à condition d'en prendre conscience, et souvent d'être accompagné.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La liste des signes courants d'un comportement toxique, à lire pour s'auto-observer.
- Les cinq blessures d'enfance qui alimentent ces dynamiques, avec le développement complet de l'abandon et du rejet.
- Les questions à se poser pour repérer sa propre toxicité.
- Les pistes pour sortir du schéma : accompagnement, compétences émotionnelles, empathie.
