Le bonheur s'apprend-il, et peut-on l'enseigner aux enfants ?
Le bonheur ne se décrète pas, ne se trouve pas, ne s'achète pas : il s'apprend. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, Marie-Pierre Demonfeuvrier raconte comment, et ce que parents et enseignants peuvent en faire.
Tiré du magazine · n°12Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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Pour Marie-Pierre Demonfeuvrier, le bonheur n'est pas seulement un résultat : c'est aussi un moteur. Il donne l'énergie d'atteindre ses buts, et c'est pourquoi il vaut la peine de l'apprendre aux enfants, comme aux adultes qui les entourent.
Titulaire d'un doctorat en éducation, chercheuse associée au LIFRE (Université catholique de l'Ouest) et « enseignante-chercheuse libre en bonheur », Marie-Pierre Demonfeuvrier a soutenu une thèse sur l'éducation des adultes au bonheur. Dans le n°12 d'Innovation en Éducation, elle écrit en parent, en chercheuse et en enfant qu'elle a été, avec un fil conducteur : un adulte qui va mal aidera plus difficilement un enfant à aller bien, d'où l'importance de commencer par soi.
Qu'est-ce que le bonheur « moteur » ?
On connaît le bonheur « évaluateur » : on est heureux quand on a atteint ses buts. L'autrice invite à regarder l'autre versant. Ceux qui ont réussi, qui ont de bonnes relations et qui atteignent leurs buts étaient déjà heureux au départ. Le bonheur est donc à la fois ce qui nous met en marche et ce qui évalue le chemin parcouru. Elle propose deux approches simples pour l'entretenir chez les enfants : leur apprendre à voir le merveilleux autour d'eux, en suspendant le jugement, et les aider à avoir en tête des buts, même petits, qui leur font plaisir sans les mettre sous pression.
« Le bonheur ne se décrète pas, ne se trouve pas, ne s'achète pas. Il s'apprend. »
Que dit la théorie du flow ?
Elle décrit ce que font naturellement les personnes heureuses et performantes au travail, et explique aussi comment les enfants apprennent par le jeu. Il ne s'agit pas de faire jouer à tout prix, précise l'autrice, mais de chercher ce qui, chez chacun, donne envie d'apprendre. Cela dépend de ses forces de caractère, de ses talents et de ce sur quoi il porte son attention. Elle résume : trouver leur « JE » ou leur joie, plus que leur jeu.
Un exemple concret ?
Elle raconte une action menée avec des décrocheurs scolaires et un collectif d'artistes. Ces jeunes avaient été catégorisés par les adultes comme « nuls » ou « ne s'intéressant à rien ». L'équipe a cherché le trésor intérieur de chacun, et en a trouvé en tous. Une seule petite réussite peut suffire à relancer l'élan.
« La moindre petite pépite de positif […] peut relancer tout le moteur bonheur. »
Que peuvent faire les adultes, concrètement ?
Aider l'enfant à repérer ses trésors : derrière la souffrance, derrière le jugement des autres, derrière les normes qui voudraient que tout le monde soit pareil. Un regard, un sourire, un petit effort qui a fini par payer, une action qui a fait du bien à quelqu'un, la liste est longue, dit-elle. Elle termine par un témoignage personnel : à l'école, on lui avait dit qu'on ne pouvait pas être à la fois matheuse et littéraire. Elle a prouvé qu'on peut être les deux, et défend une éducation au bonheur qui réconcilie les contraires.
D'où part l'autrice ?
Elle raconte l'enfant qu'elle a été : dernière de cinq enfants d'une famille ouvrière, avec une mère au foyer, elle a trouvé son bonheur non dans l'argent mais dans les petits bonheurs du quotidien, à la campagne, en lien avec la nature, à cultiver un jardin et à rendre joyeuses les corvées de famille. Devenue mère de deux enfants, elle a essayé de leur transmettre le respect et le goût de prendre soin des autres, et de discerner le côté merveilleux de la vie malgré ses duretés. Elle a ensuite accompagné des adultes en mal-être au travail, avant de se lancer dans une thèse sur le bonheur des adultes. Elle reconnaît avoir elle-même dû réapprendre le goût du bonheur, à certaines périodes difficiles.
Questions fréquentes
Le bonheur est-il un but ou un moteur ?
Les deux, selon l'autrice. Il évalue ce que l'on a atteint, mais il donne aussi l'énergie de s'y diriger.
Comment aider un enfant qui se croit « nul » ?
En l'aidant à trouver ce qui lui procure du bonheur, même minuscule : une petite pépite de positif peut relancer toute sa motivation.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois points de vue de l'autrice : l'enfant qu'elle a été, la mère, la chercheuse.
- Les deux approches pour cultiver le bonheur chez l'enfant, avec leurs références scientifiques.
- La théorie du flow et le lien avec les forces de caractère.
- L'action menée auprès de jeunes en décrochage, avec la référence du livre qui la décrit.
n°12 · Ces perles qu'on n'apprend pas assez à l'école
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