Émotions positives : que changent-elles vraiment dans le cerveau ?
Une seule remarque blessante peut assombrir toute une journée réussie. Trois spécialistes de psychologie et de neurosciences font le point sur ce que la recherche sait des émotions agréables, et de leurs effets sur notre façon de penser.
Tiré du magazine · n°8Maitriser la "neuroéducation"
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Les émotions positives ne sont pas un simple supplément de confort : la recherche montre qu'elles agissent sur des structures précises du cerveau, sur certaines hormones et sur les fonctions qui nous permettent de nous contrôler, de garder une information en tête et de passer d'une tâche à l'autre. Notre cerveau a pourtant tendance à retenir d'abord ce qui va mal. Comprendre ce déséquilibre aide à cultiver, chez l'enfant comme chez l'adulte, ce qui soutient l'apprentissage.
C'est la synthèse que proposent, dans le n°8 d'Innovation en Éducation, trois spécialistes : François-Xavier Cécillon, neuropsychologue et formateur, doctorant à l'Université Lumière Lyon 2 ; Martial Mermillod, professeur des universités à Grenoble Alpes, directeur du Laboratoire de psychologie et neurocognition et membre de l'Institut universitaire de France ; Rebecca Shankland, professeure de psychologie à Lyon 2, responsable de l'Observatoire du bien-être à l'école.
Pourquoi un seul souci gâche-t-il une bonne journée ?
L'article s'ouvre sur une scène que chacun reconnaîtra. Un collègue vous reproche au téléphone un rendez-vous manqué, raccroche, et vous découvrez ensuite que l'appel était prévu pour le lendemain. Le soir venu, la journée entière vous semble ratée, alors que vous aviez bouclé un dossier important.
« N'est-il pas étonnant d'observer l'impact d'un seul événement désagréable sur notre perception de l'ensemble d'une journée ? »
Les psychologues appellent ce phénomène le biais de négativité : nous accordons spontanément plus d'attention à ce qui nous a contrariés qu'à ce qui s'est bien passé. Ce penchant pèse sur nos choix (jusqu'à ce que nous mettons dans notre assiette), sur l'image que nous avons de nous-mêmes, et même sur le regard des professionnels de l'accompagnement, tentés de repérer d'abord les fragilités d'une personne plutôt que ses ressources.
D'où vient la psychologie positive ?
Les auteurs rappellent qu'au tournant des années 2000, Martin Seligman, alors à la tête de l'American Psychological Association, a invité sa discipline à ne plus se limiter à soulager des symptômes, mais à étudier aussi ce qui fait le bien-être. De là est né le champ de la psychologie positive, qui s'intéresse à la gratitude, à l'espoir, au sens de la vie ou à la satisfaction.
Ils signalent une limite avec honnêteté : la recherche sur le bonheur repose surtout sur des questionnaires, et les méthodes des neurosciences y restent encore peu employées, sauf pour les émotions positives elles-mêmes. C'est sur ce terrain, mieux balisé, que porte l'article, selon trois axes : les structures cérébrales, les hormones et les fonctions cognitives.
Que se passe-t-il dans le cerveau ?
Au cœur du dispositif se trouve le circuit de la récompense, ainsi nommé parce qu'il nous pousse à reproduire les expériences agréables. Plusieurs zones du lobe frontal participent aussi à ces émotions, et l'article relève un point concret : diriger son attention vers des éléments positifs suffit à les amplifier. Côté hormones, la dopamine et l'ocytocine jouent un rôle de premier plan ; le magazine détaille les études qui le montrent, chez des personnes en bonne santé comme chez des patients déprimés.
En quoi les émotions positives aident-elles à apprendre ?
C'est la partie la plus utile pour les parents et les enseignants. Les fonctions exécutives orchestrent nos autres capacités mentales pour les diriger vers un but. Les auteurs en examinent trois : l'inhibition, qui permet de stopper un comportement automatique ; la mémoire de travail, qui garde en tête une information le temps de s'en servir ; la flexibilité cognitive, qui permet de passer d'une tâche à une autre.
Un exemple suffit à saisir l'enjeu. Certaines recherches indiquent qu'une émotion comme la fierté renforce la capacité d'inhibition, celle qui aide à tenir un objectif à long terme, tandis qu'un sentiment d'exclusion l'affaiblit. L'article décrit une expérience frappante sur ce point, ainsi qu'une série d'études sur la flexibilité cognitive.
« Nous voyons ainsi à quel point les émotions positives peuvent influencer nos comportements, notamment à travers leurs effets sur certaines fonctions exécutives. »
Les auteurs y voient l'explication de l'intérêt croissant de l'école pour le bien-être des élèves : il ne s'agit pas d'ajouter de la bonne humeur au programme, mais de soutenir l'engagement, la persévérance et les comportements constructifs. Une idée que prolongent, dans le même numéro, l'article sur les émotions en classe et celui sur les neurosciences du bonheur.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le biais de négativité ?
C'est notre tendance à accorder plus d'attention aux événements désagréables qu'à ce qui s'est bien passé. Un seul incident peut ainsi colorer le souvenir d'une journée entière, et peser sur l'estime de soi ou sur nos décisions.
Les émotions positives rendent-elles plus efficace à l'école ?
Selon les recherches citées dans l'article, elles peuvent renforcer certaines fonctions exécutives, comme l'inhibition ou la flexibilité cognitive, qui soutiennent l'engagement et la persévérance. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'école s'intéresse au bien-être des élèves.
Qu'est-ce que la psychologie positive ?
C'est un courant de la psychologie, impulsé par Martin Seligman à la fin des années 1990, qui étudie les facteurs de bien-être (gratitude, espoir, sens, satisfaction de vie) et pas seulement la réduction des troubles.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les structures cérébrales liées aux émotions positives, et ce qu'on observe chez les personnes déprimées.
- Le rôle de l'ocytocine et des hormones gonadiques, études à l'appui.
- L'expérience de Roy Baumeister sur l'exclusion sociale, et ce qu'elle dit de notre contrôle de soi.
- Le détail des trois fonctions exécutives et la bibliographie scientifique complète.
n°8 · Maitriser la "neuroéducation"
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