Le bonheur à l'école commence-t-il par les enseignants ?
Le bien-être des élèves dépend aussi de celui des adultes qui les entourent. Dans le n°1 d'Innovation en Éducation, Alexandre Jost défend un bonheur citoyen qui s'apprend, se mesure et se partage.
Peut-on parler de bonheur à l'école sans paraître naïf ? Alexandre Jost, ingénieur de formation, ancien cadre dirigeant d'un groupe médico-social et fondateur en 2011 de la Fabrique Spinoza, un think tank du bonheur citoyen, répond que c'est au contraire une aspiration fondamentale, que l'éducation a toutes les raisons de prendre au sérieux. Sa tribune du n°1 d'Innovation en Éducation, écrite pendant la crise sanitaire, fait le tour de ce que la recherche et le terrain permettent déjà d'imaginer.
Par où commencer quand on veut plus de bonheur à l'école ?
Par les adultes, répond-il. La question du bien-être des professionnels de l'éducation est fondamentale, et c'est en parallèle que doit se poser celle du bien-être des enfants.
« La question du bonheur à l’école doit donc commencer par les enseignants. »
Pour avancer, il met en avant un outil : le baromètre du bonheur à l'école. La Fabrique Spinoza en a conduit un dans une cité scolaire de la périphérie de Lyon, en lien avec l'Éducation nationale. Un questionnaire de 80 questions, inspiré de celui de l'OCDE, a interrogé 1 200 lycéens sur 12 dimensions : conditions de travail, relations sociales, relations entre enseignants et élèves, capacité d'agir, etc. Pour l'auteur, un tel projet réussit s'il associe les familles, les élèves et les professionnels, et il est d'autant plus efficace qu'il est participatif. Les résultats deviennent alors une matière annuelle pour dialoguer et imaginer des leviers d'action.
Que dit la science du bonheur ?
Alexandre Jost rappelle que la psychologie positive est née à la fin des années 1990, lorsque Martin Seligman devient président de l'Association américaine de psychologie. Son objet : examiner les leviers d'épanouissement des êtres humains, et pas seulement les chemins de guérison. L'auteur en tire un exemple simple, utile pour la classe comme pour la maison.
« Plus on se compare et moins on est heureux - et ce, quelle que soit sa position relative aux autres. »
C'est, estime-t-il, un savoir clé à transmettre aux élèves, et un sujet de réflexion à partager avec eux. Dans une société où la comparaison est partout, des notes aux réseaux, la remarque donne à penser.
Et la coopération, la nature ?
Le texte s'attarde ensuite sur deux pistes que l'auteur juge porteuses d'espoir. La première est la coopération, à travers les recherches de Sylvain Connac, qui montrent l'importance de soigner la manière de la mettre en œuvre : tout dépend du protocole éducatif, et un dispositif mal pensé peut produire l'effet inverse de celui qu'on cherchait. La seconde est le rôle de la nature : à ses yeux, la crise sanitaire invite à repenser notre relation au vivant, avec des bénéfices émotionnels, cognitifs et de santé pour les élèves. Il en tire l'idée d'un projet pédagogique qui placerait l'expérience, plutôt que le savoir, au centre.
Cette réflexion est portée par une conviction nuancée : l'auteur ne nie pas la difficulté de la période, mais voit dans l'optimisme un devoir de fraternité plus que de confort individuel. Les émotions sont contagieuses, rappelle-t-il, et la joie aussi.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un baromètre du bonheur à l'école ?
C'est un questionnaire passé auprès des élèves pour mesurer leur bien-être sur plusieurs dimensions, puis utilisé comme base de dialogue entre familles, élèves et professionnels. Celui décrit dans le magazine a interrogé 1 200 lycéens.
Le bonheur peut-il vraiment s'enseigner ?
L'auteur s'appuie sur la psychologie positive, qui étudie les leviers d'épanouissement, et sur des pratiques comme la coopération ou l'expérience de la nature. Il propose des pistes plutôt qu'une méthode unique.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le détail du baromètre du bonheur conduit dans une cité scolaire de Lyon, avec ses dimensions.
- Les apports de la psychologie positive et des sciences du bonheur.
- Le fonctionnement d'un tutorat qui fait tourner les rôles, d'après les travaux de Sylvain Connac.
- La réflexion sur la place de la nature et de l'expérience dans le projet éducatif, avec un exemple d'école.
- Le portrait du fondateur de la Fabrique Spinoza.
N°1
n°1 · Tout part de l'éducation
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