Et si les élèves écrivaient eux-mêmes le règlement de la classe ?
Si les élèves faisaient eux-mêmes le règlement, il serait mieux accepté. Marie-Martine Hulot, professeure retraitée, raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation le contrat bilatéral qu'elle signait avec ses classes.
Après de grands lycées parisiens, Marie-Martine Hulot a été nommée dans une banlieue sensible, où elle a découvert, dit-elle, un autre métier. Pendant quarante ans, elle a multiplié les formations en psychopédagogie, en PNL et en sophro-relaxologie. De cette quête est né le contrat bilatéral : et si les élèves écrivaient eux-mêmes le règlement, il serait mieux accepté, surtout si l'enseignante s'impliquait avec eux ? Aujourd'hui retraitée, elle en raconte le principe dans le n°24 d'Innovation en Éducation.
Comment commence l'année ?
Après une présentation personnelle « non conventionnelle » qui inspire confiance, l'enseignante pose une question aux élèves : de quoi avez-vous besoin pour travailler dans de bonnes conditions et avec plaisir ? Elle note les réponses au tableau et réagit à chacune pour en faire ressortir des règles. Par exemple, si les élèves disent avoir besoin de calme, elle demande pourquoi, et leurs réponses nourrissent la règle. Même démarche pour la concentration : quel rapport avec la mémoire ? Ou pour la confiance en soi, qui permet d'oser répondre même sans être sûr de la réponse : d'où la règle de ne jamais se moquer d'un camarade qui se trompe.
L'objectif est que les élèves découvrent le plaisir d'apprendre, et qu'elle découvre le plaisir d'enseigner, dans un mélange d'effort et de bonne humeur.
« Le but est pour eux de découvrir le plaisir d'apprendre, et pour moi le plaisir d'enseigner. »
Que s'engage à faire l'enseignante ?
C'est ce qui rend le contrat vraiment bilatéral : il comporte « sa part ». Elle s'engage par exemple à expliquer chaque leçon en disant ce que les élèves sauront faire après, et en quoi cela leur sera utile, à réexpliquer les notions mal comprises, à rendre les contrôles sans jamais citer les notes à voix haute devant les autres, ou encore à interroger tous les élèves, même timides. Le magazine détaille la liste de ses engagements, ainsi que les règles issues des besoins des élèves.
Le contrat est signé en début d'année par chaque élève, ses parents et l'enseignante, affiché en première page du cahier et relu chaque mois. Chaque élève note une croix dans son cahier quand il ne l'a pas respecté : un défi à soi-même, et un apprentissage de l'autodiscipline.
« Les élèves accueillent bien le contrat car ils l'ont eux-mêmes créé et reconnaissent qu'il est nécessaire. »
Et quand une règle n'est pas respectée ?
Elle pose la question aux élèves et recueille leurs idées de sanctions constructives, avec l'objectif de les responsabiliser. Le magazine en donne des exemples, ainsi que l'astuce qu'elle a imaginée pour ne pas interrompre son cours : deux élèves voisins, désignés chaque semaine, tiennent le décompte. À l'inverse, quand la classe respecte les règles, elle prévoit un travail ludique en récompense, comme des jeux sur la communication ou un travail sur un film.
Qu'est-ce qui rend ce contrat différent d'un règlement ordinaire ?
Trois choses, selon Marie-Martine Hulot. Il part des besoins que les élèves expriment eux-mêmes, au lieu de partir d'une liste de règles imposées. Il engage les deux parties : l'enseignante rédige sa propre part, comme les élèves la leur. Et il est relu chaque mois, ce qui en fait un outil vivant plutôt qu'un document affiché au mur. Elle précise que cette démarche est née de sa conviction qu'un règlement fait par les élèves eux-mêmes serait mieux accepté, surtout si elle s'impliquait avec eux. Elle en tire un but à double entrée : pour les élèves, découvrir le plaisir d'apprendre, pour elle, le plaisir d'enseigner. Et elle voit dans ce travail le moyen de les rendre responsables de leur travail et de leurs progrès, ce qui leur procure, dit-elle, beaucoup de satisfactions.
Questions fréquentes
Un contrat avec des élèves est-il réservé aux lycées ?
Le témoignage vient d'une enseignante qui a travaillé en lycée puis en banlieue sensible. Le principe, faire dire aux élèves de quoi ils ont besoin, peut se transposer à d'autres niveaux.
Les parents sont-ils concernés ?
Oui : le contrat est signé par l'élève, ses parents et l'enseignante, et l'autrice demande aussi leur signature pour les conseils de méthodologie.
Les sanctions sont-elles imposées par l'enseignante ?
Non : elle demande aux élèves leurs idées de sanctions constructives, dans le but de les rendre responsables.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La liste des besoins exprimés par les élèves et les règles qui en découlent.
- La liste complète des engagements de l'enseignante.
- L'organisation du contrat : signature, affichage, relecture mensuelle.
- Des exemples de sanctions constructives proposées par les élèves.
- Le système des deux élèves voisins qui tiennent le décompte des croix.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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