Comment tenir une classe de 30 élèves avec bienveillance ?
Comment instiller le calme et gérer la colère de certains enfants sans devenir un despote ? Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, Laure Durand-Laville répond par quatre piliers.
Tiré du magazine · n°7Bienveillance et discipline, c'est possible ?
Voir ce numéro
Peut-on faire régner le calme dans une classe sans être craint ? Laure Durand-Laville, professeur des écoles, pose la question que se posent beaucoup d'enseignants : la discipline est-elle l'opposée de la bienveillance ? Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, elle répond que non, à condition de les faire reposer sur quatre piliers, la régulation, la maîtrise de soi, le discernement et l'amour, qu'il faut construire patiemment.
Que veut dire « discipline » en classe ?
L'autrice revient au latin discere, apprendre. Elle voit dans la discipline, telle que de nombreuses sagesses la cultivent, moins un moyen de contrainte qu'une manière de s'approprier ce que l'être humain a de meilleur : la compassion, la générosité, la bonté.
« La discipline ne sert alors pas à être sage mais à devenir un sage. »
Elle prévient qu'il n'existe pas de recette magique pour concilier bienveillance et discipline, mais que l'on peut y tendre.
Qu'est-ce que le conseil et les ceintures de comportement ?
C'est le premier pilier, la régulation. L'autrice rappelle que Fernand Oury, instituteur de banlieue confronté à une classe de 45 élèves dans les années 1950, a inventé le conseil et les ceintures de comportement en s'appuyant sur Célestin Freinet et sur les bases du judo. Le conseil est un moment solennel où l'enseignant et les élèves ont les mêmes droits de parole, et où l'on apprend à nommer ses émotions et à en chercher les causes.
« "J'ai insulté Mathias parce que je l'aime pas" peut ainsi devenir : "Je suis jaloux parce que Mathias joue de plus en plus avec Eric et que je me sens délaissé". »
L'intérêt de la démarche, explique-t-elle, est de ne pas se contenter de punir : l'enfant se sent engagé avec son enseignant sur un chemin de progrès. Le magazine décrit le fonctionnement des ceintures, leurs couleurs et les droits qui y sont liés.
Comment ne pas se laisser submerger soi-même ?
Les deux piliers suivants s'adressent d'abord à l'enseignant. La maîtrise de soi : l'autrice remarque que vouloir être bienveillant ne suffit pas à ne plus crier, et qu'une pratique millénaire, la méditation, peut aider à reconnaître une émotion avant qu'elle ne déborde. Elle pense que l'on peut aussi la proposer aux élèves. Le discernement : savoir distinguer ce qui peut être exigé de ce qui ne le peut pas, par exemple qu'un enfant de 6 ans reste longtemps assis en silence, et aménager le temps et l'espace en conséquence.
« Notre cohérence, notre fiabilité et notre fermeté seront sans doute le roc sur lequel nos enfants pourront s'élever. »
Et l'amour dans tout cela ?
C'est le dernier pilier, et selon elle le cœur du chemin. Elle observe qu'on a longtemps entendu que les enseignants n'avaient pas à aimer leurs élèves, alors que la qualité du lien est l'un des facteurs principaux de la réussite de la conduite de classe. Elle s'appuie sur des recherches citées par Céline Alvarez, et propose de se demander non pas s'il est possible d'être aimé tout en faisant respecter la discipline, mais s'il est possible d'être aimant et discipliné à la fois.
Ces outils règlent-ils tout ?
L'autrice est la première à le dire : il serait faux d'affirmer que le conseil et les ceintures de comportement permettent à eux seuls de régler tous les problèmes. Elle constate toutefois que, sur la durée, un climat de confiance et d'envie de progresser s'installe. Elle remarque aussi que les enseignants sont régulièrement soumis à des tempêtes d'émotions, et que le simple fait de vouloir être bienveillant ne suffit pas à ne plus crier ni à supporter sans en être affecté l'insolence ou la souffrance des enfants. Elle conclut que la gestion de classe est l'une des plus grandes difficultés du métier, et que les enseignants ne sont sans doute pas assez formés aux outils qui pourraient les y aider.
Questions fréquentes
Peut-on être ferme sans être craint ?
C'est la proposition de l'autrice : la cohérence, la fiabilité et des sanctions réparatrices permettent à l'adulte de prouver qu'on peut se fier à lui.
Un jeune élève qui bouge est-il indiscipliné ?
Pas forcément, d'après elle : pour un enfant de 6 ans, vouloir bouger ou parler relève de sa nature, ce qui invite à repenser le rythme et la disposition de la classe.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le fonctionnement complet du conseil et des ceintures de comportement, avec leurs compétences et leurs droits.
- La réflexion sur la méditation, comme soutien de l'enseignant et comme pratique pour les élèves.
- Le passage sur le discernement, avec la citation de Marc Aurèle, et sur l'aménagement de la classe.
- Les recherches qu'elle cite sur les effets de l'amour porté aux élèves.
- Sa conclusion sur la gestion de classe comme défi de carrière.
