Comment passer du contrôle à la confiance dans sa classe ?
Débutante, Laure Durand-Laville tenait sa classe comme le couvercle d'une cocotte-minute. Dans le n°16 d'Innovation en Éducation, elle raconte ce qui a changé, et ce que cela lui a demandé.
Tiré du magazine · n°16Libertés pédagogiques (mode d'emploi)
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On entre dans la classe avec tout ce que l'on est : sa formation, mais aussi les adultes qui nous ont éduqués, les enseignants que l'on a aimés ou non, ses propres peurs. Laure Durand-Laville, professeure des écoles, raconte dans le n°16 d'Innovation en Éducation comment deux mots ont changé sa pratique : la confiance et l'indulgence. Son récit parle à tous les enseignants, et il donne aux parents une idée de ce qui se joue derrière une classe qui s'ouvre.
Qu'apporte-t-on avec soi dans sa classe ?
L'autrice commence par une série de questions : comment se comportaient nos enseignants avec nous, ceux que l'on aimait comme ceux que l'on aimait moins ? Comment nous parlaient les adultes qui faisaient autorité ? Qu'attendent de nous l'institution et la société ? Tout cela entre avec nous dans la classe, souvent sans que l'on s'en rende compte, et construit nos habitudes. Cette énergie d'habitude est très forte, reconnaît-elle, et il n'est pas facile de changer des comportements ancrés depuis des années. En prendre conscience est déjà un premier pas.
Pourquoi une jeune enseignante tient-elle sa classe si fermement ?
Nommée à 23 ans, elle avait appris à construire des séquences pour une classe supposée homogène, et elle avait beaucoup de peurs : que les élèves n'apprennent pas, de ne pas finir les programmes, de déplaire aux parents, aux collègues, aux supérieurs. Surtout, elle redoutait de ne pas maîtriser ce petit groupe dont elle avait la charge. Son autorité reposait sur celle qu'elle avait reçue.
« Je maintenais un cadre assez rigide afin de me rassurer. »
Elle compare cette période à une cocotte-minute dont elle tenait le couvercle. Les élèves qui débordaient de la case qu'elle leur avait construite étaient souvent atypiques, dys, hyperactifs, en situation de handicap ou en souffrance. Cela provoquait en elle colère et tristesse. Elle savait bâtir une belle séquence, mais pas répondre à des enfants bruyants, agités, pleins de talents et d'entraves.
Qu'est-ce qui a fait bouger les choses ?
Une rencontre. Peu après, elle est nommée dans une école où se déroule une expérimentation pédagogique : les élèves y bénéficient d'une très grande autonomie, travaillent sur plan de travail dans plusieurs salles, discutent à égalité avec l'enseignant lors de conseils. La classe ressemble à une fourmilière, et l'enseignant n'en est plus le centre.
Ce fut une révolution : elle y a appris qu'on peut faire confiance aux élèves et confier des responsabilités à tous.
« Maîtriser, ce n'était pas tout diriger mais savoir distribuer le pouvoir et s'effacer. »
Et quand on se retrouve seule dans une autre école ?
C'est là qu'intervient la seconde leçon. Partie de cette école, elle voulait reproduire ce qu'elle y avait appris, mais elle était seule, avec une nouvelle équipe et des parents à convaincre. Elle s'est formée à la pédagogie Montessori, à l'intelligence émotionnelle, à des groupes d'échange de pratiques. Elle précise que cela s'est fait avec son argent et sur son temps personnel, et elle comprend ceux qui refusent : à ses yeux, l'institution devrait offrir ces formations et laisser le temps de les suivre. Mais sa vie professionnelle passait, et elle ne pouvait pas attendre.
Les débuts n'ont pas été simples. Les élèves cassaient du matériel, ne rangeaient pas toujours, n'avaient pas toujours envie de travailler. Il lui a fallu beaucoup d'indulgence, surtout envers elle-même.
« En me délestant de la culpabilité, je pouvais progresser, comme eux, sans entrave. »
Le droit à l'erreur qu'elle accordait à ses élèves a fini par lui profiter à elle aussi.
Où trouver de l'inspiration ?
L'article propose quelques pistes, parmi lesquelles observer la classe d'un collègue et rejoindre des groupes de réflexion tels que l'ICEM ou l'association Public Montessori. Il met aussi en garde contre un piège : juger en silence la pratique de l'autre au lieu de l'écouter. La curiosité bienveillante, écrit l'autrice, ouvre l'espace nécessaire au changement. Le magazine reprend ses conseils pour chaque étape de ce chemin.
Que reste-t-il, malgré les contraintes ?
L'article se termine sur une note d'espoir. Malgré les injonctions et les contraintes, il reste le pouvoir d'imaginer des manières d'enseigner plus épanouissantes, à condition de prendre le temps de respirer et de regarder sa pratique avec des yeux neufs, indulgents et confiants.
Questions fréquentes
Faut-il adopter la pédagogie Montessori pour faire confiance à ses élèves ?
Ce n'est pas ce que dit l'article. Laure Durand-Laville s'est formée à plusieurs approches, et c'est la confiance et l'indulgence qui ont changé sa pratique, plus que l'étiquette d'une méthode.
Comment les parents réagissent-ils à une classe autonome ?
L'enseignante a dû les convaincre, avec du temps. Ils ont fini par faire confiance quand ils ont vu les résultats, comme certains collègues se sont rapprochés de ses pratiques.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit complet de son parcours, de sa première classe à l'école expérimentale puis à sa nouvelle équipe.
- Ses conseils pour s'inspirer de ses collègues sans tomber dans le jugement.
- Ses réflexions sur la formation personnelle et sur l'investissement qu'elle représente.
- Le passage sur l'indulgence envers soi, et ce que le droit à l'erreur change pour l'enseignant.
