Deux conseils de Maria Montessori et Catherine Gueguen pour changer de regard en classe
Entre fatigue et manque de temps, la liberté pédagogique peut commencer par un petit pas. Le n°16 d'Innovation en Éducation en propose deux, tirés de Maria Montessori et de Catherine Gueguen.
Tiré du magazine · n°16Libertés pédagogiques (mode d'emploi)
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Quand on enseigne, on est passionné, on se forme, on cherche, on innove, et on est aussi fatigué. Le manque de temps, de soutien, d'énergie finit par avoir raison des meilleures volontés. Le n°16 d'Innovation en Éducation propose, dans cet article, de se rappeler que la liberté pédagogique peut tenir à de petits pas : un changement de posture, un changement de regard. Il le fait à travers les conseils de deux figures, Maria Montessori et Catherine Gueguen.
Que dit Maria Montessori de la place de l'adulte ?
Quand on pense Montessori, on pense matériel spécifique et autonomie de l'enfant. Le magazine rappelle que le cœur de cette pédagogie est ailleurs : dans la posture de l'adulte. Nous avons tendance, sans le vouloir, à nous placer au-dessus de l'enfant. La pédagogue invitait à l'inverse à changer de rapport.
« Acquérir le pouvoir du silence au lieu de parler facilement ; observer au lieu d'enseigner ; assumer la posture de l'humilité au lieu de s'affirmer par une sorte d'infaillibilité »
Maria Montessori, de formation médicale, comparait volontiers l'enseignant au scientifique, qui passe des heures à observer son sujet et à prendre des notes objectives. Appliquée aux enfants, cette démarche permet de tirer des conclusions éclairées sur leurs besoins selon leur âge, et donne à l'enfant confiance en ses capacités. Selon l'article, nous sous-estimons souvent ses capacités et intervenons au mauvais moment.
Chez les plus petits, cela peut donner de l'autonomie dans les jeux. Chez les plus grands, une classe inversée ou autonome. Dans tous les cas, l'adulte offre une présence bienveillante et reste prêt à intervenir lorsque l'élève le demande. Le magazine ajoute que cette posture est plus juste pour l'enfant, et bien moins fatigante pour l'enseignant.
Pourquoi cette posture est-elle moins fatigante ? Parce que l'adulte n'a plus à tout diriger : il observe, il ajuste, il laisse l'enfant accomplir ce qu'il est capable de faire par lui-même. L'article renvoie à deux anciens numéros du magazine pour des exemples de classes inversées et de classes autonomes.
Que recommande Catherine Gueguen ?
Elle part d'un constat que les neurosciences confirment : les émotions sont directement liées aux apprentissages, et pourtant elles sont peu prises en compte à l'école. Pour elle, l'essence du métier d'enseignant, c'est la relation. L'article cite son livre Heureux d'apprendre à l'école.
« De très nombreuses études s'accordent à dire que lorsque l'enseignant entretient une relation chaleureuse et empathique avec un enfant, les effets retentissent sur l'enseignant lui-même, qui est satisfait de son travail, et sur l'élève qui se sent sécurisé et confiant […] »
Comment recréer cette relation ? Le magazine donne des gestes très simples. Cela peut commencer le matin, en prenant quelques minutes pour demander aux élèves comment ils vont. D'autres idées, comme les pauses ou les encouragements à la place de la pression des notes, sont détaillées dans l'article. L'esprit est de remplacer ce qui crée des émotions négatives par ce qui valorise.
Elle rappelle aussi que l'enseignant, lui, est une personne à part entière, avec ses propres ressentis, et pas seulement un éducateur. Les élèves sont de petits êtres humains en construction, à la découverte de leurs émotions, mais les adultes qui les entourent le sont aussi à leur manière.
Et l'enseignant, dans tout cela ?
C'est sans doute le passage le plus appuyé. Tout cela passe par la base, c'est-à-dire par l'enseignant lui-même : comment transmettre à une classe toute la journée quand on est émotionnellement épuisé ? Si l'on ne devait retenir qu'une seule priorité, bien avant le programme bouclé ou la classe bien rangée, ce serait de prendre soin de soi et de ses émotions. L'article l'adresse directement aux enseignants, qu'il appelle des « super-héros du quotidien » : leur classe et leur pédagogie n'en seront qu'améliorées.
Chacune des deux sections se termine par une lecture pour aller plus loin, dont Éducation pour un monde nouveau de Maria Montessori.
Questions fréquentes
Faut-il du matériel Montessori pour appliquer ce conseil ?
Non. Selon l'article, le cœur de la méthode est la posture de l'adulte : observer, se retirer, intervenir quand l'enfant le demande. Aucun matériel n'est exigé pour cela.
Pourquoi les émotions comptent-elles en classe ?
Parce que, selon l'article, les neurosciences montrent qu'elles sont liées aux apprentissages, et qu'une relation chaleureuse et empathique profite à l'élève comme à l'enseignant.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le développement de la posture d'observation selon Maria Montessori, avec la comparaison au scientifique.
- Les petites actions concrètes pour recréer la relation avec sa classe, au fil de la journée.
- Le passage sur l'importance de prendre soin de soi quand on enseigne.
- Deux suggestions de lecture pour aller plus loin, une par autrice.
