Accueillir ses émotions : pourquoi est-ce bon pour la santé mentale ?
Beaucoup d'adultes évitent leurs émotions de peur de les amplifier. Dans le n°25 d'Innovation en Éducation, la psychologue Sophie Aiello montre pourquoi les écouter est un rempart contre l'anxiété.
« J'ai découvert un trésor caché », a dit un jour une patiente à la psychologue Sophie Aiello. À son arrivée au cabinet, cette jeune mère était très anxieuse et refusait de se connecter à ses émotions, de peur de renforcer son mal-être. Quand elle a parlé de trésor, elle était sereine et se sentait bien moins débordée. Entre-temps, elle avait appris que ses émotions n'étaient pas là pour lui gâcher la vie, mais pour la guider. Psychologue clinicienne et psychologue de la santé, Sophie Aiello développe cette idée dans le n°25 d'Innovation en Éducation.
Qu'appelle-t-on « hygiène émotionnelle » ?
On nous apprend très tôt à nous laver les dents, rarement à prendre soin de nos émotions. Pour l'autrice, l'hygiène émotionnelle est pourtant aussi nécessaire à la santé psychique que l'hygiène du corps l'est à la santé physique, et elle devrait devenir aussi naturelle, même quand elle est un peu fastidieuse.
Son image la plus parlante est celle de la soif. Quand on a soif, c'est un signal du corps qui indique un besoin. Si on l'écoute, il s'éteint. Si on l'ignore, il s'intensifie et devient désagréable. Il en va de même des émotions, qui sont un signal interne pour fonctionner de façon optimale : on y répond tôt, et elles s'apaisent ; on les fait taire, et elles « font plus de bruit ». C'est alors que des symptômes apparaissent, l'anxiété en première ligne.
« S'habituer à mettre des mots sur nos émotions au quotidien est un véritable rempart contre l'anxiété. »
Pourquoi vaut-il mieux ne pas écarter les émotions « difficiles » ?
Parce qu'aucune n'est illégitime. Chaque émotion renseigne sur un besoin, satisfait ou non : la joie peut dire qu'un besoin de reconnaissance est comblé, la colère qu'un besoin de respect est malmené. L'autrice en fait une véritable boussole, qui montre le chemin vers ce qui est bon ou non pour nous.
« C'est une véritable boussole interne. »
Avec les enfants, cela invite à ne pas se réfugier dans la joie. À la fin de l'année scolaire, par exemple, ils ressentent à la fois de la joie à l'idée des vacances, de la tristesse de quitter leurs camarades et leurs enseignants, et parfois de la peur pour l'année suivante. On parle volontiers de la joie, moins de la peur ou de la tristesse, de crainte de les faire grossir. L'autrice propose de dédramatiser : accueillir ces émotions permet aux enfants de se sentir entendus, et à l'émotion de circuler plutôt que de se bloquer et de ressortir de façon disproportionnée.
Que se passe-t-il quand les émotions s'accumulent ?
C'est l'une des images les plus parlantes de l'article, celle des briques. Chaque émotion non entendue est une brique, qui s'empile sur les autres. On encaisse, puis vient la brique de trop, qui dépasse notre seuil d'adaptation. C'est la réaction disproportionnée, la colère soudaine pour un détail. Comprendre cela change le regard sur un proche, un élève ou un enfant qui « explose » : mieux vaut regarder l'accumulation que le dernier événement.
Vivre en dépassant ce seuil de façon quasi permanente met le système nerveux en vigilance, renforce les peurs et fait apparaître des troubles psychiques, dont l'anxiété.
L'autrice invite donc à écouter l'émotion même quand elle chuchote, et à la nommer, dans sa tête, à l'oral ou à l'écrit. Elle ajoute que ce qui fait du bien (marcher, chanter, écrire) retire des briques, sans remplacer la verbalisation.
Et la joie, dans tout cela ?
Notre cerveau est davantage programmé pour voir le négatif, qui menace potentiellement notre survie. On peut compenser en s'entraînant à voir le positif, sans nier le négatif, et en prenant le temps de savourer les émotions agréables.
« Renforcer nos enfants, ce n'est pas leur apprendre à serrer les dents et à enfouir leurs émotions. »
Sophie Aiello termine par un rappel aux adultes, souvent prompts à passer après les autres : prendre soin de soi n'est pas égoïste, c'est aussi une manière de prendre soin des enfants que l'on accompagne.
Questions fréquentes
Faut-il laisser les enfants exprimer toutes leurs émotions, même la peur et la tristesse ?
Selon Sophie Aiello, oui : toutes ont leur place. Les accueillir permet aux enfants de se sentir entendus et évite qu'elles ne ressortent plus tard de façon disproportionnée.
Pourquoi explose-t-on parfois pour un détail ?
Parce que des émotions non écoutées s'accumulent, comme des briques, jusqu'à la brique de trop qui dépasse notre seuil d'adaptation.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le schéma des briques, avec son explication complète.
- Un exercice ludique pour enfants, à base de bocal et de pompons de couleur.
- Un défi de 21 jours pour les adultes, et une idée pour s'apaiser avant de rejoindre les enfants.
- Les exemples de besoins qui se cachent derrière chaque émotion.
- Le message final adressé aux parents et aux professionnels de l'enfance.
N°25
n°25 · Santé mentale : tous anxieux ?
Ce numéro n'est pas en vente en ce moment.
Avec l'abonnement, chaque nouveau numéro arrive chez vous, sans engagement.
