Maux de ventre, palpitations, insomnies : et si c'était de l'anxiété ?
Quand les mots manquent, le corps parle. Dans le n°25 d'Innovation en Éducation, le psychanalyste Salim Rzin montre comment l'anxiété se loge dans le corps, et ce que ses formes actuelles disent de notre époque.
Certaines douleurs n'ont pas de cause médicale, et pourtant elles sont bien réelles : tensions musculaires, troubles digestifs, insomnies, migraines, palpitations. Pour le psychanalyste et psychosomaticien Salim Rzin, ces signes sont souvent un langage : l'anxiété qui n'a pas pu se dire par des mots s'inscrit dans le corps. Membre de l'espace analytique Paris 7 et intervenant à l'hôpital Necker à Paris, il développe cette idée dans le n°25 d'Innovation en Éducation.
En quoi l'anxiété est-elle différente de la peur ?
C'est le point de départ de l'article, et il est simple. La peur a un objet : on a peur d'un chien, d'un examen, d'une hauteur. L'anxiété, elle, n'en a pas. Elle flotte, elle diffuse, et c'est ce qui la rend si difficile à nommer.
« L'anxiété se différencie de la peur en ce qu'elle n'a pas d'objet. »
L'auteur s'appuie sur la psychanalyse, à commencer par Freud, pour expliquer ce qui se passe quand le psychisme ne parvient pas à mettre des mots sur une angoisse : elle se déplace alors vers le corps. L'importance de la parole pour désamorcer cette charge est un fil conducteur du texte.
Comment le corps garde-t-il la trace ?
L'exemple retenu par l'auteur est celui d'une patiente qui souffrait de crises de tachycardie inexpliquées. Elles avaient commencé après une rupture amoureuse. En approfondissant, elle s'est souvenue d'une sensation de panique semblable, enfant, lorsque son père s'absentait brusquement. Le cœur rejouait une ancienne blessure, celle de l'abandon, que l'esprit n'avait jamais pu mettre en mots.
Ce cas illustre l'hypothèse de l'article : certaines formes d'anxiété sont liées à des traumatismes précoces, que le corps garde en mémoire quand le psychisme n'a pas pu les intégrer. L'article présente plusieurs autres situations de ce type, tirées de la pratique de l'auteur.
L'anxiété d'aujourd'hui a-t-elle changé de visage ?
Oui, selon Salim Rzin : l'accélération du temps, la sur-stimulation et l'exigence de performance lui donnent des formes nouvelles. Il en décrit trois, que parents et enseignants reconnaîtront peut-être chez leurs enfants ou leurs élèves, comme chez eux-mêmes.
La première est une anxiété sociale, nourrie par la peur de l'échec et la mise en scène permanente de soi sur les réseaux, qui peut aller jusqu'au sentiment d'être un imposteur. La deuxième est l'anxiété numérique : l'exposition constante aux écrans et aux informations brouille le psychisme et laisse des angoisses floues, difficiles à verbaliser, avec parfois des troubles de la concentration. La troisième est une anxiété existentielle, liée à l'avenir de la planète, aux crises sanitaires et aux conflits, qui engendre ruminations, troubles du sommeil et sentiment d'impuissance.
Pour les adultes qui accompagnent des enfants, l'intérêt est surtout de ne pas écarter trop vite une plainte physique : un enfant qui dit avoir mal alors que tout va bien, médicalement, dit peut-être autre chose. L'auteur ne propose pas de diagnostic à la maison, mais une attention : écouter ce que le corps exprime, et laisser de la place aux mots.
Que faire de ces signaux ?
L'auteur propose de ne pas les combattre mais de les lire. Plutôt qu'un ennemi, l'anxiété devient un signal précieux, « une boussole interne », qui désigne là où quelque chose demande à être entendu.
« En passant du statut de symptôme à celui de boussole interne, elle devient un outil précieux pour accéder aux conflits sous-jacents et elle peut devenir un levier de transformation psychique et existentiel. »
L'article détaille quatre pistes d'accompagnement, de la parole au travail sur le corps, en passant par l'analyse des schémas qui se répètent et par la mise en place de repères rassurants. Le texte est écrit du point de vue de la psychanalyse : c'est une lecture parmi d'autres, que d'autres contributions du numéro complètent par des approches plus corporelles ou plus pratiques, comme la manière dont on repère l'anxiété chez les enfants.
Questions fréquentes
Un mal de ventre répété peut-il être de l'anxiété ?
Cela arrive. Salim Rzin décrit l'anxiété psychosomatique comme une anxiété qui s'exprime par des douleurs sans cause médicale. Elles sont bien réelles, et un avis médical reste la première étape.
Quelle différence entre peur et anxiété ?
La peur a un objet précis. L'anxiété n'en a pas : elle est diffuse, sans cause identifiable, ce qui la rend plus difficile à exprimer.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les cas cliniques détaillés qui accompagnent chaque idée de l'article.
- Le lien entre anxiété et traumatisme précoce, et ce que l'auteur appelle la pensée opératoire.
- Les trois nouvelles formes d'anxiété contemporaine, avec leurs symptômes.
- Les quatre stratégies d'accompagnement : parole, analyse des répétitions, travail sur le corps, rituels.
N°25
n°25 · Santé mentale : tous anxieux ?
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