Pourquoi mon enfant résiste-t-il au changement ?
Il range à l'école mais pas à la maison, il refuse sa veste, il se braque devant le déménagement. Dans le n°33 d'Innovation en Éducation, Yves-Alexandre Thalmann y voit un cerveau qui fait ses comptes.
Tiré du magazine · n°33Les enfants face aux étapes de la vie
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Pourquoi un enfant range-t-il ses jouets à l'école et pas à la maison ? Pour le psychologue Yves-Alexandre Thalmann, la réponse tient en une formule : pour changer, il faut que cela en vaille la peine. Ce que l'on appelle résistance au changement ne serait alors ni un caprice ni un défaut, mais le résultat d'un calcul que fait notre cerveau en permanence.
Yves-Alexandre Thalmann est professeur de psychologie au Collège St-Michel, collaborateur scientifique à l'Université de Fribourg et auteur de plusieurs ouvrages grand public, dont Motivations. Il anime depuis près de trente ans des formations sur la gestion des émotions, de l'attention et de la motivation. Dans le n°33 d'Innovation en Éducation, il applique cette grille de lecture à ce que vivent les familles.
Pourquoi un enfant se comporte-t-il différemment à l'école et à la maison ?
L'article part d'une scène familière : à la réunion de parents, l'institutrice décrit une petite Sophie, 6 ans, appliquée et autonome. Son père n'en revient pas, car à la maison, elle ne met sa veste qu'après vingt rappels. Quand il lui demande pourquoi elle range à l'école et pas chez elle, elle répond d'un haussement d'épaules.
« Parce qu'à l'école, c'est la règle ! »
L'auteur ne voit pas là une incohérence, mais un signe d'adaptation, la marque d'un cerveau qui fonctionne bien. Ce n'est pas l'existence de la règle qui change tout, ce sont ses conséquences. À l'école, si elle ne met pas sa veste, personne ne le fera pour elle. À la maison, l'adulte finit souvent par s'en charger, et le cerveau en tire la conclusion qui s'impose.
Que fait le cerveau quand on lui demande de changer ?
Il compare. Son énergie est limitée, il doit donc la ménager, et il privilégie les actions qui rapportent plus qu'elles ne coûtent. L'auteur rappelle que cette logique avait déjà été formulée par le psychologue Edward Thorndike : un comportement qui procure un bénéfice a plus de chances d'être reproduit. Les neurosciences, précise-t-il, valident cette intuition.
De là une lecture plus douce de la résistance au changement. Une routine coûte moins d'efforts qu'un comportement nouveau, qui demande de la réflexion. Tant que la balance penche du côté des bénéfices, rien ne pousse à bouger. L'enfant qui s'oppose à un changement n'est pas en panne : il évalue ce que cela lui coûte et ce que cela lui rapporte. Un déménagement qui rapproche des copains en vaut la peine, alors qu'une séparation des parents, avec deux lieux de vie, pèse lourd dans la balance.
« La monnaie du changement, c'est le désagrément. »
Comment faire évoluer la situation sans multiplier les discours ?
C'est la partie pratique de l'article, et elle surprend. Thalmann s'inspire des thérapies comportementales, qui cherchent à modifier les actes plutôt que de passer par la réflexion et la parole. Il est utile d'expliquer, dit-il, mais l'essentiel est que les conséquences se produisent réellement. Trop souvent, les paroles ne sont pas suivies d'effets, ce qui entame la crédibilité de l'adulte. L'article montre, à partir de l'exemple de Sophie, ce que son père pourrait faire autrement, sans punition spectaculaire.
L'auteur élargit ensuite à la procrastination des adultes, avec un exemple d'engagement à tenir, pour montrer que la même logique vaut à tout âge. Ce qui permet à chacun, parent ou enseignant, de se regarder avec un peu d'indulgence.
Questions fréquentes
La résistance au changement est-elle un défaut de caractère ?
Pas selon Yves-Alexandre Thalmann : c'est le résultat d'un calcul du cerveau, qui compare l'effort demandé et le bénéfice attendu. Tant que le changement ne paraît pas en valoir la peine, il n'y a pas de motivation à bouger.
Pourquoi les explications ne suffisent-elles pas ?
Parce que le cerveau apprend d'abord par les conséquences. Les paroles comptent, mais elles perdent leur poids quand elles ne sont pas suivies d'effets.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'histoire de Sophie en entier, et ce que son père peut changer concrètement dans l'organisation de la maison.
- Le raisonnement complet sur la loi de l'effet et le conditionnement opérant.
- Les cas d'un déménagement et d'une séparation lus à travers le calcul coûts-bénéfices.
- L'exemple d'engagement proposé pour sortir de la procrastination.
- Les références de l'auteur pour aller plus loin.
n°33 · Les enfants face aux étapes de la vie
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