Pornographie et enfants : comment réagir et en parler, selon Thérèse Hargot ?
Avec le smartphone, la question n'est plus de savoir si un enfant verra des images pornographiques, mais quand. Dans le n°17 d'Innovation en Éducation, la sexologue Thérèse Hargot parle de ce qu'elle observe et de ce que les parents peuvent faire.
Tiré du magazine · n°17L'éducation et ses tabous
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Tôt ou tard, un enfant ou un adolescent peut tomber sur des images pornographiques, qu'il les cherche ou non. C'est le point de départ de l'entretien accordé au n°17 d'Innovation en Éducation par Thérèse Hargot, essayiste, thérapeute de couple et sexologue. Son message aux parents est double : sortir du déni, et surtout ne pas laisser l'enfant seul avec ce qu'il a vu. Un sujet délicat, sur lequel l'experte défend une position ferme, qui n'engage qu'elle, et qui peut être discutée.
Thérèse Hargot fait depuis plus de dix-huit ans de l'éducation affective, relationnelle et sexuelle auprès d'adolescents et intervient dans des collèges et des lycées. Elle est l'autrice de Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) et de Tout le monde regarde (ou presque).
Pourquoi les adultes sous-estiment-ils le phénomène ?
Elle avance trois raisons. La première est d'ordre affectif : quand on est parent, on imagine mal que son enfant puisse avoir une curiosité ou une excitation sexuelle, et l'on se dit que cela concerne les enfants des autres. La deuxième tient au malaise des adultes, souvent eux-mêmes consommateurs d'images pornographiques, ce qui rend le recul difficile. La troisième est l'écart des générations : pour elle, le contenu d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec celui qu'ont connu les parents.
Le smartphone en est le moteur, rappelle-t-elle. Les barrières d'autrefois (le buraliste, le vidéo-club) ont disparu, et l'accès ne dépend plus du milieu social ni du niveau d'éducation.
« Avec l'arrivée d'internet et la généralisation des smartphones, on est tous égaux devant le porno. »
Selon les chiffres qu'elle cite, un enfant sur trois aurait déjà vu des images pornographiques avant 12 ans. Elle précise que les filles sont aujourd'hui presque aussi exposées que les garçons, et qu'elles peuvent ajouter à cela le sentiment de culpabilité de « ne pas être normales ».
Que ressent un enfant qui découvre ces images ?
C'est la partie la plus analytique de l'entretien. Thérèse Hargot décrit, selon son expérience, une dissociation : l'enfant ressent du dégoût et de la honte, et en même temps une sensation physique agréable qu'il ne comprend pas. Il se tait, convaincu d'avoir mal fait, retourne parfois regarder pour comprendre, et peut ainsi se retrouver seul face à ses images, avec un risque d'accoutumance qu'elle explique par le fonctionnement du circuit de la récompense. Elle précise que tout dépend du terrain psychologique de l'enfant, et que tous n'y sont pas exposés de la même manière.
Il s'agit ici de son analyse, et les spécialistes n'en partagent pas tous les termes. Ce que l'on peut retenir, quel que soit l'avis que l'on s'en fait, c'est le rôle du silence et de la honte.
Que dire quand on découvre qu'un enfant a vu ces images ?
La première étape qu'elle recommande est de laisser passer le choc émotionnel, parce qu'on réagit mal sous le coup de l'émotion. Il peut être utile, au besoin, de se faire aider, car le sujet réveille parfois des choses douloureuses dans l'histoire de chacun. Ensuite, deux points comptent : ce que l'on dit à l'enfant, et l'attitude qu'on adopte en le faisant.
L'enfant, explique-t-elle, craint avant tout de ne plus être aimé. La réponse qu'elle propose est donc d'abord affective : le serrer dans ses bras et lui dire que cela ne change rien à l'amour qu'on lui porte.
« Je t'aime et le fait que tu aies vu ces images ne change rien à l'amour que j'ai pour toi ! »
L'explication de ce qu'est la pornographie et de ce qui pose problème, adaptée à l'âge, vient ensuite. Pour elle, le sujet n'est pas un « jardin secret » où les parents ne devraient pas entrer : il peut se traiter comme le tabac, l'alcool ou les drogues. Dans les collèges et les lycées, dit-elle, les adolescents sont très à l'aise pour en parler, et beaucoup se sentent soulagés qu'on nomme enfin leur malaise.
« Il faut vraiment arrêter une bonne fois pour toutes de penser que le sujet de la pornographie est un sujet intime. »
Quel âge pour le premier téléphone, et quels outils de protection ?
Le magazine complète l'entretien par deux encadrés pratiques. Le premier s'intéresse au téléphone en sixième : il rappelle qu'il répond à un besoin réel des familles, mais que le smartphone n'est pas une obligation à 11 ans et qu'un téléphone basique peut suffire. Le second compare trois applications de contrôle parental, avec leurs forces et leurs limites. L'encadré sur le téléphone conclut que, certains camarades ayant de toute façon un smartphone, mieux vaut avoir une vraie conversation avec son enfant sur ce qu'ils risquent de lui montrer.
Sur ce même thème, un autre article du blog accompagne les familles au moment du premier smartphone en sixième.
Questions fréquentes
À quel âge un enfant voit-il des images pornographiques ?
Selon les chiffres cités dans l'entretien, un enfant sur trois en aurait déjà vu avant 12 ans. Thérèse Hargot affirme que le phénomène ne dépend ni du milieu social ni de l'éducation reçue.
Que dire à un enfant qui a vu ces images ?
La sexologue recommande d'attendre que le choc émotionnel passe, puis de rassurer l'enfant sur l'amour qu'on lui porte avant d'expliquer ce qu'est la pornographie.
Un filtre ou un contrôle parental suffit-il ?
D'après le magazine, les restrictions d'âge et les protections limitent les accès pour un temps sans les supprimer. Elles ne remplacent pas la conversation avec l'enfant.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet avec Thérèse Hargot, en questions et réponses.
- Les chiffres sur l'exposition des enfants, des filles comme des garçons.
- L'explication détaillée du mécanisme décrit par l'experte, de la honte à l'accoutumance.
- L'encadré sur le téléphone en sixième : quel appareil, à quel âge, avec quels arguments.
- Le comparatif de trois applications de contrôle parental, avec leurs prix et leurs limites.
