Prendre soin de soi est-il égoïste quand on est parent ou enseignant ?
Et si la qualité de nos relations dépendait d'abord de celle que nous entretenons avec nous-mêmes ? Dans le n°28 d'Innovation en Éducation, Julien Peron défend l'idée que prendre soin de soi est une base, pas un luxe.
Tiré du magazine · n°28Protéger nos enfants des relations toxiques
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On entend souvent qu'il faut d'abord s'occuper de ses enfants, de ses élèves, de son travail. Julien Peron, lui, défend l'inverse : la qualité de nos relations dépend d'abord de celle que nous entretenons avec nous-mêmes. Auteur, réalisateur et fondateur de l'écosystème Innovation en Éducation (congrès, magazine, académie, podcast), il livre dans le n°28 un texte personnel, écrit à la première personne, qui assume sa part de conviction. Il le dit lui-même : « peut-être que cela ne tient qu'à moi ».
Pourquoi la relation à soi vient-elle en premier ?
Parce que nous intégrons très tôt des modèles relationnels, souvent issus de blessures, de croyances ou de conditionnements familiaux. Sans que nous le sachions, ces schémas influencent notre manière d'aimer, de nous attacher, de communiquer. Pour l'auteur, tant que nous cherchons à combler nos vides à travers l'autre, nous construisons de la dépendance plutôt que de l'amour.
« La dépendance repose sur la peur de perdre, l'amour sur la liberté d'être. »
Il en tire une clé : la capacité à se responsabiliser. Nos émotions nous appartiennent, dit-il ; elles ne sont pas causées par l'autre, mais révélées par la relation. Plutôt que de blâmer ou de fuir, on peut se demander ce qu'une situation vient réveiller en nous. Il s'appuie aussi sur Les cinq blessures qui empêchent d'être soi-même de Lise Bourbeau, qu'il a rencontrée à plusieurs reprises.
Prendre soin de soi, est-ce vraiment compatible avec des enfants ?
C'est l'objection qu'on lui fait souvent : « c'est facile pour toi, tu n'as pas d'enfants ». Il la comprend, et répond par des exemples de parents qui ont changé leur quotidien. Son image est celle du masque à oxygène dans l'avion : on le met à soi avant d'aider les autres. Si l'on s'effondre, on ne peut plus aider personne.
Il propose cinq pistes de réflexion, dont deux se retiennent facilement. D'abord, changer de regard : ce n'est pas égoïste, c'est vital. Ensuite, trouver des « micro-moments » plutôt que de rêver de longues heures : quelques minutes de respiration, une courte marche seul, un podcast pendant que l'on cuisine. Ces petits temps répétés, dit-il, changent tout. Il ajoute qu'on peut aussi prendre soin de soi avec les enfants, par des rituels partagés. Le magazine détaille ces cinq pistes, ainsi que deux encadrés : l'un pour nourrir la relation à soi, l'autre la relation à l'autre.
Les enfants apprennent-ils de ce qu'on dit ou de ce qu'on fait ?
C'est l'un des messages les plus nets du texte.
« Les enfants n'apprennent pas ce qu'on leur dit. Ils absorbent ce que vous incarnez au quotidien. »
Si l'on veut qu'un enfant apprenne à écouter son cœur, à se respecter, à se reposer quand il est fatigué, il faut le lui montrer par l'exemple : par la manière de se parler à soi-même, de dire non, de ralentir. L'auteur y met une nuance importante, qui rend le propos plus doux : ce n'est pas un apprentissage instantané. Il y aura des jours où l'on oubliera, et il dit lui-même que cela lui arrive encore après quarante ans de pratique. L'important est de revenir à soi, « doucement, sans pression, avec tendresse ».
Faut-il tout changer pour commencer ?
Non. L'auteur recommande de commencer par des bases simples, que le magazine énumère : le mouvement, l'alimentation, la nature, la détente et le sommeil. Il présente aussi son propre parcours, avec ses échecs et ses remises en question, comme une invitation plus qu'un modèle. Pour lui, prendre soin de soi n'est pas seulement une affaire privée mais une responsabilité citoyenne : quand on est bien avec soi, on a davantage d'énergie pour les autres.
Chacun jugera ce qui lui convient dans ces pistes, certaines relevant du développement personnel, d'autres du simple bon sens. Le fil conducteur, lui, est simple : avant d'aider les autres, s'accorder un peu de temps et de douceur.
Questions fréquentes
Prendre soin de soi, est-ce être égoïste ?
Selon Julien Peron, non : c'est une condition pour être disponible aux autres. Il compare cela au masque à oxygène qu'on met à soi avant d'aider son voisin.
Comment faire quand on manque de temps ?
Il recommande des micro-moments : quelques minutes de respiration, une courte marche, un podcast pendant que l'on cuisine. Le magazine propose d'autres pistes, dont des rituels à partager avec les enfants.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les cinq pistes pour prendre soin de soi, avec des idées de rituels à partager avec les enfants.
- L'encadré de pistes pour nourrir la relation à soi et celui pour nourrir la relation à l'autre.
- Le passage sur les cinq blessures de l'enfance et les « masques » qu'elles créent.
- Les cinq bases du quotidien pour revenir à soi, du mouvement au sommeil.
