Peut-on être « trop » bienveillant avec son enfant ?
L'éducation positive ne se réduit pas à bien parler à son enfant. Dans le n°13, la coach Charlotte Ducharme montre que, à trop vouloir bien faire, on peut se tromper de chemin.
Tiré du magazine · n°13Suis-je parfois un parent "toxique" ?
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On imagine souvent que l'éducation positive consiste à toujours s'adresser positivement à son enfant. Pour Charlotte Ducharme, coach parental, auteure de Cool Parents Make Happy Kids (éditions Marabout) et mère de trois enfants, c'est beaucoup plus profond : sortir du rapport de force où l'enfant devait obéir, et reconnaître que parents et enfants ont droit au même respect et à la même écoute de leurs besoins. Le risque est alors de verser dans le travers inverse, en croyant que les besoins de l'enfant passent avant ceux des parents.
Dans le n°13 d'Innovation en Éducation, elle explique pourquoi, à trop vouloir bien faire, on peut desservir son enfant plus qu'on ne l'aide.
La bienveillance du parent vient-elle toujours du cœur ?
Pas toujours, répond l'autrice. Nos écueils sont rarement dus à un excès de bienveillance : ce sont plutôt nos peurs qui nous jouent des tours, et sous la pression qui pèse sur les parents, on en oublie d'écouter son intuition pour agir par peur de mal faire. Sous la pression sociale, ce n'est parfois pas le cœur qui parle, mais nos angoisses. Réduire l'éducation positive à une façon de parler, c'est, dit-elle, risquer d'oublier l'essentiel.
« Réduire l'éducation positive à la façon dont on s'adresse à son enfant, c'est omettre notre mission la plus importante : guérir nos propres "casseroles". »
Ce que l'enfant apprend, rappelle-t-elle, c'est surtout par imitation : ce qui pèse le plus sur lui, ce sont les « casseroles » que nous n'avons pas résolues, qu'il vient souvent révéler à notre insu. Pour les angoisses du parent, son image est parlante.
« On leur met des parapluies au lieu de leur apprendre à danser sous la pluie. »
Les peurs nous appartiennent, rappelle l'autrice : ce n'est pas parce que nous vivons mal une situation (échec scolaire, séparation, changement) que nos enfants la vivront forcément mal. Si nous nous montrons sereins, nous leur offrons de la sérénité pour la traverser.
Pourquoi penser à soi n'est-il pas égoïste ?
Parce que, dit l'autrice, « s'honorer, c'est être bienveillant » : la bienveillance commence envers soi-même.
C'est l'autre moitié du message. À trop vouloir bien faire, on n'écoute plus ses propres limites, on se sacrifie, et cela se retourne toujours contre nous : fatigue, irritabilité, perte de la joie de vivre. L'image qu'elle choisit est celle des masques à oxygène dans l'avion : on met d'abord le sien avant celui de son enfant. Et un parent qui vit pleinement sa vie montre à son enfant qu'on peut se lever le matin enthousiaste, ce qui devient pour lui la normalité.
Sur ce point, un autre article du blog pose la question de la même manière.
Quels sont les six pièges ?
L'autrice en décrit six, sous forme d'une liste numérotée, qui vont de la bulle dans laquelle on enferme son enfant à la relation trop fusionnelle. Ils partent tous du même mécanisme : une intention d'amour guidée par la peur. Elle donne, pour chacun, un exemple et une piste. Nous n'en détaillerons qu'un, parce qu'il touche beaucoup de familles : la surprotection. Par souci de bienveillance, on cherche à épargner à l'enfant tout désagrément, alors qu'il serait plus utile de lui donner les outils pour ne pas se laisser atteindre par les reproches ou les moqueries. Apprendre à nos enfants à se défendre plutôt que de les défendre est, écrit-elle, « vraiment la meilleure des écoles ».
Pour une réflexion voisine sur la surprotection et ses effets, on pourra relire ce que dit Emmanuelle Piquet.
« Nos enfants ne sont pas là pour combler un manque d'amour ou un manque de sens dans nos vies. »
Questions fréquentes
L'éducation positive, c'est parler gentiment ?
Pas seulement. Selon Charlotte Ducharme, c'est surtout reconnaître que parents et enfants ont droit au même respect, et accepter de travailler sur ses propres peurs.
Comment savoir si on surprotège ?
L'article invite à se demander si l'on agit par peur plutôt que par intuition. Il décrit un parent qui s'oblige à être présent à 100 %, par devoir, ou qui évite à son enfant toute situation désagréable.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les six pièges de la bienveillance, de « on enferme notre enfant » à « on glisse dans une relation trop fusionnelle ».
- Les pistes concrètes pour chacun : confier son enfant, s'affirmer, accepter les changements.
- L'image des masques à oxygène et la place de la joie de vivre du parent.
- Le passage sur la dépendance affective et la liberté de l'enfant de s'éloigner sans culpabilité.
- Les références de l'autrice pour aller plus loin.
