Le scoutisme peut-il révéler les talents d'un jeune ?
Cheffe de patrouille à 14 ans, directrice d'une école de production aujourd'hui : Constance de Marne revient, dans le n°14 d'Innovation en Éducation, sur ce que le scoutisme lui a appris sur la vie et sur elle-même.
Tiré du magazine · n°14L'action, meilleure alliée du cerveau
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Dans le scoutisme, un jeune de 14 ans peut devenir chef de patrouille et mener une équipe de huit camarades. C'est le parcours de Constance de Marne, aujourd'hui directrice de l'école de production Maurice Leroux, à Salbris (Loir-et-Cher), qui cultive les valeurs scoutes depuis l'âge de 10 ans. Dans le n°14 d'Innovation en Éducation, elle raconte ce que cette école de la vie lui a appris, et comment elle en reprend l'esprit auprès des adolescents qu'elle accueille.
Qu'est-ce qui marque lors des premiers camps ?
Des jeunes du même âge qui aiment, comme elle, la nature et la découverte, et un rapport simple à la vie. Elle découvre aussi, sans pouvoir le nommer alors, une forme de fraternité et de liberté sans jugement : être libre de faire ce qu'on aime et d'être qui l'on est, sans se faire juger sur les apparences. À 12 ans, elle prononce la promesse scoute, son premier engagement fort. À 14 ans, elle est cheffe de patrouille.
Comment le scoutisme fait-il émerger des talents ?
C'est le cœur de l'entretien. La méthode scoute touche à des domaines très variés : menuiserie, théâtre, chant, lecture de cartes, codes comme le morse. Elle embarque ainsi les manuels comme les intellectuels, ceux qui pensent avec des mots comme avec des images, et même ceux qui ont besoin de conceptualiser, comme les dys, observe la directrice. Dans chaque petite équipe, chacun reçoit une responsabilité : ce sont les postes d'action. Celui qui a une appétence pour le secourisme forme l'équipe, par le jeu. Celui qui aime la carte apprend à la lire puis l'enseigne à sa patrouille.
« Tout au long de l'année, à travers tous ces postes d'action, certains découvrent des talents qu'ils ne pensaient pas avoir, ils construisent et solidifient leur confiance en eux. »
L'esprit est celui de l'éducation du jeune par le jeune, avec bienveillance. Le chef de patrouille, conseillé par son chef d'unité, donne les grandes lignes, puis accompagne chacun pour construire quelque chose de cohérent.
Et les faiblesses, à l'heure de la performance ?
La question fait écho à une époque de comparaison et de compétition. Constance de Marne répond que l'on accompagne chaque enfant dans ses faiblesses, en allant plus doucement, en adaptant la tâche ou en passant par le jeu. L'équipe fait des bilans à plusieurs niveaux, écrits chaque jour de camp, dont découlent quelques axes de progression pour l'année suivante. Le magazine détaille cette façon de tirer des leçons collectivement.
Que devient cet héritage dans la vie d'adulte ?
Après une école de commerce et quinze ans dans la finance, elle remet son uniforme en 2018. Elle réalise que, chez les scouts, elle était en profonde adéquation avec elle-même, ce qu'elle n'avait jamais retrouvé dans son métier. Quand les sites dont elle était responsable financière ferment, elle saisit l'occasion de changer de voie et décide, avec une formatrice, de monter une école de production pour adolescents au parcours scolaire compliqué. Elle y retrouve le sens du concret, l'éducation du jeune par le jeune et la recherche de l'excellence.
Un encadré du magazine présente ces écoles : des formations qualifiantes, fondées sur le « faire pour apprendre », pour des jeunes de 15 à 18 ans. À Salbris, la semaine commence par un rassemblement et finit par un conseil, où les élèves font part de ce qui a fonctionné et de ce qui doit s'améliorer. L'objectif est qu'ils deviennent acteurs de l'école et de leur vie.
« Aujourd'hui, je suis convaincue que le scoutisme permet vraiment de trouver qui on est et où on doit aller dans la vie. »
Que dire aux parents qui hésitent ?
Pour Constance de Marne, c'est un lieu où l'enfant peut s'épanouir en vérité, sentir ses talents, les expérimenter et gagner en confiance. Elle décrit un effet de groupe sécurisant, fraternel et bienveillant. Un témoignage, donc, plutôt qu'une démonstration : celui d'une personne convaincue, qui parle de sa propre expérience. Mais ce qu'elle décrit, la confiance donnée à un jeune, la responsabilité confiée très tôt, l'attention portée à ses forces comme à ses faiblesses, concerne aussi bien la classe que la maison.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un poste d'action chez les scouts ?
C'est une responsabilité confiée à chaque membre d'une petite équipe, dans un domaine où il se sent à l'aise : secourisme, camping, cartographie, animation. Il forme ensuite les autres.
Qu'est-ce qu'une école de production ?
Un encadré du magazine la décrit comme une école qui forme des jeunes de 15 à 18 ans à un métier, en réalisant de vraies commandes pour des clients.
Le scoutisme convient-il à tous les enfants ?
Constance de Marne affirme que la méthode embarque tous les profils, des manuels aux intellectuels, y compris les élèves dys. Il s'agit de son témoignage personnel.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le parcours de Constance de Marne, des premiers camps à la direction d'une école.
- Le fonctionnement des postes d'action et des temps d'échange en camp.
- La manière dont les bilans et les axes de progression sont construits.
- Les rituels de la semaine à l'école de production : rassemblement du lundi, conseil du vendredi.
- L'encadré sur les écoles de production.
