Le sport peut-il vraiment éduquer ? Le parcours d'Aurélien Duarte
Il a passé son enfance plus souvent à l'hôpital que sur un terrain, et il est devenu septuple champion du monde. Dans le n°14 d'Innovation en Éducation, Aurélien Duarte parle de ce que le sport apprend, et de ce qu'il n'apprend pas seul.
Tiré du magazine · n°14L'action, meilleure alliée du cerveau
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Aurélien Duarte est septuple champion du monde de kick boxing, de Shidokan karaté et de boxe thaïlandaise. Rien ne le laissait prévoir : enfant, il était fragile, avait subi quatorze fractures et se voyait interdire le sport. Coach et consultant, enseignant depuis trente ans, il se décrit comme un réveilleur de champions. Dans le n°14 d'Innovation en Éducation, il explique pourquoi, pour lui, le sport est un amplificateur de l'école de la vie.
Comment passe-t-on d'une enfance fragile aux podiums ?
Par le mouvement, d'abord. Faire du vélo, grimper aux arbres, jouer à chat : même avec une santé fragile, Aurélien Duarte y trouve une sensation de liberté et le sentiment d'avoir enfin la main sur quelque chose. Au football, dans sa cité de Villejuif, personne ne veut aller dans les buts. Il y va, plonge, prend des risques, et le regard des autres change : on ne voit plus la victime au plâtre, mais celui qui plonge comme les gardiens de la télévision.
« Mon premier terrain de liberté, ça a été mon corps. »
À 13 ans, il découvre le karaté et obtient de sa mère de s'y inscrire, au prix d'une débrouille qu'il raconte avec humour dans le magazine. Au gymnase, pour la première fois, un adulte l'accueille non comme un malade, mais comme un futur combattant. Il découvre l'autorité choisie, bienveillante et légitime, la discipline, la répétition des gestes. Il passe ensuite par le tennis de table et le basket avant de revenir aux sports de combat, jusqu'au titre de champion de France à 21 ans.
Qu'a-t-il appris, au-delà de la technique ?
Une chose qu'il estime transférable à toute la vie : il peut créer des réponses aux problèmes qu'il rencontre. En apprenant un geste qu'il ne maîtrisait pas, il comprend qu'il peut faire de même au collège, en se mettant aux maths ou en répétant les verbes irréguliers en anglais.
Il évoque aussi un apprentissage plus tardif : la valorisation. Enseignant dur pendant vingt ans, il utilise depuis dix ans des pédagogies différenciées et l'encouragement. Son conseil aux parents est simple et se retrouve dans le magazine : faire parler les enfants de leur sport, en leur demandant ce qu'ils ont réussi et ce qu'ils ont appris de nouveau.
« J'apprends que j'ai la capacité de créer des réponses à des problématiques dans ma vie. »
Le sport enseigne-t-il des choses que la vie n'enseigne pas ?
Non, et c'est la nuance qui donne son titre à l'entretien. Pour lui, il ne faut pas dissocier le sport du reste de la vie : tout ce qu'il a appris, résilience, adversité, trahison, réussite, il l'a d'abord appris au contact de sa famille et de son entourage. Si le sport amplifie cette école, c'est parce qu'on y revient régulièrement et que l'on y vit de façon intense, pendant une séance, l'esprit d'équipe, l'opposition, la discipline et l'entraide. À la maison ou en classe, ces expériences existent aussi, mais de façon plus diffuse. Dans le sport, elles sont prévues, organisées, et l'on y est préparé.
« Il ne faudrait pas croire qu'on vit dans le sport des choses qu'on ne vit pas dans la vie. »
Il rend aussi hommage aux gens qui l'ont accompagné quand il n'allait pas bien : éducatrices, infirmières, animateurs, familles d'accueil. Pour lui, chaque personne que l'on rencontre peut devenir un professeur ou un allié.
Que dire aux parents inquiets d'un sport de combat ?
C'est la dernière question, et la réponse est nuancée. Aurélien Duarte invite à sortir des vieilles peurs, qui associent la boxe à la brutalité, et à ne pas confondre les combats professionnels vus à la télévision avec ce qui se passe dans une salle d'entraînement. Il suggère d'aller rencontrer le professeur et de lui poser des questions. Selon lui, beaucoup d'enfants ont une grosse énergie qui a besoin de circuler, et les sports de combat peuvent aider à la canaliser.
Au-delà de la boxe, son message vaut pour toute pratique qui attire un enfant, fléchettes, tennis de table ou poterie : lui dire qu'on ne comprend peut-être pas encore ce qu'il veut faire, mais qu'on l'accompagne.
Questions fréquentes
Un sport de combat convient-il à un enfant très énergique ?
Aurélien Duarte le pense : l'énergie doit pouvoir circuler, et ces disciplines aident à la canaliser. Il conseille aux parents d'aller voir la salle et de rencontrer le professeur.
Que demander à son enfant après un entraînement ?
Il suggère de le faire parler de son sport, avec des questions simples sur ce qu'il a réussi et ce qu'il a appris de nouveau.
Le sport suffit-il à construire un enfant ?
Non, selon lui : le sport amplifie ce qu'on apprend d'abord dans la famille, à l'école et auprès de son entourage.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le récit complet de son enfance, de ses quatorze fractures à ses débuts au karaté.
- La découverte de la répétition du geste, au karaté, au tennis de table et au basket.
- Son parcours de champion, entre 1997 et 2006.
- L'exemple d'un apprentissage commun au sport et à la vie, avec le rôle des familles d'accueil.
- Le message complet adressé aux parents face à un sport qui les inquiète.
