Pourquoi devient-on si anxieux en devenant parent ?
Devenir parent, c'est devenir responsable d'une autre vie, et l'anxiété s'invite souvent. Dans le n°25 d'Innovation en Éducation, la neuropsychologue Marine Manard en explique les causes, sans culpabiliser.
Il y a mille et une raisons d'être anxieux quand on devient parent. Du jour au lendemain, on n'est plus seulement responsable de sa propre vie, mais aussi d'une autre, fragile au départ. Marine Manard, neuropsychologue et docteure en sciences psychologiques, fondatrice de Parentalité Sans Tabou, consacre son article du n°25 d'Innovation en Éducation à ces ressentis intenses, qui sans être pathologiques méritent d'être expliqués. Son but est de les dédramatiser : ils sont très perturbants, et pourtant très fréquents.
D'où vient l'anxiété des parents ?
L'autrice en identifie plusieurs sources, qui s'additionnent. D'abord l'information : elle est accessible partout, mais contradictoire, parfois infondée, et la trier devient une tâche en soi, qui peut augmenter un stress que l'on cherchait justement à calmer. Ensuite les pressions, internes et externes : le désir d'être le parent que l'on souhaite, les attentes de la société, du conjoint, de la famille. Dans une société où la performance est au cœur de la compétence, la parentalité n'y échappe pas, et le comportement de l'enfant renvoie facilement au parent l'image du « parent idéal » qu'il voudrait être. Elle ajoute un environnement peu accueillant pour les familles, où le parent se sent scruté, jugé et au risque de déranger, ce qui peut conduire à l'isolement.
Qu'est-ce qu'une phobie d'impulsion ?
C'est un exemple que l'article met en lumière, car il est très répandu et très peu connu. Il s'agit de pensées impulsives très culpabilisantes, dans lesquelles des mères craignent de faire du mal à leur enfant, volontairement ou non. Elles sont souvent cachées et rarement avouées, ce qui nourrit la honte et la solitude.
« Ces pensées affectent jusqu'à 70 % des mères […] »
L'autrice précise que l'état actuel de la recherche ne permet pas d'affirmer qu'elles soient liées à un risque accru de maltraitance. Se faire accompagner permet toutefois de limiter l'anxiété, la culpabilité et leurs conséquences sur la vie familiale, et mieux informer les futurs et jeunes parents pourrait éviter bien des sentiments de solitude. Un autre encadré du magazine traite de la dépression péri-partum et du burn-out parental, qui peuvent toucher les mères comme les pères.
Comment s'alléger concrètement ?
Marine Manard avance plusieurs pistes, qui commencent par une forme d'acceptation : on ne retrouvera pas la vie d'avant, et courir après elle est épuisant. Il s'agit aussi de prendre du recul sur les conseils non sollicités et de se tourner vers des informations fiables.
Sur le lâcher-prise, elle apporte une nuance importante : il n'est pas toujours possible, et il ne suffit pas, lorsque l'on est parasité par des pensées intrusives. Ce qui aide, c'est de comprendre ce qui nous pose difficulté, ce qui redonne un sentiment de contrôle.
« Le lâcher-prise n'est donc pas la résignation. »
Elle prend l'exemple du sommeil, un domaine où la grande majorité des parents sont en difficulté : fatigue, charge mentale, et surtout fausses croyances sur ce que serait le sommeil « normal » d'un enfant. Beaucoup de ces angoisses se lèvent dès que l'on obtient les bonnes informations et que l'on comprend que la lutte n'est pas la seule option.
Son message final se veut libérateur.
« Un enfant n'est jamais le problème […] »
Pour les parents qui se reconnaissent, un autre article du numéro s'intéresse à l'autre moitié de l'équation : la transmission de l'anxiété entre adultes et enfants.
Questions fréquentes
Est-il normal d'être anxieux quand on devient parent ?
Oui, selon Marine Manard : l'entrée en parentalité peut provoquer des ressentis intenses sans qu'ils soient pathologiques. Un soutien est utile lorsque l'anxiété prend trop de place.
Qu'est-ce qu'une phobie d'impulsion ?
Ce sont des pensées impulsives, très culpabilisantes, par lesquelles des parents craignent de faire du mal à leur enfant. Elles sont fréquentes, et la recherche ne les relie pas à un risque accru de maltraitance.
Lâcher prise, est-ce abandonner ?
Non. L'autrice précise que le lâcher-prise n'est pas la résignation : comprendre ce qui pose difficulté aide à le rendre possible.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'encadré complet sur les phobies d'impulsion et ce que dit la recherche.
- L'encadré sur la dépression péri-partum et le burn-out parental, avec leurs chiffres et leurs facteurs.
- Le détail des pressions qui pèsent sur les parents, de l'information à l'isolement.
- Les pistes pour prendre du recul, avec l'exemple du sommeil.
N°25
n°25 · Santé mentale : tous anxieux ?
Ce numéro n'est pas en vente en ce moment.
Avec l'abonnement, chaque nouveau numéro arrive chez vous, sans engagement.
