Que se passe-t-il dans le cerveau des parents ?
On se demande souvent ce qui se passe dans la tête de nos enfants, beaucoup moins ce qui se passe dans la nôtre. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, Anaïs Roux, créatrice du podcast Neurosapiens, retourne la question.
Tiré du magazine · n°26Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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Devenir parent transforme le cerveau. Chez la mère, la grossesse et les premières années s'accompagnent de changements mesurables, et chez tous les parents, la répétition des situations nouvelles stimule la plasticité cérébrale. Notre cerveau, qui cherche à économiser son énergie, nous fait aussi tomber dans des biais : nous prêtons à l'enfant nos propres émotions, ou nous le jugeons sur une première impression. Les connaître aide à mieux le comprendre.
Psychologue et créatrice de Neurosapiens, un podcast de vulgarisation des neurosciences suivi par un large public, Anaïs Roux a fondé et présidé pendant cinq ans une association de prévention du harcèlement à l'école. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, elle répond à une question que le numéro aurait pu oublier : si l'on cherche à comprendre la tête des enfants, ne faudrait-il pas commencer par celle des parents ?
Le cerveau change-t-il vraiment quand on devient parent ?
Oui, répond-elle, mais avec une nuance de chercheuse : les études portent surtout sur les mères, beaucoup moins sur le second parent. On parle de Mommy Brain pour désigner les adaptations du cerveau maternel pendant la grossesse et les deux premières années de l'enfant. Certaines capacités, comme l'attention ou la mémoire, sont un temps moins disponibles, tandis que d'autres se spécialisent, en particulier la lecture des émotions sur un visage.
Pour les pères comme pour les mères, Anaïs Roux décrit la parentalité comme un terrain très favorable à la neuroplasticité, parce qu'elle repose sur l'apprentissage et la répétition. Chaque jour apporte des situations imprévues, chaque enfant des comportements qui reviennent : le cerveau s'adapte en permanence.
Pourquoi la charge mentale épuise-t-elle autant ?
C'est l'un de ses sujets de prédilection, et le passage le plus éclairant de l'entretien. Pour la psychologue, la charge mentale n'est pas une question de tempérament féminin ou masculin : c'est une question de mémoire de travail, cet espace où nous gardons ce que nous avons en tête à l'instant. Et cet espace est beaucoup plus étroit qu'on ne le croit.
« Le problème, c'est qu'on ne peut garder en mémoire qu'environ 4 informations. »
Hommes et femmes ont les mêmes limites. Ce qui diffère, explique-t-elle, c'est le contexte : quand la répartition des tâches n'est ni équilibrée ni discutée, c'est souvent la mère qui porte la plus grande part. Le magazine développe ce qu'elle dit du multitâche, des idées reçues qui l'entourent, et de ce que cela coûte en fatigue.
Quels biais nous font mal comprendre nos enfants ?
Anaïs Roux en présente plusieurs, avec des exemples tirés de la vie de famille. Deux retiennent l'attention.
Le biais de projection consiste à croire que l'autre ressent ce que nous ressentons. Un parent frustré par une situation suppose que l'enfant l'est aussi, alors que ce n'est pas forcément le cas. Le risque est de mal lire ses besoins, et de le laisser avec le sentiment de ne pas être compris.
Le biais d'ancrage, lui, donne un poids excessif à la première impression. Une matinée difficile peut colorer toute une soirée, même quand la journée s'est bien passée. Et à plus long terme, une étiquette posée tôt sur un enfant peut orienter la manière dont on interprète tout ce qu'il fait ensuite. L'entretien s'arrête sur ce point, et sur la façon d'en sortir.
« Instinctivement, notre cerveau ne va jamais faire l'effort de sortir de ce prisme-là parce que c'est coûteux en énergie. »
Les biais ne concernent pas que les parents. Dans un autre article du numéro, le psychologue Mathieu Cassotti montre comment ils brouillent aussi le dialogue entre adultes et adolescents.
Que faire de tout cela sans se mettre la pression ?
C'est le ton de la fin de l'entretien, et il est précieux. La psychologue invite à se souvenir de l'enfant et de l'adolescent qu'on a été, parce que c'est souvent à travers ce prisme que l'on regarde ses propres enfants. Elle y voit un beau cadeau à leur faire : travailler sur ses propres peurs pour les laisser devenir qui ils sont. L'idée rejoint l'article de Claire Stride sur l'ado intérieur qui se réveille quand on devient parent.
Mais elle refuse d'en faire un fardeau. Le parent parfait n'existe pas, les erreurs font partie du chemin, et l'essentiel est d'en avoir conscience. Elle propose même un rituel de fin de semaine, tourné vers ce qui s'est bien passé, que le magazine décrit.
Questions fréquentes
La charge mentale est-elle plus facile à porter pour les femmes ?
Non, selon Anaïs Roux. Hommes et femmes ont les mêmes limites de mémoire de travail. Les femmes portent souvent davantage parce que la répartition des tâches est inégale, pas parce qu'elles y seraient mieux préparées.
Qu'est-ce que le biais de projection chez un parent ?
C'est le fait de supposer que l'enfant ressent la même chose que nous dans une situation donnée. Cela peut conduire à mal interpréter ses besoins.
Comment repérer ses propres biais de parent ?
La psychologue conseille de se rappeler l'enfant et l'adolescent qu'on a été, et de se demander comment une autre personne percevrait la situation.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Ce que les études disent des transformations du cerveau maternel pendant la grossesse et les deux premières années.
- L'explication complète de la charge mentale, de la mémoire de travail et du mythe du multitâche.
- D'autres biais cognitifs du quotidien des parents, et le risque des étiquettes posées tôt sur un enfant.
- Ce qu'Anaïs Roux dit de l'anxiété, de son effet rassurant pour le cerveau et de sa transmission aux enfants.
- Le rituel familial qu'elle propose pour valoriser ce qui va bien.
n°26 · Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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