Comment faire apprendre ensemble des enfants qui n'apprennent pas au même rythme ?
Un enfant marche à dix mois, un autre à dix-huit, et personne n'y voit plus rien à l'entrée à l'école. Et pour la lecture ? Dans le n°4 d'Innovation en Éducation, un article invite à penser la classe comme un écosystème.
Tiré du magazine · n°4En finir avec les mauvaises habitudes !
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On connaît l'image : un singe, un pingouin, un éléphant, un phoque et un poisson devant un examinateur qui leur dit, pour que la sélection soit juste, de grimper tous à l'arbre. Dans le n°4 d'Innovation en Éducation, un article non signé de la rubrique « Bien dans ma tête » s'en sert pour poser une question qui concerne tous les enseignants : comment faire cohabiter nos pingouins, nos éléphants, nos phoques et nos poissons ?
Pourquoi tous les enfants n'apprennent-ils pas au même moment ?
L'article part d'une comparaison avec la marche. Les enfants apprennent à marcher entre dix et dix-huit mois, ceux qui s'y mettent les derniers étant presque deux fois plus âgés que les premiers. À l'entrée à l'école, personne ne sait plus qui a marché tôt, et cela n'a plus aucune importance. Il en va de même, selon l'auteur, pour la plupart des apprentissages. Pourtant, la lecture est prévue officiellement au CP, et un enfant qui ne lit pas encore en fin d'année ressent, avec ses parents et son enseignant, un profond sentiment d'échec.
L'article s'appuie sur deux références : les recherches du Dr Alan Thomas sur des enfants instruits en famille, qui, ayant appris à lire tard, auraient rattrapé leur retard très vite, et l'expérimentation de Céline Alvarez, qui montre que beaucoup d'enfants peuvent entrer dans la lecture avant six ans. L'idée n'est pas de trancher entre précocité et lenteur, mais d'admettre que le temps d'un apprentissage s'inscrit dans un spectre, et de le faire sans jugement.
« Se pose donc la question de comment faire cohabiter nos pingouins, nos éléphants, nos phoques et nos poissons ? »
Comment organiser une classe qui respecte ces rythmes ?
L'auteur évoque les pédagogies Freinet et Montessori, les plans de travail, les activités individuelles et le travail en petits groupes, qui permettent de ne pas faire la même chose au même moment. Il ajoute une nuance : individualiser ne veut pas dire travailler seul. Il cite pour cela le chercheur Sylvain Connac.
« Le principal dilemme de la pédagogie : personne ne peut apprendre à la place d'un autre et, en même temps, on apprend mieux à plusieurs. »
Quand les élèves s'entraident, l'enseignant économise de l'énergie, et les élèves développent des habiletés sociales : expliquer, confronter son point de vue, tenir compte des compétences des autres.
Que disent les parcours de personnalités brillantes ?
L'article s'ouvre sur une série d'anecdotes connues : Daniel Pennac aurait mis un an à connaître la première lettre de l'alphabet, Einstein aurait eu beaucoup de retard pour parler et lire, Churchill de gros problèmes d'élocution, et Edison, considéré comme hyperactif et stupide, aurait été renvoyé de son école. L'auteur les présente avec prudence, en usant de formules comme « il paraît », et le lecteur y verra surtout une illustration.
La liste pourrait être longue, ajoute-t-il, sans compter tous ceux qui, découragés et ayant perdu confiance en eux, sont passés à côté de leur épanouissement. C'est de là que vient la question de l'écosystème de la classe : comment permettre à chacun de s'y épanouir, sans lui demander à tous de réussir la même épreuve au même moment.
Que faire d'un élève découragé par l'échec ?
L'article propose la « voie de la moindre résistance » : trouver une activité où l'enfant peut réussir, comme la couture, les maquettes, le tissage ou la sculpture. Réussir quelque chose redonne de la fierté et le goût de l'effort, soigne la blessure des échecs, et développe les compétences dont les apprentissages scolaires ont besoin. Ce qui ressemblait à une occupation peut devenir le point de départ d'un nouvel élan, voire d'une passion.
Le texte se clôt sur une image : faire grandir des enfants ensemble ressemblerait moins à une monoculture arrosée des mêmes engrais qu'à une polyculture où pousse la diversité humaine. Pour prolonger cette idée sur le terrain, le magazine consacre dans son n°5 un dossier aux pédagogies alternatives, dont la classe autonome, inversée, apprenante et flexible.
Questions fréquentes
Un enfant qui ne lit pas à la fin du CP est-il en retard ?
L'article invite à relativiser : les apprentissages ne se déclenchent pas au même moment pour tous, et le sentiment d'échec peut enfermer l'enfant.
Individualiser les apprentissages, est-ce faire travailler chacun seul ?
Non. L'auteur insiste sur l'entraide : on apprend mieux à plusieurs, même si personne ne peut apprendre à la place d'un autre.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La comparaison avec la marche, et les questions que l'article en tire sur le CP, les classes à plusieurs niveaux et l'évaluation.
- Les recherches du Dr Alan Thomas et l'expérimentation de Céline Alvarez.
- Les méthodes évoquées pour individualiser : Freinet, Montessori, plans de travail, ateliers.
- Les activités qui permettent de retrouver le goût de l'effort.
