Peut-on parler du cerveau à des enfants de maternelle ?
Pourquoi certains élèves confondent-ils b et d ? Pourquoi d'autres appliquent-ils les consignes de façon mécanique ? Marie Bolle-Besançon, enseignante en maternelle, raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation comment elle a cherché des réponses avec ses élèves.
En 2017, Marie Bolle-Besançon prend enfin en charge sa propre classe de maternelle, à Auxerre. Elle a toujours cru au potentiel immense des enfants, mais elle comprend vite que les programmes ne suffisent pas : il lui faut des outils pour comprendre comment les enfants apprennent, se concentrent et interagissent. Dans le n°24 d'Innovation en Éducation, elle raconte comment ses questions sont devenues un projet de classe, un « laboratoire de recherche sur le cerveau ».
Quelles questions l'ont mise en route ?
Des observations de terrain. Pourquoi certains enfants confondent-ils les lettres b et d ? Pourquoi d'autres peinent-ils à reconnaître des sons pourtant simples ? Et pourquoi, du côté socio-émotionnel, tant de difficultés à gérer les émotions, un manque d'empathie, une application mécanique des consignes ? Pour y répondre, elle s'est formée (un diplôme universitaire en neuroéducation), a rejoint l'association Apprendre et Former avec les Sciences Cognitives de Jean-Luc Berthier, et a intégré la métacognition et les compétences psychosociales, en plus du jeu d'échecs qu'elle utilisait depuis longtemps.
Qu'est-ce que la métacognition peut vouloir dire à cinq ans ?
C'est la capacité de réfléchir à ses propres processus mentaux, au cœur de l'approche de l'enseignante. À l'aide d'outils comme Entrainer le cerveau à résister et le projet ATOLE, dont elle prépare désormais la version maternelle avec Jean-Philippe Lachaux, ses élèves apprennent à gérer leur attention et à comprendre le fonctionnement de leur cerveau. Les séances sont à la fois ludiques et ancrées dans des situations concrètes. Un exemple : explorer la différence entre être attentif et être distrait, et repérer à quels signes on reconnaît l'un et l'autre. C'est de là qu'est né, naturellement, un espace « Laboratoire de recherche sur le cerveau » dans la classe.
« C'est donc naturellement qu'ensuite, avec mes élèves, nous avons développé un espace "Laboratoire de recherche sur le cerveau" dans la classe. »
Elle observe, de façon qualitative, que les élèves parviennent mieux à réguler leur attention, à repérer les moments où ils se laissent distraire, et qu'ils gagnent en confiance.
Pourquoi le jeu d'échecs en maternelle ?
Parce que, bien plus qu'un jeu, il stimule la réflexion, la patience et la maîtrise de soi, en développant la stratégie et l'anticipation. Les séances, adaptées aux jeunes enfants, abordent la réflexion avant l'action, la gestion de l'échec, le respect et la coopération. L'enseignante renvoie à l'ouvrage Apprendre à jouer aux échecs en classe, qu'elle a coécrit chez Hatier. Elle note que les enfants apprennent à faire des choix réfléchis et à gérer la défaite avec résilience.
Et pour les relations entre enfants ?
L'enseignante travaille les compétences psychosociales, c'est-à-dire l'empathie, la coopération et la gestion des conflits, à la fois dans des séances hebdomadaires, sous forme de jeux et d'activités collaboratives, et au quotidien, par des attitudes éducatives bienveillantes. Le magazine détaille ces jeux et ces gestes respectueux, avec leurs noms imagés. Elle constate des élèves plus solidaires et plus empathiques, qui résolvent leurs conflits de façon plus constructive. À plus long terme, elle y voit un soutien à la réussite scolaire comme au bien-être.
Quels conseils pour se lancer ?
Elle en donne cinq, dont le premier est d'y aller petit à petit.
« Commencez petit : Intégrez des activités/jeux simples en lien avec la métacognition, les CPS ou le jeu d'échecs. »
Ses autres recommandations portent notamment sur la patience, sur l'implication des élèves et sur le droit de faire machine arrière si une approche ne convient pas.
Questions fréquentes
La métacognition est-elle accessible à de jeunes enfants ?
L'enseignante en fait l'expérience en maternelle, avec des séances ludiques et concrètes, par exemple sur la différence entre être attentif et inattentif.
À quoi sert le jeu d'échecs en classe ?
Selon l'autrice, il développe la réflexion, la patience, la maîtrise de soi, la stratégie et la gestion de l'échec.
Faut-il tout mettre en place en même temps ?
Non : son premier conseil est de commencer par des activités ou des jeux simples, et de persévérer.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les exemples de séances de métacognition proposés aux élèves, sens, petite voix et images mentales.
- Les thèmes abordés avec les jeunes enfants par le jeu d'échecs.
- Les jeux et les activités de compétences psychosociales, avec leurs noms.
- Les gestes respectueux utilisés au quotidien dans la classe.
- Les cinq conseils complets pour adopter la démarche.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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