Que se passe-t-il dans le cerveau d'un élève qui apprend ?
Relire son cours suffit-il pour apprendre ? Dans le n°2 d'Innovation en Éducation, Nicole Bouin, professeure pendant 39 ans et formatrice d'enseignants, explique ce que les sciences cognitives disent de la mémoire et de l'attention.
Tiré du magazine · n°2Cerveau / neurosciences : mode d'emploi !
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Il se transforme. Chaque expérience crée de nouveaux réseaux de neurones, mais ils ne s'installent durablement que s'ils sont réactivés plusieurs fois, à intervalles bien choisis. C'est l'une des idées que développe Nicole Bouin, professeure de lettres-histoire pendant 39 ans et formatrice d'enseignants, dans le n°2 d'Innovation en Éducation. Elle y montre comment les sciences cognitives éclairent la mémoire, l'attention et la manière d'apprendre.
Savoir que son cerveau peut progresser
Nicole Bouin commence par un résultat que plusieurs études ont établi : les élèves qui ont compris que leur cerveau est plastique et que l'intelligence évolue sont plus motivés et apprennent mieux que ceux qui pensent leurs capacités fixées une fois pour toutes. C'est un point de départ encourageant, car il se transmet : expliquer à un enfant comment fonctionne son cerveau peut déjà changer son rapport à l'école.
Elle précise que les sciences cognitives ne remplacent pas la pédagogie, la didactique ou la psychologie. Elles prennent place dans un dialogue entre toutes ces disciplines. Ce ton mesuré traverse tout l'entretien.
Apprendre, c'est accepter d'être déstabilisé
L'entretien revient sur une image ancienne de l'enseignement, celle d'un savoir que l'on verserait dans la tête d'élèves passifs. Nicole Bouin explique pourquoi elle ne correspond pas à ce qui se passe réellement : l'élève attentif filtre ce qu'on lui présente à partir de ce qu'il sait déjà, le reformule dans son propre langage et réorganise ses connaissances. Apprendre suppose parfois de renoncer à ce qu'on croyait savoir, ce qui peut être inconfortable. Elle cite les travaux de Serge Boimare sur les élèves que cette déstabilisation met en difficulté.
Pourquoi relire ne suffit pas
C'est sans doute le passage le plus utile pour les familles au moment des devoirs.
« Relire un cours ne permet pas d'apprendre en règle générale, la sensation de familiarité donne juste l'impression trompeuse de savoir. »
Ce qui fait vraiment apprendre, explique-t-elle en s'appuyant sur le chercheur Steve Masson, c'est l'effort de se souvenir. Chercher ce que l'on a retenu avant d'ouvrir son cahier en fait partie. L'entretien propose une liste d'autres activités simples qui sollicitent cette mémoire active, que vous trouverez dans le magazine. C'est une piste rassurante pour les parents : il ne s'agit pas de faire travailler plus longtemps, mais autrement.
L'inhibition, ou l'art de s'arrêter à temps
Nicole Bouin consacre un développement aux fonctions exécutives, ces capacités qui coordonnent le reste du fonctionnement cérébral : planifier, s'organiser, repérer ses erreurs, passer d'une tâche à l'autre. Elle s'arrête sur l'une d'elles, l'inhibition, qui permet de bloquer une réponse automatique pour passer en mode réfléchi. Elle rapporte la proposition du psychologue Olivier Houdé, qui accorde à cette capacité une place centrale dans l'intelligence, et explique ce que gagnent des élèves entraînés à reconnaître ces deux modes de fonctionnement.
L'attention, ça s'apprend
L'attention est l'un des domaines les mieux étudiés par les neuroscientifiques, et pour cause : sans elle, ni compréhension ni mémorisation ne sont possibles. Nicole Bouin présente le travail du chercheur Jean-Philippe Lachaux, qui défend l'idée que l'attention peut s'apprendre, et le programme qu'il a créé pour les classes, de la maternelle à l'âge adulte. Le magazine en décrit le contenu.
Chaque cerveau a ses chemins
L'entretien se termine sur la diversité des manières d'apprendre. Certains principes valent pour tous, comme la réactivation des connaissances ou l'influence du sommeil et du stress. Mais chacun a aussi ses conditions favorables, dans le silence ou en musique, assis ou en bougeant, avec des schémas ou des fiches rédigées. D'où un plaidoyer pour aider les jeunes à observer leur propre façon de penser.
« Je plaide pour l'initiation et l'entraînement à l'introspection cognitive de la maternelle à l'université. »
Questions fréquentes
Pourquoi relire son cours ne suffit-il pas pour apprendre ?
Selon Nicole Bouin, formatrice d'enseignants, relire donne une impression de familiarité qui fait croire qu'on sait. C'est l'effort de se remémorer qui active les neurones et installe durablement les connaissances.
Qu'est-ce que l'inhibition en psychologie cognitive ?
C'est la capacité à interrompre une réponse automatique pour passer en mode réfléchi. Elle fait partie des fonctions exécutives et fait l'objet de nombreuses recherches.
L'attention peut-elle s'entraîner ?
Oui, d'après les travaux du chercheur Jean-Philippe Lachaux cités dans le magazine, qui a conçu un programme pour l'enseigner aux élèves, de la maternelle à l'âge adulte.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet avec Nicole Bouin, sur trois pages.
- La liste des activités qui sollicitent la mémoire active, faciles à proposer à la maison.
- Comment entraîner les élèves à repérer le mode automatique et le mode réfléchi.
- Le programme créé par Jean-Philippe Lachaux pour apprendre l'attention en classe.
- Les références de lecture pour approfondir chaque notion.
n°2 · Cerveau / neurosciences : mode d'emploi !
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