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Qu'est-ce que le «⁠ ⁠port d'attache⁠ ⁠» dont parle André Stern⁠ ⁠?

André Stern a grandi sans jamais aller à l'école. Invité du n°5 d'Innovation en Éducation, il explique pourquoi, selon lui, l'attitude de l'adulte compte plus que la méthode.

Le n°5 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°5Les pédagogies différentes Voir ce numéro

André Stern est l'initiateur du mouvement « Écologie de l'enfance » et dirige l'Institut Arno Stern. Son parcours est atypique : il n'a jamais été scolarisé, et c'est de cette expérience qu'il tire un regard très personnel sur l'enfance. Le n°5 d'Innovation en Éducation en a fait son invité, et lui a consacré un long entretien dont voici l'idée centrale : permettre à chaque enfant de ne jamais perdre son enthousiasme naturel.

Quels sont ces « potentiels » qu'il évoque ?

Pour André Stern, tout enfant vient au monde avec une quantité considérable de dispositions spontanées : le désir de découvrir le monde, la curiosité, l'ouverture d'esprit, l'enthousiasme, cette énergie qui peut « soulever des montagnes ». Il explique que nos programmes génétiques n'ont pas changé depuis des dizaines de milliers d'années : ils nous équipent de tous les potentiels possibles, au cas où nous en aurions besoin. L'enfant est donc, dit-il, capable de tout apprendre.

Cette lecture change le regard : le développement ne va pas d'un enfant qui ne saurait rien vers un adulte qui saurait tout. L'enfant n'est plus une petite chose qu'il faudrait aider à s'élever.

« J'étais de type variable ! Comme nous tous, et comme nous devrions tous s'accorder le droit de l'être ! »

André Stern, initiateur du mouvement Écologie de l'enfance, directeur de l'Institut Arno SternExtrait du n°5, p. 39

Que faut-il donner à un enfant pour que ces potentiels s'expriment ?

Une seule chose, répond-il : un port d'attache puissant. C'est le lieu d'où l'enfant part vers l'extérieur pour se livrer à ses dispositions, et auquel il peut revenir. Ce port d'attache, c'est la confiance et l'amour inconditionnel, résumés en une phrase simple : « Je t'aime parce que tu es comme tu es », par opposition à un amour qui poserait des conditions. André Stern y voit tout le travail des parents, ce qui peut soulager ceux qui croulent sous les injonctions à être de « bons parents ». Il ajoute que cela vaut aussi pour les adultes.

Il illustre l'idée par l'histoire de son père, Arno Stern, né en 1924. Enfant, celui-ci a dû fuir l'Allemagne nazie avec sa famille et traverser des années très dures. Pourtant, interrogé aujourd'hui sur son enfance, il répond qu'elle était merveilleuse : le lien avec ses parents lui donnait une telle sécurité qu'il ne s'est jamais senti en danger. Pour André Stern, c'est la preuve que la solidité du port d'attache compte plus que les circonstances.

Une méthode ou une attitude ?

Sur le plan pédagogique, l'invité du magazine se méfie des projets qui partent d'idées d'adultes sur « les enfants ». Chaque enfant est unique, dit-il, et ses besoins sont variables et contextuels. Il préfère donc parler d'attitudes envers l'enfant plutôt que de pédagogies. Il rapporte une phrase de son fils Antonin, qui résume bien cette position.

« Il ne s'agit pas d'accorder aux enfants tout ce qu'ils désirent, il s'agit d'arrêter d'imposer aux enfants tout ce qu'ils ne désirent pas. »

Antonin Stern, fils d'André Stern, cité par lui dans l'entretienExtrait du n°5, p. 40

Cela ne revient pas à rejeter les méthodes. André Stern reconnaît que chaque pédagogie regorge de bonnes idées, et salue la diversité éducative qui s'est installée ces dernières années. Il pense seulement que l'attitude juste précède la méthode : si elle est juste, la méthode employée derrière, aussi progressiste ou traditionnelle soit-elle, compte beaucoup moins.

Et pour les parents comme pour les enseignants ?

L'entretien se termine sur une question que se posent beaucoup d'éducateurs : comment adapter son attitude ? Il n'y a pas de mode d'emploi, répond André Stern, et il est plus important de poser la question que d'y répondre. Il invite chacun à partir de l'enfant qu'il a devant lui, à rester informé des découvertes récentes et à s'accorder des moments de doute, qui peuvent faire germer du neuf. Cette réponse ne culpabilise pas : elle ne donne pas de liste d'injonctions à appliquer, mais une manière de regarder.

« C'est parce qu'il y a ce terrain fertile de l'amour et de la confiance réciproque, qu'on va inventer du nouveau. »

André Stern, initiateur du mouvement Écologie de l'enfance, directeur de l'Institut Arno SternExtrait du n°5, p. 42

Un autre numéro du magazine est revenu sur sa pensée dans un article consacré à sa manière de voir les méthodes.

Que retenir de cet entretien ?

L'entretien tient moins du programme que d'un changement de regard. André Stern ne demande ni aux parents ni aux enseignants de transformer leurs pratiques du jour au lendemain : il leur propose de se demander, face à un enfant précis, quelle attitude est la plus juste à cet instant. L'invitation vaut aussi pour l'adulte, puisqu'il suggère de dire à tout éducateur, et pas seulement à tout enfant, « je t'aime parce que tu es comme tu es », sans exiger de lui qu'il soit parfait. Ce regard n'est pas celui de toutes les écoles ni de toutes les familles. Le magazine le présente comme une voix parmi d'autres, dans un numéro qui fait justement la part belle à la diversité.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'écologie de l'enfance ?

C'est le nom que donne André Stern à une attitude qui cherche à abolir les séparations entre l'adulte et l'enfant pour les mettre en relation, et qui s'appuie sur les recherches d'un institut.

Faut-il, selon lui, renoncer à toute méthode ?

Non. Il juge que chaque pédagogie a de bonnes idées, mais que l'attitude de l'adulte vient avant elles.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°5

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. L'entretien complet d'André Stern, en neuf questions.
  2. Son explication détaillée des potentiels spontanés et de ce que dit la génétique.
  3. Le récit complet de l'enfance d'Arno Stern et du port d'attache.
  4. Sa réponse à la question des professionnels de l'éducation, et la référence de son dernier livre.
Couverture du n°5
Pour lire l'article en entier

n°5 · Les pédagogies différentes

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