Faire bouger les élèves en classe : une fourmilière qui apprend ?
Une classe où l'on bouge, et pourtant où l'on apprend : Laetitia Rouchet, professeure des écoles en éducation prioritaire, raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation ce que le corps apporte aux apprentissages.
« Une vraie fourmilière ! » C'est ce qu'a lancé l'inspecteur en entrant, pour la première fois, dans la classe de Laetitia Rouchet. Ce jour-là, elle ne savait pas encore qu'elle pratiquait des pédagogies actives. Aujourd'hui professeure des écoles et maître formatrice en CE2-CM1 à Sainte-Foy-la-Grande, en éducation prioritaire, elle raconte dans le n°24 d'Innovation en Éducation comment le mouvement est devenu un outil d'apprentissage à part entière.
« Une vraie fourmilière ! »
D'où vient cette envie de faire bouger la classe ?
Le parcours de l'enseignante est atypique. Ancienne journaliste, elle s'est reconvertie dans l'Éducation nationale après un projet d'éducation aux médias en Martinique, dans une école en zone sensible. Issue d'un milieu ouvrier et porteuse de dyslexie, elle s'est reconnue dans ces élèves. Arrivée dans une école en REP+, elle a compris très vite qu'un climat apaisé ne pouvait pas reposer sur les seules méthodes traditionnelles, et elle a commencé à observer les besoins de ses élèves avant de lire quoi que ce soit.
C'est l'inspecteur qui lui a ensuite ouvert l'univers de Montessori et de Freinet. Depuis, elle nourrit sa pratique des travaux d'Antoine de la Garanderie, de Steve Masson et de Jean-Philippe Lachaux, notamment sur les neurosciences.
À quoi ressemble une journée de classe qui bouge ?
Elle part d'une conviction : être attentif s'apprend, et cela passe par la connaissance de soi et de ses besoins. Dès le matin, un réveil corporel s'inspire du kung fu et du yoga, parfois d'un footing. Ensuite, les enfants choisissent leur posture de travail : debout, assis au sol, ou dans les « fauteuils de Mémé », deux fauteuils des années soixante-dix récupérés chez une habitante du quartier, que les élèves ont eux-mêmes baptisés. Cette variété d'assises évite l'immobilité prolongée, qui peut devenir pesante.
Et la respiration, quel rôle joue-t-elle ?
Un rôle central. Avec des exercices de cohérence cardiaque, les élèves apprennent à se recentrer, à gérer leur stress et à mieux comprendre leurs émotions. L'enseignante les propose en début de séance ou avant une activité qui demande une concentration intense. Elle alterne avec des pauses évocatives, les yeux fermés, pour évoquer un événement historique ou un paysage de géographie, ainsi que des moments de relaxation et d'automassage, notamment après la pause méridienne. Le magazine décrit ces pratiques, qui ne demandent aucun matériel.
Est-ce que cela fait perdre du temps ?
C'était son impression au départ. Avec du recul, elle affirme en gagner : les élèves sont plus attentifs, plus engagés et moins stressés, et le climat de classe est apaisé. Chacun trouve sa place, quel que soit son niveau ou ses difficultés. Ces moments l'aident aussi à être plus à l'écoute de ses élèves, et d'elle-même.
« Pour moi, se reconnecter à l'importance du corps dans l'apprentissage, c'est donner du souffle à sa pratique. »
Que disent ses lectures et sa formation sur le rôle du corps ?
Laetitia Rouchet insiste sur le fait qu'elle ne s'est pas lancée par théorie. Elle a d'abord observé ce dont ses élèves avaient besoin, au fil des mois,. C'est seulement ensuite que ses lectures sont venues donner un cadre à ce qu'elle faisait déjà : Montessori et Freinet, puis les travaux d'Antoine de la Garanderie, de Steve Masson et de Jean-Philippe Lachaux, notamment sur les neurosciences. Elle en retient une idée simple : être attentif n'est pas un don, cela s'apprend, et cela passe par la connaissance de soi et de ses besoins. S'octroyer des moments pour sa respiration, son ancrage dans le sol et sa posture est, selon elle, la première étape d'une entrée sereine dans les apprentissages.
Questions fréquentes
Le mouvement n'est-il pas source de désordre ?
L'inspecteur a parlé de fourmilière, mais l'enseignante précise que les élèves bougent de façon constructive, chacun ayant trouvé son propre rythme.
Faut-il du matériel pour intégrer le mouvement ?
Non, selon l'autrice : les exercices de respiration, de relaxation et d'automassage ne demandent aucun matériel.
Peut-on le faire dans une classe difficile ?
Laetitia Rouchet enseigne en REP+, dans un quartier prioritaire, et dit avoir vu le climat s'apaiser.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le déroulé du réveil corporel du matin, inspiré du kung fu et du yoga.
- Les différentes postures d'apprentissage offertes aux élèves.
- Les exercices de cohérence cardiaque et les pauses évocatives, en début de séance.
- Les moments de relaxation et d'automassage après la pause méridienne.
- Son parcours de journaliste devenue enseignante, et ses lectures de référence.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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