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Pédagogie Émotions et bien-être En classe

Bienveillance à l'école⁠ ⁠: est-ce incompatible avec l'exigence⁠ ⁠?

Bienveillance et exigence semblent parfois s'opposer en classe. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, Anne-Marie Lafont rappelle d'où vient l'idée et ce qu'elle change pour les enseignants.

Le n°7 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°7Bienveillance et discipline, c'est possible⁠ ⁠? Voir ce numéro

La bienveillance envers les élèves est-elle de la complaisance, du laxisme ou un nivellement par le bas ? Anne-Marie Lafont, professeur des écoles et formatrice académique (Aix-Marseille), commence par dire ce qu'elle n'est pas, puis ce qu'elle est : une façon de « bien veiller » sur les élèves, qui va de pair avec l'exigence. Dans le n°7 d'Innovation en Éducation, elle retrace l'origine de cette idée et ce qu'elle peut changer en classe.

Qu'est-ce que la bienveillance n'est pas ?

L'autrice commence par écarter plusieurs idées reçues. La bienveillance n'est synonyme ni de complaisance envers les erreurs, ni de tolérance de tous les comportements, ni de nivellement par le bas. Elle n'est pas non plus une façon de cacher les causes réelles de l'échec scolaire ou le manque de moyens, ni de culpabiliser certains enseignants et d'en valoriser d'autres. Elle consiste plutôt à « bien veiller » sur les élèves : les sécuriser, observer chacun pour connaître ses acquis et comprendre ses difficultés, et les aider à devenir autonomes dans leurs apprentissages.

D'où vient la bienveillance éducative ?

L'autrice cite plusieurs sources qui se croisent. Les théories du care de la psychologue américaine Carol Gilligan, d'abord, selon lesquelles prendre soin les uns des autres serait une activité propre à l'espèce humaine. Puis le courant de la psychologie positive, né dans les années 1990, la communication non violente de Marshall Rosenberg, les travaux d'Isabelle Filliozat sur les émotions des enfants et ceux de Catherine Gueguen, qui vulgarise les neurosciences affectives et sociales. Chacun apporte un éclairage différent, et l'autrice ne cherche pas à les opposer.

Que disent l'institution et les enseignants ?

Sur le plan officiel, elle rappelle que l'Organisation mondiale de la santé a mis en avant dès 1993 les compétences psychosociales, et que la bienveillance figure dans les textes de l'Éducation nationale depuis 2013, dans le cadre d'une école à la fois bienveillante et exigeante. Elle en distingue trois axes : la différenciation pédagogique, l'évaluation bienveillante et le suivi des élèves, notamment contre le décrochage. Elle cite aussi une enquête menée auprès de plus de quatre cents enseignants de l'académie de Caen : la majorité se reconnaît dans la bienveillance éducative, qu'elle associe à l'écoute, à la valorisation des efforts et à la justice scolaire.

Qu'est-ce que cela change dans la posture de l'enseignant ?

L'autrice s'appuie sur Catherine Gueguen pour expliquer que la relation empathique et sécurisante avec un enseignant a des effets sur le développement cognitif et social de l'enfant, et que l'expression des émotions apaise le cerveau émotionnel. Quand les élèves voient un enseignant s'intéresser à eux individuellement, ils sont captivés, et l'ambiance de la classe en est transformée : la coopération prend le pas sur la rivalité. Elle ajoute que cette qualité de relation contribue aussi au bien-être de l'enseignant et à son sentiment de compétence.

Un exemple concret ressort de ces idées : quand un enseignant s'aperçoit qu'il a manqué de bienveillance, rien ne l'empêche de réparer, et même de demander pardon devant la classe. Cela vaut pour l'élève, qui voit un adulte reconnaître une erreur sans perdre son autorité.

Peut-on tenir les deux, bienveillance et exigence ?

C'est la conclusion de l'article, et l'on peut la lire comme une réponse à la question du titre.

« Une école ne peut être bienveillante que si elle est simultanément exigeante et rigoureuse, si elle croit en elle-même comme dans la capacité de progrès de chacun. »

Anne-Marie Lafont, professeur des écoles et formatrice académiqueExtrait du n°7, p. 62

Pour l'autrice, cette double posture crée les conditions d'une école inclusive tournée vers la réussite de tous, avec un climat de confiance réciproque, de respect et d'empathie. Un encadré du magazine propose six conseils très concrets pour enseigner avec bienveillance, qui se conclut sur un clin d'œil à tous les enseignants.

« Le prof n'a pas la science infuse ! »

Anne-Marie Lafont, professeur des écoles et formatrice académiqueExtrait du n°7, p. 63

Questions fréquentes

La bienveillance à l'école, est-ce du laxisme ?

Non, répond l'autrice : elle n'est ni complaisance envers les erreurs, ni laxisme, ni nivellement par le bas. Elle consiste à créer les conditions propices aux apprentissages tout en restant exigeant.

D'où vient la bienveillance dans les textes officiels ?

Elle figure explicitement dans les textes de l'Éducation nationale depuis 2013, comme cadre intellectuel, émotionnel et matériel propice aux apprentissages.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°7

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. Le détail des courants qui ont inspiré la bienveillance éducative, avec leurs références.
  2. Les chiffres de l'enquête menée auprès des enseignants de l'académie de Caen.
  3. Le passage sur les neurosciences affectives et le rôle de l'empathie en classe.
  4. Les pistes sur la méditation et la gestion du stress, avec les travaux d'un chercheur lyonnais.
  5. L'encadré de six conseils pour enseigner avec bienveillance.
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n°7 · Bienveillance et discipline, c'est possible⁠ ⁠?

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