Cogni'classe : comment passer d'une classe ordinaire à une classe qui apprend à apprendre ?
Des élèves et des professeurs « normaux », une pédagogie différente fondée sur les sciences cognitives : Jean-Luc Berthier, proviseur honoraire, présente les Cogni'classes dans le n°24 d'Innovation en Éducation.
Que sait un élève, voire un adulte, des secrets d'une mémorisation efficace, des causes de l'oubli, de la consolidation des souvenirs ? Et que fait l'école pour entraîner l'attention, mobilisée dans chaque acte de la vie quotidienne ? Ancien proviseur, Jean-Luc Berthier part de ce constat dans le n°24 d'Innovation en Éducation, pour présenter les Cogni'classes et la formation qu'il propose aux enseignants au sein d'AFSC, Apprendre et Former avec les Sciences Cognitives.
De quelles fonctions parle-t-on ?
Des fonctions cognitives, présentes à l'état embryonnaire dès la naissance, qui permettent de penser, d'agir, de communiquer et d'apprendre. L'auteur les range en trois groupes : la mémoire et l'attention ; les fonctions exécutives de base, c'est-à-dire la mémoire de travail, l'inhibition et la flexibilité mentale ; et les fonctions exécutives de haut niveau, comme la planification, le raisonnement et la résolution de problèmes. Elles se développent dans la famille, dans la société et à l'école, mais de façon incomplète, estime-t-il : l'inhibition, par exemple, levier majeur du contrôle de la pensée et de l'action, est absente des référentiels scolaires.
Qu'est-ce qu'une Cogni'classe ?
Une classe composée d'élèves ordinaires, avec des enseignants ordinaires qui cherchent une pédagogie ambitieuse : rendre l'apprentissage plus performant, avec moins de fractures et de difficultés scolaires, et développer plus largement les fonctions cognitives de l'enfant. L'auteur donne quelques directions : mieux gérer la mémoire par des consolidations étalées dans le temps, passer de l'attention à la concentration, familiariser les élèves à la compréhension profonde, leur apprendre les mécanismes de leur propre cognition pour qu'ils deviennent plus autonomes, et développer leurs capacités de travail collaboratif.
Il insiste sur un point qui rassure : ce n'est pas une révolution, mais une façon différente et profonde d'aborder l'apprentissage, par des modalités pédagogiques parfois très simples. L'organisation en met des dizaines à disposition.
Comment se former, concrètement ?
Pour l'auteur, une formation bien comprise est un passage obligé, pour tous les acteurs : enseignants, élèves, familles, cadres du système. AFSC propose des dispositifs sur la plateforme M@gistère du ministère pour les enseignants, des accompagnements dans certaines régions, des modules destinés aux élèves, des modalités pédagogiques de la maternelle au cycle terminal du lycée, et des ressources sur la cognition. Le magazine en précise les adresses et les canaux d'échange.
Les enseignants en reviennent-ils ?
C'est l'un des arguments de l'auteur, qui parle de douze années de développement.
« En 12 années de développement de ce dispositif reconnu et agréé par le Ministère de l'Education nationale, très peu d'enseignants reviennent vers leurs anciennes pratiques pédagogiques. »
Selon lui, les élèves n'accroissent pas seulement leurs performances : ils apprennent à apprendre pour la vie, ce qu'il présente comme une priorité de l'école du XXIe siècle. Il demande aux enseignants de la curiosité et un petit temps de formation, rien de plus.
« Les Cogni'classes représentent une formidable ambition pour améliorer l'apprentissage pour tous les élèves, et surtout les plus fragiles ! »
Pour comprendre le principe en images, un autre article du blog présente ce qu'est une Cogni'classe.
À quoi pense-t-il quand il parle de « formation incomplète » ?
Jean-Luc Berthier avance que le seul objectif d'acquérir des savoirs et des compétences de base ne suffit pas à construire un individu dans sa dimension personnelle et sociale. Il en donne des exemples simples, sous forme de questions : qui connaît les secrets d'une mémorisation efficace, les causes de l'oubli, les techniques de consolidation ? Pourquoi l'attention, mobilisée dans chaque acte quotidien, fait-elle si peu l'objet d'un entraînement ciblé ? Il évoque aussi l'esprit critique, les compétences psychosociales et la métacognition, que les programmes traitent peu. L'argument n'est pas de reprocher quoi que ce soit à l'école, mais de s'appuyer sur ce que les recherches en psychologie du développement permettent désormais de savoir : ces données fiables peuvent aider les éducateurs comme les parents à améliorer la formation des jeunes.
Questions fréquentes
Faut-il des élèves particuliers pour une Cogni'classe ?
Non. L'auteur précise qu'elle se compose d'élèves et d'enseignants « normaux », et qu'elle vise aussi à réduire les fractures et les difficultés scolaires.
Combien de temps de formation faut-il ?
Il parle d'un petit temps de formation, associé à de la curiosité, sans en donner la durée précise.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La classification complète des fonctions cognitives, du plus simple au plus complexe.
- Les exemples de lacunes que l'école laisse subsister dans la formation du futur adulte.
- Les cinq directions d'une Cogni'classe, avec leur justification.
- Les dispositifs de formation proposés aux enseignants, aux élèves et aux familles.
- Les trois constats de conclusion de l'auteur, après douze ans de développement.
N°24
n°24 · Profs inspirants : 30 méthodes qui marchent
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