Faut-il expliquer aux élèves ce qu'est l'attention ?
On demande sans cesse aux enfants d'être attentifs, sans leur dire ce que cela recouvre. Dans le n°23 d'Innovation en Éducation, la formatrice Nicole Bouin propose de commencer par là.
Tiré du magazine · n°23Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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Oui, et c'est sans doute l'un des gestes les plus utiles qu'un enseignant puisse faire. Dans le n°23 d'Innovation en Éducation, Nicole Bouin, formatrice diplômée en sciences de l'éducation et en psychologie cognitive, défend l'idée qu'un élève à qui l'on explique le fonctionnement de son attention apprend mieux, et se sent moins fautif quand elle lui échappe. Encore faut-il le faire avec des mots et des expériences à sa portée.
Pourquoi « sois attentif » ne suffit pas
Parents et enseignants demandent aux enfants de se concentrer, de ne pas se disperser, de rester sur leur exercice. Mais on prend rarement le temps de dire ce que recouvre cette demande. Nicole Bouin relève un paradoxe : beaucoup d'enseignants ont été de bons élèves, qui ont trouvé d'instinct leur manière d'apprendre. Ils ont donc rarement eu à décortiquer ce qui se passait dans leur tête, et peinent d'autant plus à le transmettre.
La définition scientifique existe pourtant, et elle fait consensus depuis le psychologue américain William James, à la fin du XIXe siècle : l'attention favorise certains réseaux de neurones et en met d'autres en retrait pour servir la tâche du moment. Précieuse pour l'adulte, cette définition ne parle pas à un enfant de 7 ans. L'autrice s'appuie alors sur le travail du neuroscientifique Jean-Philippe Lachaux, qui passe par le corps plutôt que par les mots : marcher sur une poutre en primaire, déplacer des billes sur un plateau sans rebord au collège. L'élève découvre lui-même qu'il doit regarder, écouter et sentir pour atteindre son but, et que la distraction fait partie de l'expérience.
« Le premier mérite des sciences cognitives est de déculpabiliser l'élève et l'enseignant. »
Ce que les élèves y gagnent
L'article s'appuie sur des recherches qui montrent qu'à l'école primaire déjà, les enfants initiés au fonctionnement de leur cerveau, et en particulier à l'idée qu'il se transforme avec l'entraînement, se montrent plus persévérants et plus motivés, avec de meilleurs résultats dans toutes les matières. Beaucoup pensaient leur intelligence fixée une fois pour toutes ; découvrir qu'elle se travaille change leur rapport à l'effort.
Du côté de l'enseignant, comprendre l'attention conduit à tenir compte de quelques contraintes biologiques au moment de préparer une séance. Nicole Bouin en retient trois, dont la durée pendant laquelle un élève peut soutenir une attention forte, qui varie avec l'âge et l'entraînement. Les deux autres, et la manière très concrète dont elle les traduit en classe, sont à lire dans le magazine.
Une attention au pluriel
Plutôt qu'une capacité unique, l'autrice décrit plusieurs étapes et plusieurs formes d'attention. L'une d'elles éclaire bien des malentendus scolaires : l'attention divisée. Mener deux activités de front n'est possible que si l'une des deux est devenue automatique. Or, jusqu'au collège, l'écriture reste coûteuse pour de nombreux élèves. Leur demander de copier tout en comprenant ce qu'ils entendent revient souvent à leur demander l'impossible, et leur décrochage n'a rien d'un manque de bonne volonté. La prise de notes, attendue parfois très tôt, en est l'exemple type ; un autre article du numéro s'intéresse d'ailleurs à l'écriture à la main.
Percevoir, puis évoquer
Le cœur de la démarche tient dans une distinction que peu de scientifiques abordent, note l'autrice : percevoir un objet présent n'est pas la même chose que le faire revenir dans sa tête une fois qu'il a disparu. Apprendre, c'est passer de l'un à l'autre. Quelques petites expériences, répétées sur deux semaines, suffisent à rendre ce passage sensible aux élèves. La définition de l'attention devient alors limpide :
« Être attentif, c'est mettre des mots et des images dans sa tête pour les retrouver quand on en aura besoin. »
Cette idée rejoint ce que Stanislas Dehaene, président du Conseil scientifique de l'Éducation nationale, appelle l'engagement actif : un élève n'apprend pas en étant simplement exposé à la parole de l'enseignant, il doit la traduire à sa façon. Pour le faire comprendre, l'article propose une métaphore de plage que les enfants retiennent volontiers.
Des retours qui entretiennent l'attention
Nicole Bouin consacre enfin une partie aux retours de l'enseignant. Des questions posées après l'exercice, sur la manière dont l'élève s'y est pris, l'habituent peu à peu à rester attentif d'un bout à l'autre de la tâche. Pour porter leurs fruits, ces retours doivent arriver vite, rester bienveillants et viser la démarche plutôt que l'enfant, y compris lorsqu'ils sont élogieux. L'autrice dit avoir assisté à de vrais déblocages chez des élèves à qui il manquait simplement qu'on leur explique comment faire.
Questions fréquentes
À partir de quel âge peut-on expliquer l'attention à un enfant ?
Dès l'école primaire, selon l'article, à condition de passer par des expériences vécues plutôt que par une définition. Les recherches citées par Nicole Bouin montrent des effets sur la persévérance et la motivation dès cet âge.
Pourquoi un élève n'arrive-t-il pas à écrire et à écouter en même temps ?
Parce que mener deux tâches de front suppose que l'une soit automatisée. Pour beaucoup de collégiens, l'écriture ne l'est pas encore et mobilise toute leur attention.
Est-il normal que l'attention d'un enfant décroche ?
Oui. Personne ne reste attentif longtemps sans relâcher l'effort. L'enjeu est d'apprendre à remarquer quand l'attention s'en va, et à la ramener au bon moment.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les trois contraintes biologiques à respecter dans une séance, et la façon de les signaler aux élèves.
- Les trois étapes de l'attention, de l'alerte à la supervision par les fonctions exécutives.
- Le rituel des « pauses évocatives », qui prend vingt secondes et aide à fixer les premières traces en mémoire.
- Les questions à poser à l'élève après un exercice, et les conditions d'un retour efficace.
- Les petites expériences qui font vivre aux élèves la différence entre percevoir et évoquer.
n°23 · Problème d’attention, le nouveau mal du siècle ?
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