Comment accompagner les talents d'un enfant sans le presser ?
Un talent est un don reçu et un travail accompli. Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, Jean-Marie Petitclerc, éducateur salésien, décrit la posture qui permet de l'accompagner sans l'étouffer.
Tiré du magazine · n°27Nos enfants ont du talent : aidons-les à le révéler !
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Un talent est à la fois un don reçu et le fruit du travail mené pour qu'il éclose. Pour Jean-Marie Petitclerc, éducateur salésien, le rôle du parent, de l'enseignant ou de l'éducateur ressemble à celui d'un jardinier : offrir le meilleur terrain, puis prendre soin de la croissance, avec humilité et persévérance, quelle que soit la météo.
Jean-Marie Petitclerc est salésien de Don Bosco, ingénieur de l'École Polytechnique et éducateur spécialisé. Il a dirigé pendant quarante-cinq ans des foyers d'action éducative et des équipes de prévention spécialisée, et coordonne aujourd'hui le réseau Don Bosco Action Sociale. Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, il part d'une conviction héritée de Don Bosco : chaque jeune est porteur de talents, et l'adulte a pour mission de les révéler.
Quelle posture adopter face à un enfant qui a un talent ?
D'abord un regard de bienveillance, car l'enfant a besoin d'expérimenter ses habiletés dans un cadre sûr : du respect, pas de moqueries, du temps pour essayer, des encouragements et le droit à l'erreur. L'adulte manifeste aussi de l'intérêt pour ce que l'enfant explore, avec délicatesse et sans devenir intrusif, surtout à l'adolescence.
L'auteur insiste sur la mémoire des réussites. Apprendre à l'enfant à se souvenir de ce qu'il a réussi l'aide à affronter la difficulté suivante. Cela ne signifie pas fermer les yeux sur les échecs : il cite Nelson Mandela, pour qui l'on réussit ou l'on apprend, et invite à relire les échecs pour en tirer des leçons en préservant l'estime de soi.
« Un talent, c'est à la fois un don reçu et le fruit du travail mené pour qu'il puisse éclore. »
Jusqu'où encourager un talent ?
La question se pose surtout à l'adolescence, quand l'orientation entre en jeu. L'auteur propose d'aider le jeune à choisir les domaines où il veut s'investir, puis à hiérarchiser ses priorités, en ajustant le talent aux autres activités, familiales et scolaires. Il met en garde contre une sorte d'« effet tunnel » et contre le surinvestissement des adultes, qui peut conduire l'enfant à n'être plus acteur de son talent. Il rappelle aussi de ne pas sacrifier la vie familiale au talent d'un seul membre de la fratrie. Le magazine développe ces repères.
Une fragilité peut-elle cacher un talent ?
C'est l'une des idées les plus originales de l'article. Difficulté de concentration, émotions difficiles à maîtriser, agitation : ces fragilités sont souvent perçues comme des obstacles. Jean-Marie Petitclerc se demande si elles ne sont pas aussi un lieu d'émergence possible de talents insoupçonnés. Il rappelle la fable Le Chêne et le Roseau : le roseau, chétif, développe une souplesse qui le sauve le jour de la tempête.
Le risque, selon lui, est de nier la fragilité de l'enfant. Il invite plutôt à l'aider à « habiter sa fragilité », ce qui le rend plus sensible à celle d'autrui, source possible d'épanouissement.
À quoi servent les talents ?
Pas seulement à briller. L'auteur considère le talent comme un don gratuit, que l'enfant n'a rien fait pour recevoir et qui est donné pour être partagé. En partageant, l'enfant reçoit de la joie en retour, et apprend à reconnaître les talents des autres, sans comparaison ni jalousie.
« C'est mutuellement qu'on apprend à découvrir, à développer et à partager ses talents. »
Et à l'adolescence, comment trouver le bon équilibre ?
Jean-Marie Petitclerc pose des questions plutôt qu'il ne donne des recettes : faut-il pousser un adolescent au maximum dans une voie, lui poser des limites, ou lui ouvrir de nouvelles fenêtres sur l'avenir ? Sa réponse passe par le dialogue entre parents et enfant, qui permet de séparer l'essentiel du secondaire et de dépasser un peu la zone de confort. Il suggère aussi que le jeune partage ce qu'il aime : transmettre à ses proches les rudiments de son talent, et inviter la famille à ses temps forts, des remises de prix aux concerts de fin d'année, évite que la passion ne l'isole.
Questions fréquentes
Faut-il pousser un adolescent doué au maximum dans sa voie ?
L'auteur invite plutôt à l'aider à choisir ses priorités, à ajuster son talent aux autres activités et à garder de la motivation pour le reste, sans surinvestissement des adultes.
Les fragilités d'un enfant empêchent-elles ses talents de se développer ?
Pas nécessairement. Jean-Marie Petitclerc y voit parfois un lieu d'émergence de talents inattendus, à condition d'aider l'enfant à les reconnaître.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les composantes détaillées du cadre bienveillant qui permet à l'enfant d'essayer.
- Les repères pour fixer des priorités à un adolescent et éviter l'« effet tunnel ».
- Le passage sur les fragilités, avec la fable du chêne et du roseau.
- Les pistes pour transformer ses talents en dons à partager.
