Tous les enfants ont-ils des talents ? Le regard de Caroline Sost
Pour Caroline Sost, fondatrice de Living School, tous les enfants ont des talents, mais encore faut-il que le regard des adultes les laisse apparaître. Elle s'en explique dans le n°27 d'Innovation en Éducation.
Tiré du magazine · n°27Nos enfants ont du talent : aidons-les à le révéler !
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Tous les enfants ont des talents : c'est la conclusion que Caroline Sost tire de dix-huit ans d'expérience dans l'éducation. Mais un talent ne se déploie que si l'enfant se sait reconnu. Son article défend un regard porté sur le potentiel plutôt que sur les manques, et rappelle que ce que l'adulte est compte plus que ce qu'il dit.
Caroline Sost a créé Living School en 2007, école et collège écocitoyens à Paris, sur la base de l'approche du Leadership Éthique. Ancienne responsable des ressources humaines, elle forme aujourd'hui des parents et des professionnels de l'éducation, et a publié S'épanouir à l'école (Robert Laffont, 2018). Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, elle part de trois histoires d'élèves : une fille fâchée avec les maths, puis à l'aise devant 300 personnes ; un élève en situation de handicap qui a appris à lire ; un garçon qui avoue s'être longtemps « planqué ».
Pourquoi voit-on plus facilement les manques que les talents ?
L'autrice parle d'une « contre-culture » : dans la société, les écoles et les familles, réussir est jugé normal, et l'attention se porte sur ce qui ne va pas, sur ce qu'il faut améliorer. Elle appelle à reconnaître d'abord le potentiel de chacun, un potentiel global qui concerne le corps, le cœur, la tête et la créativité, pas seulement l'intelligence.
« Tous les enfants, TOUS, ont des talents. »
Elle présente un premier outil, le « cahier de réussites » : célébrer chaque semaine, ensemble, ce que l'on a réussi, y compris dans le savoir-être. Un second, le ballon des compliments, se joue en cercle en famille ou en classe. Le magazine en explique le déroulement.
Que change le non-jugement ?
Le non-jugement, c'est poser un constat objectif au lieu de condamner. Plutôt que de dire à un enfant « Ce que tu es lent ! », on décrit la situation : « Cette semaine, par trois fois, tu n'as pas terminé ton travail dans les temps ». L'autrice invite à se méfier des étiquettes (« agité », « timide », « maladroit ») qui enferment l'enfant et limitent son évolution.
Elle rappelle aussi que beaucoup d'enfants entendent, sans mauvaise intention, des injonctions, des comparaisons ou des croyances limitantes, parce qu'aucun parent n'est parfait. Répétées, ces phrases finissent par ternir l'image qu'ils ont d'eux-mêmes, mais le potentiel, lui, ne disparaît pas.
Que faire quand l'enfant n'accepte pas les compliments ?
C'est l'histoire la plus parlante de l'article. Un garçon de 6 ans, vif et habile, refuse les encouragements : il baisse les yeux, exige de réussir seul les choses difficiles et se met en colère quand il échoue. Son père, qui le félicite sans cesse, ne comprend pas. En l'interrogeant avec douceur, l'autrice découvre que ce père est lui-même très exigeant avec lui-même et qu'il s'est approché du burn-out.
Son message au père est dit sans reproche : ce qui compte pour l'enfant, ce n'est pas ce qu'on lui dit, c'est ce que l'on est et ce que l'on fait. L'enfant perçoit l'exigence de perfection de son parent et se l'applique.
« Plus vous accepterez de faire des erreurs, plus votre enfant acceptera d'en faire. »
Le texte ne vise pas à culpabiliser les parents : il invite chacun, adulte compris, à renforcer sa confiance et sa bonne image de soi. L'autrice cite Albert Schweitzer pour qui l'exemplarité est le seul moyen d'influencer.
Le non-jugement change-t-il vraiment quelque chose ?
L'autrice répond par l'exemple de Tonino, arrivé à Living School en quatrième. Dès son premier bilan, il écrit que le non-jugement change la vie. Il s'est senti accueilli tel qu'il était, avec ses qualités et ses défauts, et en sécurité. Il a reconnu qu'avant, il avait tendance à jouer petit pour ne pas se faire remarquer. Il ose désormais se lancer, et dit progresser dans tous les domaines de son potentiel. Caroline Sost en tire que le travail sur le regard porte ses fruits vite, à condition de voir vraiment l'enfant dans son potentiel.
Questions fréquentes
Que signifie « non-jugement » pour un parent ou un enseignant ?
C'est décrire un fait précis plutôt que porter un verdict sur l'enfant, et éviter les étiquettes qui l'enferment.
Pourquoi un enfant refuse-t-il parfois les compliments ?
Selon l'autrice, cela peut révéler un manque de confiance en soi et une forte exigence envers lui-même, souvent en miroir de celle de l'adulte.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le cahier de réussites et le ballon des compliments, avec leur déroulement pas à pas.
- La liste des injonctions, jugements et croyances limitantes qui altèrent l'image qu'un enfant a de lui-même.
- L'échange complet entre l'autrice et le père d'élève, avec les questions qu'elle lui pose.
- La présentation de Living School et le lien vers son kit de valorisation.
