Peur d'échouer, mais aussi peur de réussir : comment aider son enfant ?
Certains enfants s'interdisent d'essayer, d'autres ralentissent dès que ça marche. Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, Stéphanie Damou-Sabry éclaire ces deux peurs et la façon de les accueillir.
Tiré du magazine · n°27Nos enfants ont du talent : aidons-les à le révéler !
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Un enfant qui n'ose pas essayer par peur d'échouer, c'est un cas familier. Mais Stéphanie Damou-Sabry attire aussi l'attention sur son envers, plus discret : la peur de réussir, qui pousse certains jeunes à ralentir dès que tout va bien. Pour la coach, les deux relèvent d'émotions puissantes qu'on peut apprivoiser, à condition d'accueillir l'enfant sans minimiser ni dramatiser.
Stéphanie Damou-Sabry est coach en développement personnel et professionnel, enseignante dans le supérieur et formatrice des personnels de l'Éducation. Elle est l'autrice de Vaincre la peur de l'échec (Hatier). Dans le n°27 d'Innovation en Éducation, elle s'adresse aux parents dont l'enfant doute de lui ou s'interdit de rêver.
Que dire à un enfant qui panique avant une épreuve ?
L'autrice prend l'exemple de Lucas, 9 ans, qui panique avant chaque dictée. Le réflexe est de le rassurer : « Ne t'inquiète pas, tu vas y arriver ! » Or, selon elle, cela peut ajouter de la pression et laisser l'enfant sans outil concret. Elle propose d'accueillir l'émotion en la reformulant : « Je vois que tu es inquiet. Tu as peur de ne pas réussir ? »
Le magazine détaille plusieurs pistes pour cet accueil, de l'écoute active aux exercices de respiration. L'idée de fond est qu'une peur peut devenir un moteur d'action quand elle est entendue plutôt qu'écartée.
La peur de réussir existe-t-elle vraiment ?
Oui, et elle est souvent plus sournoise que celle d'échouer.
« Si la peur de l'échec est visible, la peur de réussir est souvent plus sournoise, mais tout aussi présente. »
L'exemple est celui de Maxime, 16 ans, excellent en mathématiques. Dès qu'il obtient de très bons résultats, il réduit ses efforts et ses notes chutent : il redoute d'être perçu comme un « intello » et d'être rejeté par ses amis. L'autrice décrit quatre raisons principales qui peuvent pousser un jeune à freiner sa propre progression, parmi lesquelles le sentiment d'imposture, c'est-à-dire la crainte d'être « démasqué », et un conflit de loyauté envers sa famille. Chacune est illustrée dans le magazine par une situation concrète.
Elle ne cherche pas à corriger l'enfant. Elle invite à mettre en lumière la peur cachée derrière l'auto-sabotage, et à rappeler qu'il sera accepté et aimé, qu'il réussisse ou non.
Comment rendre un enfant plus acteur de son parcours ?
L'exemple de Clara, 14 ans, qui rêve de jouer du piano mais n'ose pas s'inscrire à un concours, est le plus parlant. Ses parents évitent le « Vas-y, tu es la meilleure ! » et l'aident à construire son propre chemin, en commençant par jouer devant quelques amis, puis lors d'une audition informelle, avant de se décider pour le concours.
« Un enfant qui comprend qu'il a du pouvoir sur son parcours devient plus confiant et moins sujet au syndrome de l'imposteur. »
Elle ajoute que valoriser l'effort plutôt que le résultat et dédramatiser l'erreur, comme étape normale de l'apprentissage, aident l'enfant à persévérer. Elle consacre aussi un passage aux parents qui n'ont pas la même vision de l'échec, l'un plus exigeant, l'autre plus attentif au bien-être : leurs différences sont naturelles, et l'important est que l'enfant ne se sente pas pris entre deux messages.
Comment aider un enfant à relativiser l'échec ?
L'autrice insiste sur le recul. Quand Emma, 12 ans, passionnée de dessin, refuse un concours par peur de ne pas être à la hauteur, ses parents lui montrent des témoignages d'artistes expliquant comment leurs erreurs les ont fait progresser. Ils peuvent aussi parler de Thomas Edison, qui aurait essayé environ six mille filaments avant d'inventer l'ampoule. Pour Léo, 11 ans, découragé à la guitare, ses parents choisissent la régularité : quinze minutes par jour et un petit bilan chaque semaine. Le but est que l'enfant voie lui-même ses progrès, plutôt que de les entendre dire.
Questions fréquentes
Faut-il toujours rassurer un enfant qui a peur d'échouer ?
Pas à tout prix, selon l'autrice. Rassurer trop vite peut banaliser son ressenti ; l'écouter, reformuler et l'aider à nommer son émotion lui donne plus de moyens d'agir.
Un enfant peut-il avoir peur de réussir ?
Oui. Cette peur est plus discrète, et peut conduire à des comportements d'auto-sabotage, par peur d'être rejeté, de changer d'environnement ou de décevoir.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les pistes pour accueillir les émotions : écoute active, mots sur les ressentis, journal des émotions, exercices de respiration.
- Les leviers pour dédramatiser l'erreur et encourager la persévérance, avec l'exemple d'un enfant guitariste.
- Les quatre raisons de l'auto-sabotage, chacune avec son cas concret, et les pistes pour y répondre.
- Les conseils pour que les parents harmonisent leur posture face à l'échec et à la réussite.
