Le stress de l'enfant est-il forcément un ennemi ?
On cherche souvent à faire taire le stress, le sien comme celui de ses enfants. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, la psychologue Catherine Schwennicke propose de l'écouter comme un message.
Tiré du magazine · n°26Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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Le stress n'est pas seulement un mal à éliminer : c'est un signal, comparable à la douleur physique, qui indique un décalage entre ce que nous attendions et ce qui arrive. C'est la proposition de la psychologue Catherine Schwennicke. Pour aider un enfant stressé, l'adulte commence par repérer et apaiser son propre stress, puis il accompagne l'enfant en tenant compte de la forme que prend le sien.
Psychologue, psychothérapeute et formatrice, Catherine Schwennicke est spécialiste de l'approche neurocognitive et comportementale (ANC), développée par Jacques Fradin. Elle a cofondé en Belgique le programme Savoir-être à l'école et publié notamment Parent zen. Dans le n°26 d'Innovation en Éducation, elle signe l'un des articles les plus complets du numéro sur une question que parents et enseignants se posent tous : que faire du stress, le leur et celui des enfants ?
D'où vient le stress, s'il n'y a plus de prédateur ?
L'autrice part d'un rappel. Le stress est une réaction de survie, décrite par le chercheur Henri Laborit sous trois formes : fuir, lutter ou se figer. Or la plupart de nos stress quotidiens ne répondent à aucun danger physique. Notre cerveau réagit de la même façon à une pensée, à une croyance, à une attente déçue. C'est ce que l'ANC appelle le stress cognitif.
Selon cette approche, le stress ne serait vraiment adapté que dans une petite minorité de situations, celles où notre vie est en jeu. Le reste du temps, il signale autre chose.
« Le stress fonctionne comme la douleur physique : il signale un déséquilibre et nous invite à ajuster notre comportement. »
L'idée change beaucoup de choses dans l'éducation. Nous avons souvent appris, enfants, à faire taire nos émotions désagréables, et nous reproduisons parfois ces phrases avec nos propres enfants. L'autrice propose plutôt de les écouter, parce qu'elles disent quelque chose de ce qui compte pour nous.
Pourquoi le même désordre énerve-t-il un parent et pas l'autre ?
L'exemple qui traverse l'article est familier : la chambre en désordre. Un parent s'agace, un autre ne remarque presque rien. La différence ne tient pas au désordre, mais à ce que l'ANC appelle la stressabilité, notre vulnérabilité personnelle à un déclencheur donné. L'approche la résume par une équation simple, où le stress dépend à la fois du déclencheur et de cette sensibilité propre.
La bonne nouvelle, c'est que si l'on ne peut pas toujours éviter les déclencheurs, on peut apprendre à être moins vulnérable. Cette capacité suppose une certaine maturité cérébrale : elle se construit pendant toute l'enfance et l'adolescence, et continue de se travailler à l'âge adulte. L'article décrit les différents modes de fonctionnement du cerveau que distingue l'ANC, dont l'un, qui permet le recul et la nuance, n'arrive à maturité que vers vingt-cinq ans. Le magazine présente aussi l'outil mnémotechnique qui en résume les qualités.
Par où commencer quand l'enfant est stressé ?
Par soi. C'est le message central, et il est formulé sans culpabiliser : l'adulte n'est pas fautif d'être stressé, il a simplement intérêt à s'en apercevoir avant d'intervenir. L'article cite une formule de Jacques Fradin selon laquelle on ne parle qu'en présence de son calme.
« Un adulte stressé ne peut pas aider un enfant stressé. »
L'autrice détaille trois étapes, de l'observation de ses propres sensations jusqu'au retour au calme, avec des outils pour le moment même et d'autres à cultiver en dehors des crises. Parmi eux, un exercice de pensées alternatives, et un autre pour sortir d'une vision binaire où l'échec serait entièrement mauvais et la réussite entièrement bonne. Le magazine en donne le contenu complet.
Cette idée de commencer par son propre calme rejoint celle de Laura Pionnier, qui propose de mieux comprendre le dialogue entre le cœur et le cerveau.
Chaque stress appelle-t-il la même réponse ?
Non, et c'est l'apport le plus concret de l'article. Un enfant qui fuit, un enfant qui s'oppose et un enfant qui s'effondre ne vivent pas la même chose, et ne s'apaisent pas de la même manière. Un encadré du magazine décrit, pour chacun de ces trois états, les signes qui permettent de le reconnaître, les attitudes qui l'aggravent et celles qui l'apaisent. Pour l'enfant en lutte, par exemple, l'autrice conseille d'écouter jusqu'au bout et de lui reconnaître ce sur quoi il a raison, plutôt que d'ordonner le calme.
En toile de fond, une conviction : apprendre à gérer son stress peut s'enseigner aux enfants, comme on leur apprend à lire.
Questions fréquentes
Le stress est-il mauvais pour l'enfant ?
Pas en soi, selon Catherine Schwennicke. Il signale un décalage entre une attente et la réalité. C'est le stress chronique, qui s'installe, qui peut poser problème.
Comment calmer un enfant stressé ?
L'article recommande de retrouver d'abord son propre calme, puis d'adapter son attitude au type de stress de l'enfant : fuite, lutte ou abattement.
Peut-on apprendre à être moins stressé ?
Oui. L'approche neurocognitive et comportementale parle de stressabilité : une sensibilité personnelle qui peut diminuer avec l'entraînement, à tout âge.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le tableau des trois formes de stress et des émotions qui accompagnent chacune.
- Les gouvernances cérébrales de l'ANC et l'outil qui résume l'état d'esprit adaptatif.
- Les trois étapes pour repérer et apaiser son propre stress, avec les questions à se poser.
- La liste des pensées alternatives et l'exercice pour sortir de la pensée binaire.
- L'encadré pratique pour aider un enfant selon son type de stress : signes visibles, attitudes à éviter, attitudes apaisantes.
n°26 · Mais qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?
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