Nos émotions de parents influencent-elles la façon dont l'enfant s'adapte ?
Avant un déménagement ou une rentrée, les parents s'inquiètent aussi. Dans le n°33 d'Innovation en Éducation, la psychologue Bénédicte Sillon explique ce que l'enfant perçoit de nos émotions, et pourquoi les dire avec justesse l'aide à s'adapter.
Tiré du magazine · n°33Les enfants face aux étapes de la vie
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Un enfant n'a pas besoin de mots pour savoir ce que ressent un adulte. Selon la psychologue clinicienne Bénédicte Sillon, c'est même l'une de ses premières compétences : il perçoit nos émotions par le corps, la voix, le rythme. Face à un changement, ce qu'il reçoit de nous compte donc autant que ce que nous lui disons, et l'authenticité de l'adulte est l'une des clés qui le rassurent.
Bénédicte Sillon exerce depuis vingt-cinq ans auprès d'adultes, enseigne et réalise des missions d'expertise. Formée aux thérapies du trauma, elle travaille sur l'attachement. Dans le n°33 d'Innovation en Éducation, elle s'adresse aux parents et aux enseignants qui accompagnent un enfant à travers un changement d'école, l'arrivée d'un frère ou d'une sœur, un déménagement.
L'enfant perçoit-il vraiment ce que nous ressentons ?
Oui, et bien plus qu'on ne le croit. Le tout-petit arrive au monde « tous sens ouverts » : il n'a pas encore les mots, mais il perçoit l'intonation, les micro-mouvements, le débit de la parole. L'autrice rappelle que la zone du cerveau qui aide à réguler les émotions n'achève sa maturation que vers vingt-cinq ans. Pendant toute l'enfance, les émotions de l'adulte servent donc de point d'appui à celles de l'enfant.
« Ainsi, l'enfant est-il une éponge émotionnelle des ressentis de l'adulte, ces derniers sont même le substrat de sa construction. »
Inutile, donc, de vouloir cacher nos inquiétudes : les enfants le font remarquer, avec cette franchise qui désarme, quand leurs parents disent l'inverse de ce qu'ils éprouvent. Cela ne veut pas dire qu'il faut être parfaitement serein, ce qui n'arrive à personne. Cela invite plutôt à ne pas se mentir à soi-même.
Pourquoi nos propres souvenirs entrent-ils dans la chambre de l'enfant ?
C'est le deuxième volet de l'article, le plus surprenant. Nous croyons agir librement vis-à-vis de notre histoire, mais notre passé continue de guider nos réactions, y compris quand nous faisons « exactement l'inverse » de ce que nous avons vécu. Un exemple illustre le propos : celui qui a déménagé huit fois enfant peut en faire une force (« les voyages forment la jeunesse ») et risquer de mal comprendre l'enfant qui aime rester au même endroit. Un autre, qui a manqué de racines, peut organiser sa vie autour de la stabilité et se sentir abandonné par l'enfant qui rêve d'explorer.
L'autrice ne juge aucun de ces cas. Elle propose des repères pour reconnaître une réaction qui vient du passé plutôt que de la situation présente, et mentionne que cette trace n'est pas définitive, puisque le vivant reste modifiable. L'article en détaille les signes ainsi que les approches qui permettent d'avancer.
Que dire à un enfant quand soi-même on s'inquiète ?
Bénédicte Sillon répond sans détour : l'adulte qui veut aider l'enfant commence par s'accorder à lui-même. Il peut ressentir ses émotions, les nommer et les mettre à distance pour laisser de la place à celles de l'enfant. L'autrice raconte l'échange avec une mère qui s'inquiète d'un déménagement et pense qu'elle ne peut pas avouer son inquiétude à sa fille de 6 ans. Sa réponse est que si, à condition de dire aussi ce que l'on sait, ce qui rassure, et de ne pas faire porter ses émotions à l'enfant.
« C'est donc en mobilisant ses ressources internes d'empathie, de sécurité, de créativité mais aussi externes […] que l'adulte sécurise l'enfant, notamment lors des changements. »
Accepter les réactions négatives de l'enfant (« je déteste déjà là où on va ») fait partie de la démarche. Ce sont des vagues, écrit-elle, qui passeront si on les surfe tranquillement.
Questions fréquentes
Faut-il cacher ses inquiétudes à son enfant ?
Selon Bénédicte Sillon, ce n'est ni possible ni souhaitable : l'enfant perçoit le non-verbal. Mieux vaut nommer ce que l'on ressent, avec mesure, sans lui en faire porter le poids.
Mon passé influence-t-il vraiment mes réactions de parent ?
L'autrice le pense, surtout quand une émotion est sans rapport avec la situation. Cette trace n'est pas définitive : l'article présente des pistes pour la transformer.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les signes qui permettent de reconnaître une réaction « venue du passé » chez soi.
- Les deux exemples de parcours (huit déménagements, ou un manque de racines) et leurs effets possibles sur l'éducation.
- Le dialogue complet avec la mère inquiète du déménagement et les phrases que l'autrice suggère.
- Les approches thérapeutiques citées pour intégrer son passé.
- Le portrait de la psychologue et son site.
n°33 · Les enfants face aux étapes de la vie
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