Comment un père a-t-il appris à ne plus crier ni lever la main sur ses enfants ?
Cris, menaces, parfois une fessée : Basile de Latrie, père de trois enfants, raconte dans le n°13 d'Innovation en Éducation comment il a décidé de mettre fin à ses accès de colère, avec l'aide d'un carnet et d'un thérapeute.
Tiré du magazine · n°13Suis-je parfois un parent "toxique" ?
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C'est un texte rare, parce qu'il est écrit à la première personne par un père qui ne s'épargne pas. Basile de Latrie y raconte, sous la forme d'un carnet de bord, ce qu'il appelle sa colère explosive, « le syndrome de la cocotte minute » : celle d'un parent qui, n'en pouvant plus d'impuissance, pressurisé par ses responsabilités et hanté par ses atavismes, lâche ses nerfs sur ses enfants dans les cris, les menaces et parfois les coups.
À la rentrée de septembre, après un énième « pétage de plombs », il décide que ces accès de rage ne commanderont plus dans sa maison. Guidé par un thérapeute, il voyage dans son histoire et cherche des solutions « pour l'amour de [ses] trois enfants ». Dans le n°13 d'Innovation en Éducation, la rubrique « Bonnes nouvelles ! » en publie des morceaux choisis.
Qu'est-ce qui déclenche la prise de conscience ?
Un micro-événement, à table. Il lève la main pour se recoiffer, et son deuxième fils porte aussitôt les siennes à sa tête, dans un réflexe, comme si une gifle allait tomber. Cela lui brise le cœur : serait-il devenu le père dont on redoute les coups ? C'est de là que naît une résolution ferme, qui prend appui sur un poème de Khalil Gibran sur les enfants qui ne nous appartiennent pas.
« Cette colère, c'est la mienne. Une colère explosive, plus communément appelée "le syndrome de la cocotte minute". »
Le carnet n'esquive rien. Il décrit les soirées où tout bascule : le « non » de trop au coucher, la peur dans les yeux des enfants, puis la honte et le remords, dans une boucle sans fin. Il évoque aussi, sans fard, le contexte numérique d'un quotidien où l'on est habitué à l'obéissance parfaite de ses outils. Un jour, un collègue lui fait l'éloge de la fessée : il lui répond sincèrement qu'il n'y croit plus, persuadé, d'expérience, qu'aucun des gestes violents qu'il a eus n'a porté de bons fruits, ni pour ses enfants ni pour lui.
Pourquoi chercher de l'aide du côté de son propre passé ?
Dès la première séance, la psychologue qu'il consulte n'est pas surprise d'apprendre qu'il a connu des épisodes violents avec son propre père. Elle lui parle d'épigénétique, c'est-à-dire de la façon dont les expériences laissent une empreinte dans le corps, et lui rappelle que l'on peut aussi, en adoptant durablement de nouveaux comportements, agir dans l'autre sens. Elle l'aide à repérer comment il est lui-même dur envers lui-même, et à débusquer certaines phrases qu'il avait intégrées comme des vérités. L'une d'elles, un dicton de son père, lui revient en pleine séance : « Les chiens ne font pas des chats ». Il réalise à quel point cette parole répétée lui a fait croire qu'il était condamné à agir comme son père, et voit dans le fait d'y renoncer la promesse d'une véritable libération.
Ces échanges ne sont pas résumés dans le blog : le magazine en livre le détail, avec les résolutions prises au fil des jours. Le lien avec l'héritage reçu rejoint ce que décrit un article du blog sur le poids de l'éducation reçue.
Que s'est-il passé derrière l'explosion ?
L'auteur en tire une compréhension qui peut aider d'autres parents. Les épisodes violents surviennent, écrit-il, dans un réflexe de survie, combattre ou fuir, face à des états d'impuissance qui lui paraissent intolérables.
« J'ai compris que les épisodes violents surviennent en fait dans un réflexe de survie (combattre ou fuir) face à ces états d'impuissance qui me paraissent intolérables. »
Dès lors, il guette ces moments d'impuissance pour les apprivoiser. Une première victoire est modeste : un soir où tous les ingrédients de l'explosion étaient réunis, il a quitté la maison plutôt que de céder. Le carnet s'achève sur une autre soirée, où il trouve une issue que l'on n'attendait pas, et que le magazine laisse au lecteur le plaisir de découvrir.
Ce récit n'est ni un mode d'emploi ni une leçon : c'est un témoignage, avec ses rechutes et ses éclaircies, qui dit surtout qu'un parent peut changer, et qu'il n'est pas seul à lutter.
Questions fréquentes
Un parent qui crie ou frappe peut-il changer ?
Le témoignage de Basile de Latrie montre qu'un parent peut décider d'arrêter et s'y employer, notamment en cherchant l'aide d'un thérapeute et en comprenant d'où viennent ses accès de colère.
Pourquoi un parent perd-il son sang-froid ?
Pour l'auteur, les épisodes violents répondent à un réflexe de survie face à un sentiment d'impuissance. Repérer ces moments aide à ne pas se laisser emporter.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Le carnet de bord, daté et écrit à la première personne, avec ses rechutes et ses éclaircies.
- Les séances avec la psychologue et les phrases héritées de l'enfance.
- La soirée où l'auteur quitte la maison plutôt que de frapper.
- La réflexion sur l'impuissance, et le lien qu'il fait avec les écrans.
- La soirée finale, où il trouve une issue inattendue.
