Les enfants ultrasensibles sont-ils plus anxieux que les autres ?
On associe souvent la haute sensibilité à l'anxiété. Dans le n°25 d'Innovation en Éducation, le docteur en psychologie clinique Saverio Tomasella répond sans détour, et nuance.
Un enfant qui pleure vite, que les bruits dérangent, qui sent l'ambiance d'une pièce avant d'y avoir posé le pied : on l'appelle souvent ultrasensible, et l'on s'attend à ce qu'il soit anxieux. Saverio Tomasella, docteur en psychologie clinique, psychanalyste et fondateur de l'Observatoire de la sensibilité, répond à cette idée reçue dans le n°25 d'Innovation en Éducation.
L'ultrasensibilité prédispose-t-elle à l'anxiété ?
La réponse de l'auteur est franche : non. Les enfants très sensibles peuvent être plus sujets à l'anxiété que d'autres, mais ce n'est pas systématique, et certains ne sont pas anxieux du tout.
« […] non, les enfants ultrasensibles ne sont pas davantage prédisposés à l'anxiété. »
La haute sensibilité est un tempérament, non une maladie. Il n'y a donc pas de symptômes ni de diagnostic, et l'article insiste sur une nuance : elle ne doit pas être confondue avec l'hypersensibilité, qui est un trouble médical. Il n'y a pas non plus de portrait-type : l'enfant peut être émotif, perturbé par les bruits, les lumières ou les atmosphères, ou au contraire peu enclin à exprimer ce qu'il ressent, sans en ressentir moins. Filles et garçons sont aussi nombreux. Le texte décrit six grandes caractéristiques de ce tempérament, de l'attention portée aux détails à une saturation rapide quand il y a trop de stimulations.
Qu'est-ce qui fait basculer vers l'anxiété ?
L'environnement, selon l'auteur. Il s'appuie sur la notion de susceptibilité différentielle, ou sensibilité avantageuse : l'enfant très sensible est très réceptif à la qualité des soins qu'il reçoit. Dans un cadre encourageant et bienveillant, il en tire beaucoup plus de bénéfices qu'un autre : santé, relations, résultats scolaires. Dans un environnement de stress, d'absence ou de négligence, il aura davantage tendance à être anxieux, et cette anxiété peut s'installer.
La sensibilité n'est donc pas, en soi, un facteur de fragilité. Bien accompagnée, elle peut être une richesse : ces enfants sont souvent intuitifs, créatifs, empathiques, capables de nouer de fortes relations.
Comment aider un enfant anxieux à se libérer de son anxiété ?
L'auteur fait un détour par la théorie polyvagale : l'anxiété, l'agitation, la nervosité y sont lues comme le signe d'une fuite impossible. L'enfant voudrait quitter un environnement qui ne lui convient pas, et il ne le peut pas.
« L'anxiété, l'agitation, la nervosité sont un signe de fuite impossible. »
Que faire, alors ? D'abord observer à quoi l'enfant réagit, et surtout l'écouter, puis lui ouvrir un nouveau choix. Le geste le plus simple tient en une phrase d'attention : dire à l'enfant ce que l'on perçoit, par exemple qu'il semble se faire du souci. L'enfant sent alors qu'il a un allié, ce qui calme son système nerveux. L'article décrit comment cette écoute attentive, sans jugement, permet de sortir de la menace pour retrouver la confiance.
Le texte ne s'adresse pas qu'aux parents : il vaut aussi pour l'enseignant, qui reçoit en classe des enfants que le bruit, la lumière ou l'agitation saturent vite. Avoir en tête que cette saturation n'est ni un caprice ni un manque de volonté change déjà le regard que l'on porte sur eux.
Un message ressort particulièrement, valable pour les parents comme pour les enseignants.
« Le plus important est de prendre le temps. »
Prétendre ne pas avoir le temps ne fait que renforcer l'anxiété. Et le texte le rappelle dans un encadré : l'anxiété n'est pas un processus conscient, on ne peut donc pas reprocher à un enfant d'être anxieux, comme s'il le faisait exprès.
Questions fréquentes
Un enfant ultrasensible est-il forcément anxieux ?
Non. Selon Saverio Tomasella, la haute sensibilité est un tempérament qui ne prédispose pas à l'anxiété. C'est la qualité de l'environnement qui compte le plus.
Haute sensibilité et hypersensibilité, est-ce la même chose ?
Non. La haute sensibilité est un tempérament, tandis que l'hypersensibilité, selon l'auteur, désigne un trouble médical que l'on trouve par exemple dans les allergies ou l'asthme.
Comment réagir quand un enfant sensible s'angoisse ?
L'auteur conseille de l'observer et de l'écouter pour comprendre ce qui l'inquiète, puis de chercher ensemble ce qui peut aider, sans le forcer.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les six grandes caractéristiques de la sensibilité élevée, expliquées une à une.
- L'encadré qui distingue haute sensibilité et hypersensibilité.
- Le détail de la sensibilité avantageuse et de ses effets selon l'environnement.
- Les explications de la théorie polyvagale appliquées à l'accompagnement d'un enfant.
- L'encadré « Pas exprès ! » sur le caractère involontaire de l'anxiété.
N°25
n°25 · Santé mentale : tous anxieux ?
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