L'éducation qu'on a reçue pèse-t-elle sur notre façon d'être parent ?
Des parents informés, de bonne volonté, qui crient quand même et s'en veulent. Pour l'éducatrice spécialisée Eve-Marie Lemieux-Maillé, la réponse commence souvent dans leur propre enfance.
Tiré du magazine · n°20Éducation positive : ça va trop loin ?
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Pourquoi tant de parents qui connaissent les principes de la parentalité positive n'arrivent-ils pas à les appliquer comme ils le voudraient ? Eve-Marie Lemieux-Maillé, éducatrice spécialisée de formation, accompagne aujourd'hui uniquement des parents, après avoir constaté qu'en travaillant avec les seuls enfants elle avait souvent l'impression de « patcher ». Dans le n°20 d'Innovation en Éducation, elle avance une hypothèse : ces difficultés ont souvent à voir avec l'éducation que les parents ont eux-mêmes reçue, trop sévère ou, au contraire, trop laxiste.
Pourquoi des parents bien informés « craquent »-ils ?
L'autrice décrit des parents qui lisent, s'informent, cherchent des outils, et qui connaissent les conséquences possibles de leurs réactions. Mais, étant humains, ils vivent des situations qui les « déclenchent » : l'émotion l'emporte sur la raison, ils crient, menacent, flanchent, sont incohérents, ou trop fermes. Cela produit un sentiment d'impuissance, et beaucoup de culpabilité.
Elle observe que cette culpabilité s'appuie souvent sur une croyance fausse, celle qu'il faudrait être positif et bienveillant « toujours ». Or l'approche suggère plutôt d'adopter ces attitudes la majorité du temps, avec la possibilité de réparer quand il y a des écarts. C'est ce que font, sans le savoir, nombre de parents qui se jugent en échec.
« Ce sont les extrêmes qui provoquent le plus de conséquences négatives. »
Le cadre de la parentalité positive est-il flou ?
C'est l'un de ses constats : beaucoup de parents ne savent pas à partir de quand c'est « assez ». Quel pourcentage d'écarts peut-on se permettre ? Les écarts créent-ils des traumas ? Et que se passe-t-il si l'on ne parvient pas à réparer ? Ces questions, qu'elle rapporte des familles qu'elle suit, montrent à quel point la barre est parfois placée trop haut.
L'autrice rapporte aussi des questions de mères qui touchent un point sensible : jouer à un jeu qui nous ennuie parce que l'enfant le demande, ou répondre à son besoin de proximité alors qu'on a soi-même besoin d'espace. Faut-il choisir entre être bienveillant avec son enfant et l'être avec soi-même ? Elle y voit la peur d'être égoïste, et une tendance à trop intellectualiser, qui conduit à une « parentalité de performance ».
Comment notre propre enfance s'invite-t-elle ?
Le raisonnement d'Eve-Marie Lemieux-Maillé part d'un fait : les parents cherchent généralement deux choses, éviter la souffrance et être de bons parents. Elle n'a jamais rencontré, dit-elle, un parent qui voulait faire moins bien que les siens.
« Je n'ai jamais croisé un parent qui voulait faire "moins bien" que ses parents ! »
Plus la souffrance vécue enfant a été grande, qu'elle vienne d'une éducation sévère ou laxiste, plus on cherche à l'éviter à son tour, et c'est peut-être là, selon elle, que l'on tombe dans l'excès : on veut éviter à tout prix, on réagit trop fort, on se sent coupable, et le cercle recommence. Elle précise que ce qu'elle voit en coaching, ce ne sont pas des parents opposés aux valeurs de l'approche positive, mais des parents qui la trouvent difficile à appliquer.
Que faire de tout cela ?
L'autrice défend un travail en trois temps, qu'elle présente dans l'article : comprendre ses réactions et leurs déclencheurs, faire la paix avec l'éducation reçue, puis s'assurer que l'on fait de son mieux et que l'on sait aussi simplement vivre avec son enfant. Elle insiste sur la légèreté : les moments de plaisir ne sont pas un luxe.
Sa conclusion invite à choisir l'approche bienveillante comme une valeur plutôt que comme une façon de faire. Cette idée rejoint celle de Charlotte Ducharme, qui voit l'éducation positive comme un idéal vers lequel tendre, plutôt qu'une méthode à réussir.
Questions fréquentes
Pourquoi crie-t-on alors qu'on ne le voulait pas ?
Selon l'autrice, quand un déclencheur réveille un stress ancien, le cerveau réagit d'abord pour se protéger, avant que la raison reprenne la main. Cela n'a rien d'une faute.
Faut-il être bienveillant tout le temps ?
Non : l'approche suggère de l'être la majorité du temps, avec la possibilité de réparer quand on s'est écarté de ses valeurs.
Peut-on changer ses réactions ?
Oui, répond-elle : il existe des moyens d'identifier ses déclencheurs et de changer la façon de réagir.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- Les questions de parents sur leurs besoins et ceux de l'enfant, avec leurs formulations exactes.
- Le raisonnement complet sur les liens entre éducation sévère, éducation laxiste et difficulté à appliquer l'approche positive.
- Le passage sur les parents ayant vécu des situations d'abus dans leur enfance.
- La démarche en trois temps proposée aux parents qui veulent changer leurs réactions.
