Nouveaux papas : comment réinventer l'autorité ?
Moins de père fouettard, plus de papa présent : mais qu'advient-il de l'autorité ? Gilles Vaquier de Labaume, fondateur de l'Atelier du futur papa, répond dans un entretien du n°20.
Tiré du magazine · n°20Éducation positive : ça va trop loin ?
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Autrefois, on parlait du père en pensant autorité, filiation et soutien financier. Aujourd'hui, on parle plutôt du papa : un homme plus impliqué, qui veut accompagner son enfant dans ses émotions sans passer par la soumission ni par la violence. Mais que devient l'autorité dans ce changement ? La rédaction du n°20 d'Innovation en Éducation pose la question à Gilles Vaquier de Labaume, créateur de l'Atelier du futur papa, premier concept de formation à la parentalité dédié aux futurs pères, et auteur de Nouveaux papas, les clés de l'éducation positive et de Mes premiers pas de papa.
L'éducation positive a-t-elle changé le sens de l'autorité ?
Pour lui, l'autorité a longtemps été rattachée à la soumission ou à la violence : un donneur d'ordre et un exécutant. L'éducation positive a ensuite été parfois confondue avec de longues explications verbales, fatigantes pour les parents comme pour les enfants. Il propose d'inventer une autorité sur d'autres bases, sereines, efficaces et durables, ce qui demande de séparer l'image de la force de celle de l'homme : ne pas être fort ne veut pas dire être faible.
Il identifie une vraie difficulté pour les pères d'aujourd'hui : s'extraire d'un modèle invisible, celui d'un enfant plein de pulsions qu'il faudrait réfréner, et passer d'une autorité bâtie sur la soumission à une autorité « naturelle » qui repose sur la capacité à répéter un cadre bienveillant. Car qu'est-ce que l'éducation, demande-t-il, si ce n'est la répétition d'un cadre ?
Papa sévère, maman douce : un cliché tenace ?
Oui, et l'entretien en donne un exemple parlant : « Papa va venir, tu vas voir ! ». Quand l'un des conjoints n'a pas trouvé la bonne réponse, il convoque l'autre, et le père devient une menace. Cela installe une opposition entre la douceur d'un côté, la force de l'autre, qu'il vaut mieux éviter.
Gilles Vaquier de Labaume propose deux mouvements, symétriques. Le père s'inscrit tôt, dès les premiers instants, dans une relation active et intense pour devenir une figure sécurisante, source d'apaisement. La mère, de son côté, lui fait de la place dans le domaine des émotions. Cette lecture, formulée en termes de rôles, est celle de l'interviewé ; chaque famille la traduira à sa façon.
« Cette idée que l'homme représenterait une forme d'autorité légitimée de par son genre est encore très ancrée. »
Que fait un père quand son enfant est débordé par une émotion ?
Il rappelle d'abord que le cerveau de l'enfant est immature : sa mission, dit-il, est de nourrir le cerveau émotionnel de son enfant le temps que la partie qui permet le raisonnement et le recul prenne la main. Pendant la tempête, il ne s'agit ni de raisonner, ni de violenter, ni de pratiquer le time out, mais de rester un guide et de susciter l'envie d'être suivi. L'enjeu est de faire grandir le lien d'attachement plutôt que de subir à son tour l'émotion.
« Il n'est plus alors dans l'autorité mais dans la soumission. »
Il décrit une voie médiane entre autorité absolue et laxisme total, qui passe par la créativité : capter l'attention, verbaliser les émotions, ouvrir ses bras, proposer une alternative surprenante. Le magazine en donne d'autres exemples dans l'entretien. Il y a, selon lui, autant de sorties de crise que de personnalités de pères.
Quels pièges guettent les papas ?
Le plus fréquent, selon lui, est de faire l'inverse de ce qui aide : raisonner à foison pendant la crise, puis ne plus en parler une fois le calme revenu. Il conseille une bienveillance constante au moment de la tempête, puis un retour, au calme, sur ce qui l'a déclenchée. Il met aussi en garde contre le piège de l'attaque, et suggère de se demander quel réservoir on remplit : celui du souvenir ou celui des regrets.
Enfin, il invite à ne pas oublier le plaisir. Amusez-vous, dit-il aux papas, « cartoonnez » votre paternité.
« Celui qui vous offre le meilleur quand c'est le pire ! »
Pour prolonger sur la place de chaque parent, on peut lire l'article sur le couple et les enfants.
Questions fréquentes
L'autorité passe-t-elle forcément par la sévérité ?
Non, selon Gilles Vaquier de Labaume : elle peut reposer sur la répétition d'un cadre bienveillant et sur la qualité du lien avec l'enfant.
Que faire quand l'enfant est submergé par la colère ?
L'entretien recommande d'éviter de raisonner, de violenter ou d'isoler, et de proposer un accompagnement qui garde l'enfant en confiance. Une fois la tempête passée, on revient sur ce qui l'a déclenchée.
Un papa peut-il se préparer avant la naissance ?
Oui. L'interviewé estime que la posture éducative se pense très en amont et qu'on peut s'y former.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- L'entretien complet, en neuf questions, avec le point de vue d'un formateur de futurs pères.
- Ses réponses sur le piège de l'attaque et la règle de ne pas répéter plus de deux fois la même demande.
- Les « astuces » qu'il cite pour accompagner la frustration d'un enfant, au-delà de ce qui est dit ici.
- Le portrait de l'Atelier du futur papa et de ses deux livres.
