La « crise d'adolescence » est-elle une étiquette ? Le regard de la CNV
Et si « crise » voulait dire « opportunité » ? Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, deux formatrices en Communication NonViolente relisent l'adolescence à travers les besoins.
« Crise d'adolescence » : le mot est tellement répandu qu'on ne s'interroge plus sur ce qu'il contient. Véronique Gaspard, formatrice certifiée de la Communication NonViolente (CNV) et responsable du milieu scolaire à l'association Déclic Éducation, et Marie-Pascale Martin, intervenante de la même association, proposent de s'y arrêter. Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, elles montrent que ce mot est ce que la CNV appelle une « étiquette » : une généralisation figée posée sur une réalité mouvante.
Que change-t-on en retirant l'étiquette ?
La CNV invite à se demander quelles croyances nous avons sur l'adolescence, et quel usage nous voulons en faire : la transmettre telle quelle, ou la transformer avec plus de conscience. Les autrices notent que les sagesses asiatiques ont construit le mot « crise » à partir de l'idée d'opportunité.
« Les sagesses traditionnelles asiatiques n'ont-elles pas construit le mot crise à partir de l'idée d'opportunité ? »
L'opportunité, c'est d'observer ce qui se passe pour son enfant en croissance, et pour soi en tant que parent. Elles proposent un exercice simple : se demander « en quoi ça parle de moi ? ». Un exemple suffit à l'illustrer. Quand un parent s'agace de voir son ado sortir plus souvent que nécessaire avec ses copains, c'est peut-être l'occasion de regarder comment il entretient ses propres amitiés, et un besoin de mouvement oublié.
Que cherche vraiment un adolescent ?
La même chose que nous tous, répond la CNV : satisfaire des besoins fondamentaux, comme apprendre, évoluer, contribuer, prendre soin de soi. Ce qui change à l'adolescence, c'est la manière d'y répondre.
« On devient conscient que les besoins restent les mêmes mais que les stratégies vont différer. »
Les autrices donnent plusieurs illustrations. Le besoin d'appartenance, vécu pendant l'enfance avec les parents, se vit à l'adolescence avec les copains : l'autre n'est pas le besoin, mais une stratégie pour le nourrir. De même, le besoin de liberté de choix, qui s'exerce chez le petit entre des jeux, s'exerce plus tard sur le vélo, le bus ou le scooter. C'est toujours le même besoin, et il revient aux adultes d'accompagner ce changement de stratégie en tenant compte de la sécurité.
Pouvoir avec ou pouvoir sur ?
L'article va plus loin en reliant la soumission et la rébellion à la manière dont le pouvoir s'est exercé : avec les enfants, par le dialogue et la coopération, ou sur eux, par la domination, les punitions et les récompenses. L'adolescence devient alors le moment où l'enfant a les moyens de dire comment il vit ce pouvoir, et où le parent mesure ses choix éducatifs.
Les autrices observent aussi une dissonance que beaucoup reconnaîtront : on souhaite que les enfants argumentent à l'école, et on supporte mal qu'ils argumentent à la maison. Sans accuser personne, elles rappellent que les enfants apprennent d'abord par imprégnation, et que la cohérence des adultes compte plus que quelques exercices d'empathie.
Elles pointent aussi une cohérence à construire du côté de l'école. Si l'on y développe l'esprit critique en cours de lettres ou de philosophie, il serait bon que cette compétence ne s'arrête pas à la porte de la classe, et que les élèves qui l'exercent ailleurs ne soient pas sanctionnés. Pour les autrices, la recherche commune de solutions est justement la richesse de ce que la CNV propose aux parents comme aux enseignants.
Autre thème fort du texte : un double deuil, celui de l'enfant qui renonce au parent idéal, et celui du parent qui renonce à l'enfant idéal. Être honnête sur les projections que l'on porte sur son adolescent, notamment sur son avenir professionnel, permet de moins lui en vouloir quand il ne fait pas les choix que l'on avait rêvés.
« L'enfant fait le deuil du parent idéal et le parent fait le deuil de l'enfant idéal. »
Questions fréquentes
La CNV peut-elle aider avec un adolescent qui s'oppose ?
Selon les autrices, oui : elle invite à chercher les besoins derrière l'opposition, plutôt qu'à enfermer le jeune dans la notion de crise.
Comment dire « non » à un ado sans qu'il se sente rejeté ?
Un enfant qui a appris tôt à dire non et à entendre un non comprend qu'on s'oppose à sa stratégie, pas à sa personne. L'habitude de ces échanges allège l'adolescence.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La distinction entre les besoins et les stratégies, avec ses exemples sur l'appartenance et la liberté de choix.
- Le passage sur le « non » de l'enfant et celui de l'adolescent.
- La réflexion sur le pouvoir avec ou sur les enfants, et sur le double deuil du parent idéal et de l'enfant idéal.
- L'encadré « Au lieu de... mieux vaut... », avec cinq reformulations concrètes pour le quotidien.
N°21
n°21 · Déjouer la crise d’ado, c’est possible !
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