Que voudrait nous dire un ado qui s'oppose à tout ?
Pourquoi ce conflit sans fin ? Dans le n°21 d'Innovation en Éducation, la psychologue américaine Gretchen Schmelzer prête sa voix à tous les adolescents, dans une lettre à leurs parents.
Bien des parents regrettent que leur ado ne soit pas très bavard. Pourtant, il aurait beaucoup de choses à leur dire. La psychologue américaine Gretchen Schmelzer a décidé un jour de rassembler les mots que lui confient si souvent les adolescents en consultation et d'en faire une lettre imaginaire et universelle, destinée aux parents, pour dépasser les non-dits. Le n°21 d'Innovation en Éducation la publie en entier, sous le titre « Courrier du cœur », en estimant qu'on ne pouvait pas consacrer un numéro à l'adolescence sans la partager.
Pourquoi un ado a-t-il besoin de s'opposer ?
C'est la thèse de la lettre, et elle retourne notre réflexe : l'adolescent y écrit qu'il a besoin du conflit, désespérément, même s'il le déteste. Peu importe le sujet de la dispute, l'heure du coucher, les devoirs, la chambre en désordre, les amis ou l'absence d'amis. Ce qui compte, c'est que quelqu'un s'oppose en retour.
La raison, telle qu'elle est écrite, est d'abord identitaire. Avant, l'enfant savait qui il était, qui étaient ses parents, qui ils étaient ensemble. Maintenant, il ne sait plus. Il cherche ses limites, et il ne peut parfois les trouver qu'en poussant ses parents à bout : repousser les limites lui permet de les découvrir, et pour un instant, de se sentir exister.
Que demande-t-il à ses parents ?
Une chose précise, que la lettre résume par l'image d'une corde. Pendant que l'adolescent tire de son côté pour trouver des appuis dans son nouveau monde, il a besoin que le parent tienne fermement l'autre extrémité. La lettre ne demande ni de céder ni d'être parfait. Elle demande de rester, de survivre aux sentiments les plus violents, et de montrer qu'ils ne détruiront ni l'un ni l'autre.
« J'ai besoin de ce combat et de constater que, peu importe combien terribles ou exagérés sont mes sentiments, ils ne nous détruiront ni toi, ni moi. »
Le texte ne présente pas ce rôle comme gratifiant. Le jeune sait qu'il remerciera probablement rarement son parent, qu'il le critiquera même, et que rien ne semblera jamais assez. Il écrit pourtant s'appuyer entièrement sur sa capacité à rester dans le conflit, même quand il boude ou s'enferme dans le silence.
Et les parents, qui les soutient ?
La lettre y pense aussi, avec une pointe d'humour. L'adolescent y accepte que ses parents cherchent de l'aide auprès d'autres adultes, qu'ils forment même un « groupe de soutien pour survivre à la fureur de votre adolescent », parce que lui ne peut pas les aider pour le moment. Une seule chose lui importe : qu'on ne l'abandonne pas.
Ce qu'elle apporte aux parents, c'est un autre regard sur les crises. Elle suggère que chaque conflit est comme un orage : il se calme, on l'oublie, et il revient, et c'est là qu'il apprend que les sentiments négatifs ne signifient pas la fin d'une relation. La lettre se termine d'ailleurs sur une phrase qui valorise ce travail invisible.
« S'il te plaît, accroche-toi à l'autre extrémité de la corde. »
Ce n'est pas un guide pratique, et c'est ce qui en fait la force. Elle se lit en quelques minutes, à haute voix peut-être, et peut ouvrir une conversation en famille. Pour les enseignants aussi, elle éclaire ce qui se joue derrière l'insolence d'un élève de troisième.
Ce que vous trouverez dans le magazine
- La lettre complète de Gretchen Schmelzer, publiée en intégralité sur une page du numéro.
- Le texte de présentation qui explique pourquoi la rédaction a choisi de la partager.
- Les passages où l'adolescent évoque l'enfant qu'il a été, et ce que le conflit lui apprend sur lui-même.
N°21
n°21 · Déjouer la crise d’ado, c’est possible !
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