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Des comportements ordinaires de parents peuvent-ils être «⁠ ⁠toxiques⁠ ⁠»⁠ ⁠?

Le mot choque, et c'est voulu. Dans le n°13 d'Innovation en Éducation, la pédopsychiatre Céline Lamy parle de comportements courants, souvent pavés de bonnes intentions, qui peuvent blesser un enfant.

Le n°13 d'Innovation en Éducation ouvert sur les pages de cet article
Tiré du magazine · n°13Suis-je parfois un parent "toxique"⁠ ⁠? Voir ce numéro

« C'est la dose qui fait le poison. » La pédopsychiatre Céline Lamy emprunte cette formule pour aborder un sujet délicat : des parents aimants peuvent-ils, sans le vouloir, avoir des comportements toxiques pour leurs enfants ? Elle précise aussitôt qu'il ne s'agit pas de maltraitance, qui relève de la destruction de l'enfant, mais de ce qu'elle appelle la parentalité ordinaire, souvent pavée de bonnes intentions.

Expatriée au Québec depuis 2014, la Dre Lamy a créé le collectif L'enfance n'est pas une maladie et publié Il pleut à la maison (éditions de Mortagne). Dans le n°13 d'Innovation en Éducation, elle présente cinq sources de toxicité qu'elle observe le plus souvent dans son cabinet.

Un parent qui se trompe est-il un parent « toxique » ?

Non, et c'est son premier message, adressé aux parents qui liront ces lignes. Un comportement contre-productif de temps en temps ne suffit pas à qualifier quelqu'un. L'autrice demande de prendre du recul, de ne pas se précipiter dans l'angoisse d'avoir abîmé son enfant.

« Il est important de prendre un pas de recul et de ne pas se précipiter immédiatement dans l'angoisse d'avoir endommagé définitivement et dramatiquement notre enfant dans un avenir terrible et compromis, parce que parfois, nous avons failli. »

Céline Lamy, pédopsychiatreExtrait du n°13, p. 12

Elle rappelle, avec Winnicott, qu'« un enfant seul n'existe pas » : l'enfant se construit dans ses relations, et la figure d'attachement principale lui permet de bâtir son sentiment de sécurité, de valeur, d'être « assez ». La vraie question, selon elle, est ailleurs : ce que la société, mais aussi notre propre histoire d'enfant, notre famille et notre culture impriment sur notre façon d'être parent. Sa pratique est systémique : elle regarde l'enfant dans son environnement, de la famille et de l'école jusqu'aux injonctions des réseaux sociaux. Et elle constate que la norme de ce qu'un enfant « devrait être » devient de plus en plus rigide, nourrie par les émissions, les livres et les réseaux sociaux, qui montrent une famille impeccable, tout de beige vêtue, occupée à des jeux de bois.

Que signifie « invalider » les émotions d'un enfant ?

C'est l'un des cinq comportements, et sans doute le plus répandu. Beaucoup d'adultes ont grandi avec l'idée qu'il existe de « bonnes » et de « mauvaises » émotions. La pédopsychiatre rappelle au contraire que les émotions sont des messages précieux : elles renseignent sur ce qui se passe et permettent d'ajuster son comportement.

Face au « tsunami émotionnel » d'un jeune enfant, qui n'a pas encore la maturité cérébrale pour le gérer seul, les réactions habituelles (raisonner, isoler, punir, crier) produisent, d'après elle, l'effet inverse de celui qu'on cherche. L'enfant ne devient pas sage : il apprend à craindre l'émotion de son parent et à ne plus écouter son propre vécu. L'enjeu n'est pas d'être un parent sans colère, mais de ne pas remplacer l'émotion de l'enfant par la peur.

La comparaison et la déception, des détails sans importance ?

L'article en fait deux autres sources de toxicité, plus sournoises qu'il n'y paraît. Pour la comparaison, l'autrice l'illustre par un souvenir personnel d'enfance, et par la pression que subissent les enfants à qui l'on propose un modèle de perfection impossible à atteindre, jusqu'à ce qu'elle appelle un burn-out de l'enfant. Quant à la déception verbalisée, elle montre comment une phrase répétée devient une identité.

« Leur discours intérieur sur leur valeur, le fait d'être aimable, vient essentiellement d'un discours extérieur, le plus souvent de ceux en qui ils ont le plus confiance, ceux dont l'avis compte, bref : le parent ! »

Céline Lamy, pédopsychiatreExtrait du n°13, p. 14

Les deux dernières sources, l'une liée à la manière de donner son affection, l'autre au contexte d'une séparation, sont détaillées dans le magazine, avec leurs conséquences possibles à l'adolescence et à l'âge adulte.

Que faire quand on s'y reconnaît ?

Le message final est tout sauf culpabilisant. Derrière un comportement toxique, écrit la pédopsychiatre, il y a souvent un adulte qui perd le contrôle de ses émotions, celles-là mêmes qu'il demande à son enfant de gérer. Le travail commence donc par soi, avec l'idée d'aller voir l'enfant intérieur, celui qui a été blessé, humilié ou étiqueté.

Pour approfondir cette question, un autre article du blog explore la toxicité involontaire et ses nuances.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un comportement parental « toxique » ?

Pour la Dre Lamy, ce n'est pas de la maltraitance, mais un comportement ordinaire, souvent bien intentionné, qui abîme chez l'enfant le sentiment d'être aimé et d'avoir de la valeur.

Un parent qui s'énerve parfois est-il toxique ?

Non. L'autrice insiste sur la dose : un écart ponctuel ne fait pas un parent toxique. Ce sont les comportements répétés, souvent transmis de génération en génération, qui comptent.

Les mots-clés de cet article
Pour aller plus loin · n°13

Ce que vous trouverez dans le magazine

  1. Les cinq sources de toxicité parentale détaillées, chacune avec ses exemples de phrases et de situations.
  2. Le passage sur la comparaison, avec le souvenir d'enfance de l'autrice.
  3. Les deux dernières sources de toxicité, dont celle qui touche les parents séparés.
  4. Les conséquences possibles à long terme décrites par la pédopsychiatre.
  5. La conclusion sur l'adulte en perte de contrôle émotionnel et l'enfant intérieur.
Couverture du n°13
Pour lire l'article en entier

n°13 · Suis-je parfois un parent "toxique"⁠ ⁠?

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